Vicky Cristina Barcelona

Woody Allen, 2008 (États-Unis)

Deux avis convergents : Eric Benjamin Barcelona

Vicky Cristina Barcelona, trois noms accolés pour le nouveau Woody Allen. Je commencerai par le dernier, Barcelona, ville attachante, ville d’arts, ville de gastronomie, ville de fête, ville qui exalte les sentiments… Sant Pau, le MACBA (musée d’art moderne et ses skaters), le Parc Güell, la Pedrera, le Tibidabo, la Sagrada Familia, Las Ramblas sont les lieux de cette ville fabuleuse filmés sans excès. Parcourant la ville, Vicky (Rebecca Hall) et Crisitina (Scarlett Johansson) sont deux amies américaines opposées : l’une est brune, l’autre blonde, l’une est volage, l’autre, fiancée, cherche une certaine stabilité… Oui, mais voilà, Vicky et Cristina sont venues passer l’été à Barcelone et tous les a priori volent en éclats.

Accueillies par un couple de riches parents éloignés de Vicky, nos deux amies participent à un vernissage dans une galerie catalane ; une soirée où Cristina remarque un certain Juan Antonio Gonzalo (Javier Bardem), peintre, à la vie tumultueuse, qui vient de vivre un divorce difficile. Son ex-femme, María Elena (Penélope Cruz), artiste elle aussi, aurait tentée de le tuer… Peu importe, Cristina est séduite et, attablée en compagnie de Vicky au restaurant, lorsqu’elle revoit « son beau peintre », elle ne le quitte plus du regard. S’ensuit une superbe scène de séduction et l’artiste n’y va pas par quatre chemins : il propose aux deux amies un week-end amoureux à Oviedo où tout sera permis. Vicky est choquée par le comportement de Juan Antonio et tente de le congédier, mais Cristina accepte l’invitation. Vicky déclare alors : « It’s a mistake, Cristina ». Dès lors, les deux amies vont être prises dans des aventures dans lesquelles chacune à son tour verra ses convictions amoureuses totalement remises en cause… Je vous laisse découvrir la suite.

Woody Allen signe là un film très agréable à suivre (en vo bien sûr), moins noir que Le rêve de Cassandre, sans être un chef d’œuvre (Vicky Cristina Barcelona est pour moi un ton en dessous de Match point, notamment en terme de suspens). Les dialogues sont très soignés et souvent exquis. Si les quatre acteurs principaux jouent juste (Penélope Cruz domine par sa prestation), les seconds rôles tiennent également une place importante dans l’histoire.

Tout au long de Vicky Cristina Barcelona, nous accompagne une petite chanson entraînante bien dans le ton signée « Giulia y Los Tellarini ». Pour l’anecdote, ce groupe était parfaitement inconnu jusque-là et a tenté sa chance en déposant une maquette à la réception de l’hôtel où était descendu Woody pour le tournage. Mr Allen a écouté. Il a aimé. Le morceau est à présent le principal thème de son film !

Eric

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2008 et revoilà Woody et Scarlett en Europe ! Vicky Cristina Barcelona marque la fin d’une période londonienne (Match point, 2005, Scoop, 2006, Le rêve de Cassandre, 2007) et, après un glissement vers le polar (les intrigues de Scoop et du Rêve de Cassandre), cette nouvelle facétie marque aussi un retour du cinéaste vers la romance et la comédie de mœurs plus légère.

Mr Allen filme un quatuor d’acteurs réjouissants sur lequel repose une histoire faite d’échanges amoureux variés. Rebecca Hall (Vicky), qui physiquement ressemble assez à Scarlett Johansson, nous ravit dans son rôle, sentimentalement perdue et prête à craquer pour Juan Antonio, troublant hédoniste espagnol (regrettons qu’elle n’ait pas eu droit à une petite place sur l’affiche). Scarlett Johansson (Cristina) reste la muse blonde et pulpeuse, pour ne pas dire le puissant stimulant érotique, du réalisateur new-yorkais. Javier Bardem et Penélope Cruz (Juan Antonio et María Elena), incarnent Barcelona à tous les deux. Le premier nous montre qu’il est capable d’enchaîner des personnages aux antipodes les uns des autres (Non, ce pays n’est pas pour le vieil homme des Coen, 2008, dans lequel il est Anton Chigurh, véritable incarnation de la mort). La seconde interprète son personnage en surjouant et, par cette manière de faire, elle nous procure, ce qui est réservé à une petite poignée d’acteurs seulement (Johnny Depp par exemple), un plaisir plus grand encore. Les acteurs sont merveilleurs et les explosions de colère de leurs personnages sont jubilatoires. Ce couple barcelonais n’est uni et heureux que s’il trouve « le sel » nécessaire à son bonheur, c’est-à-dire une troisième personne amante pour parfaire leur relation, Cristina en l’occurrence…

