Zatoichi

Takeshi Kitano, 2003 (Japon)

En s’appropriant la légende du héros populaire Ichi le masseur (plusieurs films et une série télévisée ont rendu le personnage célèbre au Japon dans les années 1960 et 1970), Takeshi Kitano réalisateur s’attaque à un genre cinématographique nouveau pour lui, le chanbara (le film de sabre nippon). Comme dans ses films de yakuzas, violence, honneur et humour sont les maîtres mots de son récit.

Zatoichi (Kitano lui-même) cache ses talents de combattant exceptionnel derrière sa cécité et son activité de masseur. Au début du XIXe siècle (la fin de l’époque Edo), ce héros solitaire parcourt le Japon avec sa canne épée pour seul bagage… Les premières scènes sont des scènes de présentation et de démonstration. A peine le masseur aveugle laisse-t-il percevoir l’éclat de sa lame qu’il se débarrasse en un éclair d’un groupe de lâches inopportuns. Hattori, le samouraï sans maître, cherche à gagner de l’argent comme garde du corps afin de pouvoir soigner sa femme gravement malade. A son tour, le ronin perce deux hommes de son katana en deux temps trois mouvements. Les geishas O-Sei et O-Kinu, en fait une sœur et son frère maquillé et déguisé en femme, éliminent un des hommes impliqués dans l’assassinat de leurs parents dont ils ont été témoins enfants. Ces quatre personnages s’arrêtent dans une petite ville asservie et à la merci d’un gang dont le chef Ginzo ne tolère aucune résistance. Tandis qu’Hattori se fait enrôler par ce seigneur illégitime, Zatoichi et les geishas, par soif de justice ou de vengeance vont s’y opposer…

Le traitement des combats s’inscrit dans la plus pure tradition des films de samouraïs des années 1960 et 1970 : les héros stoïques, toutes lames dehors, suspendent leurs mouvements devant leurs adversaires qui s’écroulent devant eux en geysers de sang (un parmi cent autres : Le sabre de la vengeance de Kenji Misumi en 1972). Kill Bill vol. 1 de Quentin Tarantino, sorti le même mois que Zatoichi dans les salles, rend aussi hommage à sa façon aux impossibles et très sanglants combats de sabre asiatiques. Au milieu de ces flaques de sang, Kitano nous fait toujours sourire : l’aveugle coupe du bois et entasse avec une improbable dextérité des piles de bûches parfaitement rangées ; un cour d’épée est donné à trois jeunes garçons au cours duquel le maître maladroit prend plus de coups qu’il ne devrait en recevoir. Les personnages secondaires qui peuplent la petite ville sont attachants, comme ce gentil demeuré qui, persuadé d’être un grand guerrier, court bizarrement accoutré en criant autour des maisons. De la même manière, on a de la sympathie pour Shinkichi, ce joueur malheureux qui profite un temps de l’extrême compétence au jeu de Zatoichi.

Enfin, Kitano régale notre ouïe avec une bande musicale originale et entraînante (signée de l’artiste rock Keiichi Suzuki). Les paysans dans les champs et les charpentiers sur leur chantier participent à la création musicale perçue par l’aveugle si sensible aux sons. La scène finale de danse est jubilatoire : une chorégraphie de groupe avec claquettes, que l’on ne peut que lier à celles trouvées dans West side story de Robert Wise et Jerome Robbins (1963) ou dans l’excellentissime Tous en scène de Vincente Minnelli (1953). La musique, un mélange incroyable de sons asiatiques (japonais, indiens ?) et de rythmes brésiliens, y est explosive.

Si le onzième film de Takeshi Kitano apporte un peu de nouveauté dans le chanbara et ne se contente pas de remplir aveuglément un cahier des charges, c’est dans cette humanité qu’il lui confère, mais pas seulement. Il vêt l’histoire de ce héros traditionnel d’une originalité qui lui est propre, quitte à le dénaturer un peu de références extérieures. Avec un brin d’excentricité et beaucoup d’astuce, Kitano peut tout se permettre, cela fonctionne !

Une réponse à “Zatoichi”

  1. Un bon film de Kitano, assurément, un peu trop académique par certains côtés, mais le génie de Kitano est bien là. Surtout quand on ne l’attend pas. En témoignent quelques petites scènes d’anthologie (les paysans qui bêchent en rythme, la scène finale digne d’une comédie musicale, les traits d’humour qui rappellent les blagues de potache de Sonatine ou de Hana-Bi, la scène de combat sous la pluie). En revanche, l’émotion contenue, mais néanmoins à fleur de peau, que l’on retrouvait dans ses précédentes production, est ici étonnamment absente. Ce mélange de poésie et d’ultraviolence, qui est un peu la marque de fabrique du réalisateur, s’est effacé au profit d’un film efficace, certes, mais nettement moins envoûtant. Quant à la prestation de Beat Takeshi, elle est toujours aussi impeccable. Incroyable à quel point cet acteur peut être expressif alors qu’il a la moitié du visage paralysée.

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