Un balcon sur la mer

Nicole Garcia, 2010 (France)




C’est Marie-Jeanne enfant qui nous touche le plus. Celle que l’on ne voit pas, qui est timide, qui n’y arrive pas. Celle qui fait copine avec la copine du garçon qu’elle aime. Celle qui s’effondre dans la rue. La petite fille (Emma Maynadie) n’apparaît que dans quelques scènes seulement, mais son regard est plus profond que celui des autres enfants, sa tristesse, discrète, plus troublante que celle des adultes. Davantage que le personnage principal, son histoire semble même entretenir une correspondance secrète avec les plans introductifs de la ville d’Oran, rues désertes, teintes passées, la mer et l’horizon.

D’un côté une brune teinte en blonde, Marie-Jeanne plus de vingt ans plus tard, belle femme vêtue de vert et portant du rouge aux lèvres, manipulatrice lancée dans une transaction immobilière frauduleuse, comédienne à ses heures perdues (Marie-Josée Croze). De l’autre, Marc, hanté par ses fantômes (Jean Dujardin) au point de délaisser sa femme et sa fille, de remettre en question sa vie aisée et bien rangée. En faisant de la relation entre ces deux personnages la base de l’intrigue, le film nous entraîne sur de fausses pistes, commence comme un thriller mais se concentre assez vite sur le drame psychologique. La réalisatrice cite Vertigo (en plus de ce qui précède, un plan avec miroir est copié de la fameuse scène de la chambre d’hôtel) mais ne trompe jamais vraiment sur son sujet, la mémoire et l’identité qu’un amour retrouvé et une introspection forcée bousculent.

Pour le film, Vertigo n’est pas qu’une référence mal greffée au sujet (ce qui a été reproché par plusieurs critiques) puisque Un balcon sur la mer traite bel et bien d’impuissance. Nicole Garcia et son scénariste Jacques Fieschi (tous deux nés à Oran, tous deux à peine plus âgés que Marc et Marie-Jeanne en 1962) parlent de l’impuissance de Marc vis-à-vis de son passé (son enfance en Algérie) et vis-à-vis de l’être aimée (une petite fille décédée et cette femme qui tente de prendre sa place). La passion n’est pas la même et l’impuissance n’est pas sexuelle, mais Marc partage malgré tout avec Scottie ses tourments et une certaine incapacité à agir sur sa propre vie. En outre, les allusions à Vertigo (qu’il s’agisse de l’enquête menée par Marc ou des différents éléments de mise en scène signalés) ne gênent en rien le récit et lui confèrent au contraire un peu d’ampleur.

Le scénario est particulièrement bien écrit, et même si Nicole Garcia a une façon de faire assez classique (dans le montage l’utilisation de flash-backs qui coupent le récit, ou dans un plan une cage à oiseau à côté du garçonnet empêché), sa mise en scène reste habile. Quand elle filme à travers les vitres et les fenêtres pour créer une distance, quand elle filme les reflets qui peuvent évoquer l’état mental des personnages, quand les silences trahissent les fissures intérieures, de même dans les séquences avec les enfants, on est tenté d’y voir l’influence de Claude Sautet ou de Claude Miller avec qui elle a tourné. Un balcon sur la mer a de petits défauts mais la réalisation, les traces autobiographiques que l’on décèle, les belles références que l’on perçoit en font un film tout à fait séduisant.

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