Wolfman

Joe Johnston, 2010 (États-Unis)




Sous la direction de Joe Johnston, le loup-garou apparaît claudiquant dans la lande. Celui qui a été « superviseur des effets visuels » pour l’écurie Lucas et Spielberg au moment où ceux-ci s’affirmaient (Star wars, 1977-1983, Les aventuriers de l’arche perdue, 1981) sait pourtant parfaitement créer l’illusion (sombre futaie, manoir et pleine lune) et l’ambiance propre aux films de monstre de la Universal est actualisée sans être trahie. Le récit lui-même, reprise du Loup-garou de George Waggner (1941) est étoffé : Lawrence Talbot est acteur (Hamlet, Richard III), ses troubles psychologiques sont en tous points semblables à ceux de Bruce Banner dans Hulk (Ang Lee, 2003 ; une mère assassinée par le père sous les yeux du petit garçon), la canne à tête de loup devient l’objet par lequel la malédiction est transmise… La première rencontre entre Lawrence (Benicio Del Toro) et Sir John Talbot (Anthony Hopkins) se fait d’ailleurs dans une mise en scène alléchante : les deux hommes charismatiques ayant une peau de bête sur les épaules (fourrure grise pour le fils, celle d’un tigre pour le père), le décor du hall d’entrée et du salon témoignant de l’attachement du père pour la chasse et un goût tout aristocratique à cette époque pour l’exotisme colonial (une comparaison possible avec l’antre du comte Zaroff ? The most dangerous game, Schoedsack, Pichel, 1932).

Mais qu’espérer du réalisateur de Jumanji (1996) et de Jurassik park III (2001) ? La mise en place est expéditive (montage maladroit, problème de rythme, dialogues trop brefs) et il faut attendre une vingtaine de minutes pour enfin profiter de l’histoire. De même, les thèmes évoqués ne sont malheureusement pas exploités : la profession de Talbot n’apporte rien à l’intrigue, l’idée de la monstruosité et celle de l’opposition père – fils sont à peine esquissées…

Les studios de production ont tout de même su constituer une équipe d’excellents techniciens (Rick Heinrichs*, Steve Begg**…) et disposent de bons acteurs devant la caméra (Emily Blunt, Hugo Weaving, Géraldine Chaplin qui remplace pour l’accent bohémien Bela Lugosi)… Le spectacle n’est donc pas mauvais. Wolfman paraît supérieur à Wolf (Mike Nichols, 1994 ; mais peut-être aurais-je besoin de le revoir…) et, comme son modèle, pourrait charmer par ses imperfections.





* Rick Heinrichs, décorateur de Hulk déjà cité et Pirates des Caraïbes (Verbinski, 2006 et 2007).
** Steve Begg, responsable des effets visuels sur Casino Royale (Campbell, 2006).

Une réponse à “Wolfman”

  1. Joli film, belle image mais avec un petit « je-ne-sais-quoi » qui me dérange. Peut-être ce petit côté Pacte des loups (Gans, 2001) qui fait que j’ai eu du mal à rentrer vraiment dans le film ? Ou bien est-ce l’horrible doublage des voix françaises qui a enlevé tout le charme à cette belle langue anglaise (pas de vo, faudra attendre ma sortie en vidéo !) ? Peut-être aussi la surenchère excessive d’images trop gothiques (et pourtant je suis fan) et pas assez naturelles : Joe Johnston en fait des tonnes avec un esthétisme visuel démesuré à base de brouillard (de beaucoup de brouillard), d’effets de lumière, du lierre un peu partout sur des statues gothiques décapitées, de belles ruines au décor sombre et romantique et des costumes typiques… C’est beau certes mais un peu too much à mon goût. Un bon film, à voir, mais loin d’être transcendant.

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