Venom

Ruben Fleischer, 2018 (États-Unis)

Il y a un peu de Green Lantern (Campbell, 2011) dans ce Venom. Un peu comme si le super-héros raté avait parasité une partie du film. En effet, s’il en était besoin à ce stade du récit, quand les scénaristes jouent avec les aliens mazoutés pour en faire des super marteaux ou des lames géantes, le souvenir des épouvantables combats de Green Lantern confirme la nullité de Venom. De même, quand les dialogues s’essayent aux traits d’esprits alors qu’il n’est mis à disposition des acteurs qu’un vocabulaire des bas fonds, c’est Deadpool (Miller, 2016) qui revient demander ce qu’on fout là. Pourtant, avec le réalisateur de Bienvenue à Zombieland (2009), il n’était pas tout à fait imbécile de croire à un film sympathique (non, pas à un des meilleurs films de l’année en cours, le lien est de Cinetrafic).

Dès la première demi-heure, l’histoire expédie les personnages et leurs motivations sans jamais se soucier de vraisemblance. Eddie Brock perd sa fiancée, son boulot et s’effondre sur lui-même. Quand Venom le récupère, ils s’entendent (un peu contraints certes) aussi vite que Superman fait copain avec Batman dans L’Aube de la justice (Snyder, 2016), ce qui signifie maladroitement au point qu’il n’est absolument pas possible d’y croire. Le monstre extraterrestre l’explique assez facilement, lui et Eddie sont deux losers (à ajouter d’ailleurs à une liste devenue assez longue chez les super-héros au cinéma). Mais dans la version de Fleischer, Venom n’a plus rien d’un vilain ou d’un anti-héros. Il perd toute l’impulsivité et la colère qu’il peut avoir dans les BD, trouve la Terre belle et accepte de ne croquer que des méchants. Au mieux, il occupe la place du pote un peu balourd de n’importe quel buddy movie.

Spider-Man quant à lui est complètement effacé du récit. Venom existe en toute indépendance (contrairement là encore à la BD). Eddie habite à San Francisco, il est donc tenu à distance de NY et du tisseur. De même, Venom tient davantage du gros lézard noir et gluant que de l’araignée monstrueuse qu’elle est censée évoquer (le double maléfique de Spider-Man, un costume fait de ténèbres et devenu être à part entière). Probablement les producteurs ont souhaité s’écarter autant du Venom traité par Raimi dans Spider-Man 3 (2007) que du Spider-Man recyclé par les Avengers (2012-2019).

Dans les bonus du dvd, on entend le réalisateur et les producteurs exécutifs citer John Carpenter, Le loup garou de Londres (Landis, 1981) et Dr Jeckyll et Mr Hyde en référence. On se demande ce qu’ils en ont fait. Ni horreur (pas une tache de sang, pas un effroi), ni science-fiction (une invasion extraterrestre signalée en prétexte), de la comédie à peine (et non pas des passages comiques burlesques dignes des dessins animés récents, le lien est de Cinetrafic). Et pour ce qui est de l’action, il faudra se contenter d’une course-poursuite motorisée très classique et de combats fabriqués sur ordinateurs sans intérêt.

Malgré les extravagances de jeu de l’un et le drôle de fagotage de l’autre, on pourra toujours sauver Tom Hardy et Michelle Williams de ce ratage (on a quand même du mal à reconnaître l’actrice de Kelly Reichardt). Le film est absolument impersonnel. C’est pas grave, il a rapporté 855 millions de dollars de recette dans le monde, Tom Hardy est revenu sur ses propres critiques concernant le montage, Kelly Reichardt est prête à signer pour la suite en préparation, Woody Harrelson sert déjà d’hôte à Carnage, je crois qu’on peut  parler de Suicide Squad artistique.

En DVD, Blu-Ray, Blu-Ray 4K Ultra HD, et VOD depuis le 18 février 2019, édité par Sony Pictures France, site et page Facebook.

4 commentaires à propos de “Venom”

  1. Je l’aime bien Tom Hardy. Mais je crois que celui-ci est au-dessus de mes forces. Venom est sans doute néanmoins très à l’image du studio, torturé, protéiforme, totalement perdu sur le segment du super-héros quand en face on a déjà dix ans de suprématie Marvel.

  2. Le film que ma femme a préféré l’année dernière. Il faut dire qu’elle détèste le personnage comme il est à l’origine. Elle m’a d’ailleurs sortie après la séance « Si Venom avait été comme ça dés le début, je l’aurais adoré ». Depuis, elle me tanne pour avoir le dvd, au secours !!!.

  3. pas vu et pas tenté par cette expérience qui semble tergiverser entre Green Lantern (Aïe…) et deadpool (no comment) : de toute façon, j’en ai plus que ras le bol de cette mode des super héros avec tous ces blockbusters qui se ressemblent et sont, peu ou ou prou, les mêmes

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