James Gray, 2008 (États-Unis)

Seulement un an après La nuit nous appartient, Michael Gray signe un film plus intimiste. C’est aussi le troisième long métrage successif qu’il tourne avec Joaquin Phoenix, devenu son acteur de prédilection. Ce dernier prend ici une ampleur et une aura supplémentaire dans un rôle intériorisé parfaitement maîtrisé* .

Il incarne Leonard Kraditor, un homme d’environ 35 ans, dépressif. Leonard a connu un échec sentimental qui s’est transformé en drame personnel, à la suite duquel il tente plusieurs fois de mettre fin à ses jours. Il est même interné une courte période avant de retourner vivre chez ses parents qui sont à la fois inquiets et envahissants. Un jour, ces derniers organisent un repas destiné à lui faire rencontrer une jeune fille. Ils cherchent à tout prix à le caser. Une situation embarrassante car il n’est plus traité comme un homme mais comme un adolescent. Sandra, la fille du patron de son père avec lequel Leonard travaille, est très jolie (Vinessa Shaw, aperçue en 1999 dans Eyes wide shut de Kubrick et en 2008 dans 3H10 pour Yuma de Mangold). Leonard, de peur de souffrir à nouveau, est constamment sur la défensive, et malgré la beauté évidente de celle-ci, n’a pas vraiment l’étincelle escomptée. D’autant plus que le lendemain il a un vrai coup de foudre pour une magnifique blonde, sa nouvelle voisine : Michelle, (Gwyneth Paltrow, découverte pour ma part en 1998 dans De grandes espérances d’Alfonso Cuarón). Son immense beauté, son apparente insouciance et sa facilité de communication le séduisent immédiatement… Elle devient une véritable obsession pour Leonard. Mais il ne connaît pas encore la face cachée de sa beauté et se retrouve vite devant un choix important : la sécurité affective de Sandra, très amoureuse, ou une passion dangereuse pour Michelle envers qui il semble vraiment prêt à tous les sacrifices…

Une triangulation classique qui n’ a vraiment rien d’aussi léger que Vicky Cristina Barcelona de Woody Allen (2008). Une situation délicate et banale, tournée de façon bouleversante par Gray et enrichie par l’interprétation phénoménale de tous ces acteurs. En particulier celle de Phoenix qui atteint là une dimension dramatique hors du commun. Il arrive à nous faire ressentir de façon étonnante ses tourments intérieurs.

Two lovers a un charme fou et possède un pouvoir hypnotisant… Il a une ambiance crépusculaire et nostalgique unique. Il comporte de grands moments de détresse qu’il est simple de trouver familiers : lorsque Leonard rentre chez lui en métro, il voit un couple s’embrasser et se sent si seul ; ou totalement désemparé lorsqu’au nouvel an tout le monde fait la fête et lui se retrouve seul à nouveau dans un sentiment d’échec. Une image et un esthétisme raffinés parfois proches de ce que propose Michael Mann, voire Sofia Coppola, lorsqu’il s’agit de filmer la nuit et d’en extraire sa quintessence. Plutôt épuré, il puise sa force dans l’intensité des relations et dans son casting irréprochable. Superbe.

Ludo

* On se souvient de son apparition en 1999 aux côtés de Nicolas Cage dans 8mm de Joel Schumacher ou bien, en 1999, de l’infâme Commodus dans Gladiator de Ridley Scott, de sa participation à deux films de M. Night Shyamalan, Signes en 2002 et Le village en 2004, ou encore de son incarnation du légendaire Johnny Cash dans Walk the line de James Mangold en 2006.

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Un commentaire so far »

  1.  

    Benjamin said

    décembre 9 2008 @ 10:44

    J’ajoute une note et relève quelques éléments que j’ai appréciés :

    - comme dans La nuit nous appartient nous retrouvons le choix auquel doit faire face le personnage et sa dépendance inévitable à la famille ; ni Leonard, ni Bobby (tous deux joués par Joaquin Phoenix) ne parviennent à décider pour eux, la famille et ses choix s’imposent comme une très frustrante fatalité. Deux genres de fête illustrent à nouveau le dilemme : la première enivrante et colorée en discothèque, l’autre, qui ne dépasse pas le cadre familial, grise et peu entraînante ;

    - le cadrage, les lignes de force de nombreux plans et la mise en scène de manière générale sont habiles (Leonard encadré de ses parents ; son isolement mis en évidence quand il passe triste à côté d’une « bulle festive » sur la promenade du bord de plage ; le bouillonnement intérieur qui s’entend quand il rentre seul dans sa chambre, il s’agit en fait de l’aquarium que l’on aperçoit à peine);

    - citons parmi ces très bons acteurs ceux qui incarnent les parents, Isabella Rossellini et Moni Moshonov (l’ « oncle russe » dans le précédent film de Gray);

    - par son côté dramatique, Two lovers n’a vraiment pas l’ambiance d’une comédie sentimentale américaine ; je l’affilierai plutôt, et l’image (décors et photographie) y est pour beaucoup, à un certain cinéma européen intimiste presque froid (peut-être Bergman ou Truffaut).

    Un « climat sombre », c’est vrai, mais pas nostalgique (il n’y a pas regret d’un passé heureux), plutôt mélancolique. James Gray ne filme pas que la détresse amoureuse mais surtout l’impossibilité de se libérer de l’emprise familiale.

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