Viajo porque preciso, volto porque te amo

Karim Aïnouz et Marcelo Gomes, 2009 (Brésil)

Viajo porque preciso


ROAD-MOVIE INTÉRIEUR


Viajo porque preciso, volto porque te amo, « Je pars parce qu’il le faut, je reviens parce que je t’aime. » Un titre qui n’est pas à prendre à la légère, et se révèle être dans ce film d’introspection l’élément déclencheur d’une illustration de la complexité du sentiment amoureux. Des scènes étranges, qui peuvent sembler mal cadrées, des plans longs, voire lassants… Depuis le début, aucun personnage, juste une voix. Une voix qui peut se taire durant plusieurs minutes ; flux intérieur du narrateur, José Renato, que l’on ne verra jamais à l’écran.

Il faut quelques minutes pour s’orienter dans le scénario : l’homme est géologue. Il doit traverser le Sertao, l’arrière-pays semi-aride, au Nordeste du Brésil. Le but de son périple est de savoir s’il est possible de construire un long canal qui porterait l’eau aux habitants, mais qui va devoir mener à en expulser d’autres de leurs terres. Ce road movie, vrai-faux documentaire, filmé en Super 8 comme l’aurait fait un amateur, intrigue.

UN RYTHME CINÉMATOGRAPHIQUE ATYPIQUE
De longs plans ; une histoire qui ne décolle pas vraiment. Le film peut apparaître de prime abord comme un diaporama tant les plans fixes se suivent : la route qui se perd vers un horizon désertique ; des arbres décharnés découpés sur la terre rouge… Mais au fil du temps, le sens de ce road movie se révèle. Les images renvoient de plus en plus à l’amour ; un amour teinté de monotonie et de solitude. Et, de fait, ces trois éléments finissent par définir la tonalité générale du film qui prend une tournure de journal intime. Le héros s’est fait quitter par sa femme et ne supporte pas cette séparation. Sa tristesse et sa mélancolie vont être exprimées par les choix de prises de vues. De nombreuses métaphores s’enchaînent. On passe de la solitude, au sentiment amoureux, en passant par la déception, le désir sexuel, jusqu’à, enfin, l’espoir. Tous ces sentiments étant suggérés et peu explicites, le film est, à la première impression, désarmant.


SUBTILITÉS DES MÉTAPHORES
Peu à peu, les longueurs et lenteurs s’apprivoisent plus aisément. Le réalisateur joue sur la subtilité de chacun de ces symboles : l’amour est représenté par des roses, des cygnes ou encore par l’ambiance musicale. Prisonnier de ses souvenirs et de sa mélancolie, le héros parvient à s’évader vers la fin, dans la multiplicité des expériences sexuelles, que les réalisateurs symbolisent par des chevaux galopants dans une prairie. Ces subtilités demandent parfois un effort au spectateur. Une fois le ton adopté, le film se révèle être un réel plaisir iconographique. Le voyage du géologue José Renato est celle d’un chercheur d’amour. Une quête qui se savoure avec délicatesse. Le flux intérieur, les visions hypnotiques de ce journal intime et de voyage laissent l’impression d’avoir contemplé une carte de Tendre moderne.





Jeanne Lemarinel, pour Preview,
dans le cadre de la 35e édition du Festival des 3 Continents

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