Une pluie sans fin (Bao xue jiang zhi)

Dong Yue, 2017 (Chine)

Premier long métrage du réalisateur chinois Dong Yue, Une pluie sans fin est, contrairement à ce que laisse entendre son scénario, un vrai film social et un faux polar. Son réalisateur ne s’en est d’ailleurs jamais caché et le choix de l’époque à laquelle se déroule le film n’a rien d’un hasard (1997 marque la rétrocession de Hong-Kong et représente l’entrée de la Chine dans l’ère capitaliste). Cette spécificité est évidemment à la fois une force et une grande faiblesse, ce qui oblige Dong Yue, scénariste et réalisateur du film, à se sortir de cette impasse par un twist final qui laissera certainement quelques spectateurs dubitatifs.

Le film se déroule intégralement dans la province du Hunan (Sud de la Chine), une région qui bénéficia dans les années 1950-1960 d’une forte industrialisation liée au programme de modernisation de la Chine. Mais à la fin des années 1990, ces hauts fourneaux et autres aciéries, sont sur le déclin et les autorités songent à fermer les usines qui ne sont ni compétitives ni rentables. Le dynamisme affolant de Shangaï ou de Pékin paraît bien loin,  ici tout est gris, vieux, cabossé et semble ne pas avoir évolué depuis quarante ans, les voitures sont peu nombreuses et les routes à peine praticables. La pluie continuelle qui traverse le film ajoute à cette ambiance un côté crépusculaire qui fait figure de signature esthétique. Yu Guowei est chargé de la sécurité dans l’une de ces grandes usines, il fait régner la loi et l’ordre de main de maître, ce qui lui vaut de recevoir les félicitations officielles des responsables de l’usine (et donc des autorités). Lorsque le corps d’une jeune femme, violée et mutilée, est retrouvé aux abords du complexe industriel, Yu cherche à aider les services de police locaux. Tout laisse à penser qu’il s’agit d’un serial killer car d’autres meurtres similaires ont été commis dans la région. L’affaire devient pour lui une obsession, au point d’agacer sérieusement le capitaine de police en charge du dossier. Parallèlement, Yu s’éprend d’une jeune femme, Yanzi, dont il devient le fiancé platonique et qu’il tente d’aider du mieux qu’il peut. Lorsqu’il se rend compte qu’un individu louche tourne autour de Yanzi, Yu est persuadé d’être enfin sur la piste du tueur et décide de le prendre en chasse.

En dépit du contexte original du film et d’une certaine réussite formelle, on ne peut s’empêcher, en regardant Une pluie sans fin, de penser qu’il s’agit de la copie d’un élève appliqué, soigneux et rigoureux, mais auquel il manquerait un petit quelque chose pour réellement briller. Pourtant tous les ingrédients sont là, contexte social intéressant, scénario bien ficelé, casting de qualité, mise en scène travaillée… Dong Yue respecte les codes du genre, mais ne s’en affranchit jamais risquant ainsi de sombrer dans le cliché. Il lui manque ce petit grain de folie, cette touche d’inventivité qui permettrait à son film de se démarquer. On a bien compris que ce qui lui tenait à cœur relevait davantage de la peinture sociale que du véritable polar, prétexte pour décrire de manière sombre et désespérée les mutations d’une Chine qui se dirige vers le progrès à marche forcée, sans s’embarrasser des cas particuliers et de ceux qui restent sur le carreau. L’ennui c’est que son enquête piétine et semble mener vers une impasse (ce qui peut arriver en la matière), laissant le spectateur dans l’expectative, voire l’embarras, lorsque le twist final met un terme à l’affaire. Le film souffre également de la comparaison avec les grandes influences dont il semble se revendiquer. L’ambiance rappelle le cinéma de Fincher, mais également un certain Memories of murder de Bong Joon-Ho (2003) et le moins que l’on puisse dire c’est que la comparaison n’est pas à son avantage. Il y a tout de même du positif dans ce long métrage, en particulier en matière de réalisation. Quelques scènes marquent de leur empreinte le film par leur maîtrise formelle (qu’elle soit esthétique ou liée au jeu des acteurs), notamment cette scène de meurtre sous une averse torrentielle à peine éclairée par une lumière blafarde de fin de journée. Mais la plus grande réussite réside dans la relation que Yu entretient avec Yanzi, un amour platonique auquel les deux acteurs donnent une rare intensité et une grande profondeur. De quoi tout de même se montrer attentif concernant la suite de la carrière de Dong Yue, qui à défaut d’avoir trouvé son style et sa marque de fabrique, laisse entrevoir un grand potentiel.

Disponible en dvd et Blu-ray depuis le 28 novembre 2018 chez Wild Side.

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