Darren Aronofsky, 2009 (Etats-Unis)

Pour son grand retour, Belmondo a un rôle taillé sur mesure dans un film aux allures d’hommage (Un homme et son chien, Francis Huster, 2009), il en est de même pour le come-back de Mickey Rourke avec The wrestler et ce personnage qui lui colle à merveille… Pour cette véritable résurrection, Mickey ne pouvait rêver mieux. Un rôle d’ailleurs très proche de la vie de l’acteur américain, presque trop proche, voilà pourquoi il a hésité longuement avant d’accepter de tourner dans ce long métrage et au vu du résultat bien lui en a pris !
The wrestler a déjà reçu le prestigieux Lion d’or de la 65ème Mostra de Venise et Mickey Rourke le non moins prestigieux Golden Globe du meilleur acteur pour sa prestation… Un retour déjà pleinement réussi et si en prime il recevait un Oscar cette nuit, ce serait vraiment énorme !
« I’m an old, broken down piece of meat »
Rourke incarne Randy « The Ram » (le bélier), une star du catch des années 1980 qui, vingt ans plus tard, est devenue bien has been et, disons-le carrément, grotesque. Un vrai loser qui, en parallèle de son job dans un supermarché, est obligé de combattre le week-end dans des maisons de quartier et d’autres salles minables pour pouvoir se payer de très coûteux médicaments de vieux boby-buildé, une véritable drogue pour lui. Il faut ajouter qu’en dehors de son job alimentaire, il ne sait faire que ça. Lui qui mène une vie solitaire dans un misérable mobile home, retrouve un peu de gloire sur les rings. Mais, après un show plus physique et sanglant que d’habitude qui l’oppose au catcheur Necro Butcher, il fait une crise cardiaque. Il subit un pontage coronarien et les médecins lui interdisent de continuer ce sport. Randy est très secoué par cet accident. Il se pose des questions et, père absent et immature qu’il est, décide de tout faire pour se réconcilier avec sa fille avec qui il était fâché depuis de nombreuses années*. Il raccroche donc avec le catch. De même, il espère s’engager plus sérieusement dans une relation avec une strip-teaseuse vieillissante qu’il fréquente de temps à autres… Malgré toutes ses bonnes intentions, parviendra-t-il vraiment à changer sa vie aussi radicalement, ou bien ses vieilles mauvaises habitudes reprendront-elles le dessus ?
Du bon vieux hard rock old school !
Randy est un personnage finalement bien sympathique et attachant, à l’image de ces vieilles stars du rock un peu pathétiques et incapables de raccrocher alors que leur succès appartient définitivement au passé. D’ailleurs, Randy a une vraie « rock ‘n’ roll attitude » avec sa longue tignasse blonde de vieux hardos qui fait sans cesse référence aux années 1980 :
« Guns n’ Roses ça déchirait ! Mötley Crüe aussi… Et puis Kurt Cobain est arrivé, pfff… Qu’est ce que j’ai détesté les années 1990 ! »
Logiquement la bande son est donc très axée hard rock des années 1980… Toute mon enfance ! Ainsi, le film commence avec des images d’articles de presse de l’époque de gloire de Randy « The Ram » sous fond de Quiet Riot et leur célèbre Metal health qui est l’hymne du catcheur à chaque fois qu’il monte sur le ring. Un brin nostalgique, lorsqu’il rentre chez lui dans son van on entend Don’t know what you got (’till it’s gone) de Cinderella**. Un peu plus loin, on entend également des groupes tels que Firehouse (Don’t walk away) ou encore Slaughter (Dangerous) ainsi que Guns n’ Roses et son fameux Sweet child o’mine (Axl Rose est l’ami de Mickey Rourke et, fait exceptionnel, a cédé gratuitement les droits d’utilisation du morceau pour le film !) lors de l’arrivée de Randy pour un combat qui l’oppose à l’Ayatollah (match-exhibition célébrant le 20ème anniversaire du « mythique » combat de catch). Chez le vieux catcheur décolorisé et bronzé aux UV, on y retrouve également un poster d’AC/DC ; lors d’un strip-tease de sa copine Cassidy (Marisa Tomei, également en lice pour les Oscars en tant que meilleur second rôle) c’est Animal magnetism de Scorpions qui résonne ; et enfin, à nouveau dans son van (Randy est apparemment resté à l’époque des cassettes et joue encore aux jeux vidéos sur une Nintendo d’époque avec les gamins du quartier !), il écoute Balls to the walls d’Accept. Les groupes Ratt (Round and round et I’m Insane), Rhino Bucket (Soundtrack to a war) et bien d’autres encore apparaissent aussi plus discrètement… Il ne manquait donc plus qu’Aerosmith, Twisted Sister, Van Halen, Fastway, L.A. Guns, Skid Row, Great White ou même Kiss pour être complet ! A noter également que Slash a collaboré à la composition du score et que Bruce Springsteen a écrit The wrestler, la chanson du générique de fin, ce qui n’est pas rien !