En dehors des personnages et de leurs relations complexes, Woody Allen fait le touriste. Il restitue une image de la capitale de la Catalogne fidèle à ce que des touristes nord-américains pourraient avoir (Vicky Cristina) et nous abreuvent de clichés, ce qu’il fait habituellement à New York (Annie Hall, 1977 et de nombreux autres), à Paris ou à Venise (Tout le monde dit I love you, 1997) : Parc Güell, Sagrada Familia, Ramblas… Rien du port, rien de la Barcelone moderne, rien non plus des lieux visités par les prostituées et les transsexuels. Sur ce dernier aspect et sur les marges barcelonaises voir le plus excentrique Tout sur ma mère de Pedro Almodovar (1999). Pour Woody Allen et ses protagonistes en vacances, Barcelone est un lieu idyllique, chic et branché (ainsi, la scène sous la rotonde dans un parc devenu lieu de concert pour « spanish guitar »). En outre, bien que Woody Allen ait recours à des procédés ultra classiques, chose étonnante, ici rien ne dérange : l’« opposition » blonde brune ou l’utilisation du rouge passion (la chemise et la voiture du peintre désiré) que l’on cite pourtant ailleurs sans peine pour affirmer la médiocrité d’un film contemporain (Ouvre les yeux, Alejandro Amenábar, 1998), ne nous gêne plus ici. Woody Allen ne les utilise pas avec insistance et considérons qu’une certaine maîtrise des outils cinématographiques évite au cinéaste, non pas de tomber dans la facilité, mais au moins dans la maladresse. Woody Allen nous amuse encore une fois et, Vicky Cristina Barcelona, amené par des acteurs qui dégagent truculence et sympathie, est un petit régal !

Benjamin

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2 réflexions au sujet de « Vicky Cristina Barcelona »

  1. Je ne suis personnellement pas un grand amateur de Woody Allen et je me suis rendu au cinéma ce jour-là pour voir ce « VCB » sans grande motivation… J’ai finalement passé un très bon moment : le genre de film qui laisse une douce et agréable impression de nombreuses minutes après l’avoir vu !
    Ornelune, tu cites Almodovar : j’ai immédiatement pensé à lui en voyant ce film (l’Espagne, forcément !). VCB est tout en finesse et subtilité, avec un humour à la fois drôle et intelligent et jamais on ne tombe trop dans l’intellectualisme qui parfois caractérise les œuvres de Woody Allen (je crois que c’est ce côté-là qui m’a toujours un peu ennuyé). Une comédie de mœurs comme seul Woody Allen sait les faire, légère, fraîche et vraiment pas prise de tête ! Les acteurs sont formidables et toutes les nuances de leur jeu, leurs interactions dans le scénario, m’ont fait passer un très beau moment de cinéma. Et moi qui n’ai vu ni Match point ni Scoop, je crois que je vais me laisser tenter!

  2. Une vision féminine de cette comédie amusante et réaliste se déroulant à Barcelone. Enfin !

    C’est un film totalement différent des trois derniers se déroulant à Londres, c’est une certitude. Même si certains peuvent reprocher le caractère « carte postale » ou « guide touristique » de l’Espagne, il n’en reste pas moins vrai que l’analyse des sentiments amoureux est particulièrement pertinente et juste. Il dévoile nos sentiments secrets, nos attentes par rapport à la relation amoureuse… et au final la question « mais qu’attend-on réellement de l’amour ? » reste en suspens !

    Il est intéressant de voir comment les personnages réagissent face à l’amour et à la séduction :
    Vicky, femme de raison et fiancée à un jeune homme respectable, bref une vie « classique », une voie toute tracée, doit faire face à ces doutes, ces interrogations : est-ce ce qu’elle désire ? A t-elle réellement envie de passer le restant de sa vie avec un homme assurant certes les conditions matérielles du couple mais très peu attentif à ses attentes et désirs ? N’est-il pas plus facile d’aimer un bel homme à la sensualité provocante plutôt qu’un homme commun préoccupé en permanence pas ses affaires, les règles de bienséances et les relations professionnelles ? En bref, comment parvenir à rester fidèle en dépit des tentations qui l’envahissent… Le désir ne peut-il que résider dans le caractère impossible d’une relation ?

    Christina, femme accumulant les expériences amoureuses, ne sait pas ce qu’elle veut, mais seulement ce qu’elle ne veut pas… La passion qu’elle recherche est-elle vouée systématiquement à l’échec ? Comment parvenir à ne pas se lasser dès que l’on a en partie ce que l’on désire ?

    Maria Elena, femme prête à tout, une passionnée de la vie qui recherche en permanence les limites de la relation amoureuse. Mais est-ce possible de conserver en permanence le sel dans un couple ? Comment parvenir à gérer une passion destructrice ?

    Au final, qui est la plus heureuse des trois ?
    Comment ne pas s’identifier à l’une d’entre elles, voire à certains comportements des trois femmes ? Que recherche t-on ? Un amour impossible ou un amour trop lisse ? La routine est-elle si horrible ? Et n’oublions pas une réplique pertinente, « il n’y a que l’amour non consommé qui est romantique »…

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