Wrestler, The

Darren Aronofsky, 2009 (États-Unis)




Pour une résurrection, Mickey Rourke ne pouvait rêver mieux. Aronofsky lui offre un rôle proche de ce qu’il a vécu en tant qu’acteur, presque trop proche, ce qui le fait hésiter avant d’accepter et en définitive, au vu du résultat, bien lui en a pris.

« I’AM AN OLD, BROKEN DOWN PIECE OF MEAT»
Rourke incarne Randy « The Ram » (le bélier), une star du catch des années 1980 qui, vingt ans plus tard, est devenue has been et grotesque. Un vrai loser qui, en parallèle d’un job dans un supermarché, est obligé de combattre le week-end dans des maisons de quartier et d’autres salles minables pour pouvoir se payer de très coûteux médicaments de vieux body-buildé. Ainsi, lui qui mène une vie solitaire dans un mobile home, retrouve un peu de gloire sur les rings. Mais, vient le jour où après un show plus physique et sanglant que d’habitude contre « Necro Butcher« , il fait une crise cardiaque. Il subit un pontage coronarien et les médecins lui interdisent de continuer ce sport. Randy se pose alors des questions et, père absent et immature qu’il est, décide de tout faire pour se réconcilier avec sa fille avec qui il était fâché depuis de nombreuses années*. Il raccroche donc avec le catch. De même, il espère s’engager plus sérieusement dans une relation avec une strip-teaseuse vieillissante qu’il fréquente de temps à autres…


DU BON VIEUX HARD ROCK
Randy s’avère un personnage attachant, à l’image de ces vieilles stars du rock un peu pathétiques et incapables de raccrocher alors que leur succès appartient définitivement au passé. D’ailleurs, Randy a une vraie « rock ‘n’ roll attitude », une longue tignasse blonde de vieux hardos et fait sans cesse référence aux années 1980 : « Guns n’ Roses ça déchirait ! Et Mötley Crüe … Et puis Kurt Cobain est arrivé, pfff… Qu’est ce que j’ai détesté les années 1990 ! ». Logiquement la bande son est donc très axée hard rock 1980’s. Le film commence avec des images d’articles de presse de l’époque de gloire de Randy « The Ram » sous fond de Quiet Riot et leur célèbre Metal health qui est l’hymne du catcheur à chaque fois qu’il monte sur le ring. Un brin nostalgique, lorsqu’il rentre chez lui dans son van, on entend Don’t know what you got (’till it’s gone) de Cinderella**. Un peu plus loin, on entend également des groupes tels que Firehouse (Don’t walk away) ou encore Slaughter (Dangerous) ainsi que Guns n’ Roses et son fameux Sweet child o’mine (Axl Rose est l’ami de Mickey Rourke et, fait exceptionnel, a cédé gratuitement les droits d’utilisation du morceau pour le film !). Chez le vieux catcheur décoloré et bronzé aux UV, on retrouve également un poster d’AC/DC. Lors d’un strip-tease de sa copine Cassidy (Marisa Tomei) c’est Animal magnetism de Scorpions qui résonne. Et enfin, à nouveau dans son van (Randy est resté à l’époque des cassettes et joue encore aux jeux vidéos sur une Nintendo d’époque avec les gamins du quartier), il écoute Balls to the walls d’Accept. Les groupes Ratt (Round and round et I’m Insane), Rhino Bucket (Soundtrack to a war) et bien d’autres apparaissent aussi plus discrètement… Il ne manquait donc plus qu’Aerosmith, Twisted Sister ou même Kiss pour être complet ! A noter sur le sujet, que Slash a collaboré à la composition du score et que Bruce Springsteen a écrit The wrestler, la chanson du générique de fin.

UNE CARNE AUSSI TENDRE QUE VIEILLE
En dépit du sport/spectacle violent et infantile qu’il pratique, le personnage de vieux-beau has been magnifiquement interprété par Rourke est attendrissant (un peu à l’image de Depardieu dans Quand j’étais chanteur de Xavier Giannoli, 2006). D’ailleurs, rares sont les films sur le catch (il s’agit pourtant d’un des spectacles qui attirent le plus de monde aux États-Unis). La boxe est par exemple plus régulièrement plébiscitée pour mettre en avant de tels personnages (Rocky Balboa de Stallone en 2007 pour en citer un aussi récent). Une des grandes qualités du film est d’avoir évité les bons sentiments. Là où certains réalisateurs auraient joué la facilité en s’arrêtant sur la rédemption du catcheur et sur les émouvantes retrouvailles avec sa fille, tirant davantage l’histoire vers son côté larmoyant, Darren Aronofsky préfère raconter sans pathos. Pas de happy end, la fin reste en suspens et The wrestler gagne en profondeur.





* The wrestler se déroule à New York. Durant une scène, Randy et sa fille marchent en un lieu désaffecté non loin de la mer. Je pense qu’il s’agit du même endroit où De Niro cherchait son fils, dans City by the sea, ou Père et flic en français, de Michael Caton-Jones (2004).
** Titre déjà utilisé dans « Raisins », quatorzième épisode de la septième saison de la série animée South Park, où les références au hard rock des années 1980 (à l’image de Beavis & Butt-Head) sont fréquentes.

3 commentaires à propos de “Wrestler, The”

  1. Ta comparaison avec Quand j’étais chanteur est osée, non ?

    The wrestler se déroule à New York et la ballade de Randy accompagné de sa fille a été tournée sur Coney Island. Cette péninsule située à l’extrême sud de Brooklyn est connue pour sa plage sur l’océan Atlantique et la promenade en bois qui la longe (promenade Riegelmann, la plus longue du monde selon Wikipedia). Plutôt abandonné après les années 1970 (fermeture des nombreuses attractions qui l’occupaient, baisse de sa fréquentation), le site moins bondé a gagné en tranquillité. Il a servi de décors ou de paysage mental pour plusieurs métrages : Little Odessa (James Gray, 1994), Père et flic de Michael Caton-Jones (2004)… Darren Aronofsky y avait déjà tourné quelques scènes dans Requiem for a dream (2001).

    A cette adresse, sont recensés tous les films qui montrent un peu ou beaucoup de Coney Island (et ce depuis les débuts du cinéma jusqu’au début des années 2000).

    Une autre île de New York au cinéma ? Roosevelt Island dans Dark water de Walter Salles (2005).

  2. Pour Quand j’étais chanteur, c’est plutôt le côté ringard… mais attendrissant du personnage : il est connu que les losers benéficient souvent d’un capital sympathie car on peut plus facilement s’identifier à eux que les winners. C’était le cas pour Depardieu en chanteur usé de bal musettes et de thés dansants, et ça l’est aussi pour Mickey Rourke en « vieux-beau » catcheur, désormais vedette de son quartier (et encore…) qui fait des séances d’autographes devant « trois pelés et un tondu » (quelle belle expression !).

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