The vampire bat

Frank R. Strayer, 1933 (États-Unis)

Palpitation auriculaire, palpitation jugulaire et palpitation spectaculaire, tout le village de Klineschloss est en émoi. Faut-il croire que les corps retrouvés vidés de leur sang ont été les victimes des chauves-souris géantes suspendues aux arbres ? Ou bien est-ce le fait d’Herman, simple d’esprit qui se ballade une bestiole ailée dans la poche et moins aimé depuis que des malheureux se font percer et assécher les veines ? Il y a bien une autre réponse possible à ce mystère qui nourrit les débats à la taverne et chez le bourgmestre : une attaque de vampires. Ces morts seraient le fait de vampires… Les scientifiques finissent par se pencher sur la question. Cependant les archives de la ville, qui parlent bien de vampires dans une chronique ancienne, n’apportent pas vraiment de preuves. De plus, la dissertation de Dom Augustin Calmet précise bien l’impossibilité morale que les morts reviennent de leurs tombeaux. Et puis, c’est toujours pareil, pangolin ou chauve-souris, la faute est rejetée sur l’animal. Pourtant, on se doute que cet immense laboratoire aménagé dans les caves du château abrite un tout autre mystère, une perversion toute humaine. En outre, les sages de la Universal le savaient bien à cette époque-là, la science des sous-sols sent le soufre, le sang et l’indécent !

The vampire bat joue avec la connaissance que le public a désormais du mythe du vampire. Le thème avait d’une manière ou d’une autre balayé le siècle qui précédait et le succès du Dracula de Browning deux ans auparavant avait une nouvelle fois ravivé la créature. Herman par exemple est une sorte de Renfield, et c’est tout naturellement que Dwight Frye qui avait interprété le rôle dans Dracula fût choisi dans cette petite production (difficile même de dire si c’est Renfield qui a inspiré le personnage ou l’acteur lui-même qui a motivé le scénariste et les producteurs). Le récit n’est pas situé en Roumanie mais à Klineschloss (ou Kleinschloss), quelque part dans l’ombre impénétrable d’une contrée improbable à l’Est de l’Europe. Les lieux de tournage sont un assemblage de plateaux ayant déjà servi pour James Whale : les extérieurs reprennent le pittoresque « allemand » utilisé dans Frankenstein (1931) et les intérieurs sont ceux de The old dark house (1932) (ces infos d’après la page anglaise du film sur Wikipedia).

Strayer qui tourne depuis 1925 (An enemy of men, The fate of a flirt, The lure of the wild…) a déjà réalisé plus d’une trentaine de films quand on le charge de The vampire bat. Il en réalisera peut-être une centaine au total jusqu’en 1951. À la qualité des travellings le long des façades, jusqu’à surprendre une étrange silhouette sur les toits, à celle de certains raccords jouant sur l’effroi suscité ici ou là, s’opposent des passages plus faibles, comme la résolution de l’histoire, plutôt bâclée, trop vite amenée. Le mystère dévoilé sur un cœur en carton déçoit un peu. C’est surtout le gros plan de l’organe derrière la vitre dont on se serait bien passé. La traque de Herman jusque dans les grottes, en revanche, est une scène intéressante (les flambeaux des torches étonnement colorés), mais elle manque aujourd’hui de nous surprendre davantage (un vol de chauves-souris en pareil endroit aurait pu faire son petit effet). Les interprètes, eux, sont à leur place, Dwight Frye, mais aussi Melvyn Douglas et Fay Wray (le jeune enquêteur et sa femme -même si elle manque d’être mise en valeur-), ainsi que Lionel Atwill (le trouble Dr. Otto von Niemann). Des seconds rôles comme celui de Maude Eburne apportent encore une touche d’humour qui n’est pas déplaisante. Le film est produit par Majestic Pictures, studio de séries B parfois remarquées. Il est vrai que The vampire bat crée une atmosphère, présente convenablement son intrigue et, ramassé sur une heure, peut aussi séduire.

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