Une carne aussi tendre que vieille…
Après cette grosse, mais inévitable, parenthèse musicale, je terminerai en disant que The wrestler (tourné en seulement 35 jours, un record !) est émouvant. En dépit du sport/spectacle violent et infantile qu’il pratique, le personnage de vieux-beau has been joué magnifiquement par Mickey Rourke (à l’image de Depardieu dans Quand j’étais chanteur de Xavier Giannoli, 2006) est très attendrissant. D’ailleurs, rares sont les films sur le catch (il s’agit pourtant d’un des spectacles qui attire le plus de monde au pays de l’Oncle Sam !) ; la boxe est en effet plus régulièrement plébiscitée pour mettre en avant de tels personnages (je pense évidemment à Rocky Balboa de Sylvester Stallone, dont le dernier épisode est sorti en 2007). Une des grandes qualités de ce long métrage (et elles sont nombreuses) est d’avoir évité les bons sentiments. Là où certains réalisateurs auraient joué la facilité en s’arrêtant sur la rédemption du catcheur et sur les émouvantes retrouvailles avec sa fille, tirant davantage l’histoire vers son côté larmoyant, Darren Aronofsky a préféré raconter sans pathos ni consensualité. Il n’y a donc pas de happy end. La fin, dont on imagine facilement l’issue tragique, reste en suspens. The wrestler est une grande réussite.
Ludo
p. s. : Pour les Toulousains qui liraient cet article, n’avez-vous pas déjà croisé dans nos rues un personnage identique à celui de Randy (en plus petit, mais tout aussi costaud) ? Environ la cinquantaine, toujours en jogging, bronzé à tout moment de l’année, body-buildé à outrance et avec de longs cheveux blonds décolorés ? Si vous le voyez, vous y penserez forcément !
* The wrestler se déroule à New York. Durant une scène, Randy et sa fille marchent en un lieu désaffecté non loin de la mer. Je pense qu’il s’agit du même endroit où De Niro cherchait son fils, dans City by the sea, ou Père et flic en français, de Michael Caton-Jones (2004).
** Titre déjà utilisé dans « Raisins », quatorzième épisode de la septième saison de la série animée South Park, où les références au hard rock des années 1980 (à l’image de Beavis & Butt-Head) sont fréquentes.
Ornelune said
février 22 2009 @ 11:07
Le moins que l’on puisse dire c’est que tes comparaisons de The wrestler avec d’autres films sont osées (Un homme et son chien ? Quand j’étais chanteur ?) !
The wrestler se déroule à New York et la ballade de Randy accompagné de sa fille a été tournée sur Coney Island. Cette péninsule située à l’extrême sud de Brooklyn est connue pour sa plage sur l’océan Atlantique et la promenade en bois qui la longe (promenade Riegelmann, la plus longue du monde selon Wikipedia). Plutôt abandonné après les années 1970 (fermeture des nombreuses attractions qui l’occupaient, baisse de sa fréquentation), le site moins bondé a gagné en tranquillité. Il a servi de décors ou de paysage mental pour plusieurs métrages : Little Odessa (James Gray, 1994), Père et flic de Michael Caton-Jones (2004)… Darren Aronofsky y avait déjà tourné quelques scènes dans Requiem for a dream (2001).
A cette adresse, sont recencés tous les films qui montrent un peu ou beaucoup de Coney Island (et ce depuis les débuts du cinéma jusqu’au début des années 2000).
Une autre île de New York au cinéma ? Roosevelt Island dans Dark water de Walter Salles (2005).
MaîtreLudo said
février 22 2009 @ 12:19
Oui, en effet, la comparaison avec Un homme et son chien concerne le rôle donné au comédien pour son grand retour : un rôle collant de près à l’acteur et proche de sa propre vie, d’une période de traversée du désert.
Pour Quand j’étais chanteur, c’est plutôt le côté ringard… mais attendrissant du personnage : il est connu que les losers benéficient souvent d’un capital sympathie car on peut plus facilement s’identifier à eux que les winners. C’était le cas pour Depardieu en chanteur usé de bal musettes et de thés dansants, et ça l’est aussi pour Mickey Rourke en « vieux-beau » catcheur, désormais vedette de son quartier (et encore…) qui fait des séances d’autographes devant « trois pelés et un tondu » (quelle belle expression !).
Batman said
février 24 2009 @ 23:51
Il sort demain en Allemagne. J’attends de voir la prestation de Mickey Rourke qui doit être plus que géniale.