Tim Burton, 2008 (États-Unis)

Quelques mois après l’avoir vu, je constate que tout le sang déversé à l’écran par les bobines du dernier Tim Burton n’a pas encore entièrement séché. Le petit plaisir que j’ai eu à voir Sweeney Todd n’est en rien altéré par le laps de temps écoulé ni par le chemin du film dans mon esprit. Pour concocter ses mixtures gothico-fantaisistes, dont certaines furent très savoureuses, le réalisateur dégingandé à la coiffure expérimentale (presque un Rotwang, l’inventeur du Metropolis de Fritz Lang) avait pris la fâcheuse habitude ces dernières années de mettre dans son chaudron cinématographique des ingrédients moins variés et surtout plus fades, quand il ne s’agissait pas d’y vider des bocaux entiers de guimauve (Big fish en 2004, Charlie et la chocolaterie en 2005)… Avec Les noces funèbres, en 2005, Burton et son occasionnel second de cuisine Mike Johnson semblaient avoir remis la main sur une vieille recette et proposaient quelque chose d’un peu plus réjouissant (un film d’animation en chansons dont l’univers mêle enfance et macabre) même si toute comparaison avec le bien plus facétieux Etrange Noël de M. Jack (Henry Selick, 1994) est exclue. Le cinéaste ne s’est pas complètement débarrassé de toutes les fadeurs passées mais Sweeney Todd semble marquer dans son œuvre, du moins l’espère-t-on, une replongée dans l’ombre.
Tim Burton adapte son film d’une comédie musicale montée à Broadway par Stephen Sondheim en 1979. Les interprètes reprennent fidèlement les principales chansons du spectacle original mais ne parviennent pas, en dépit de leur performance, à rendre ces musiques moins mauvaises. C’est assez dommage pour une comédie musicale et cela prouve que Danny Elfman, ici absent, participe complètement à la réussite des mondes créés par Burton. Cette fadaise musicale est un peu gênante mais le film plaît pour sa noirceur et son côté diabolique (le spectateur prend plaisir à la vengeance du barbier même lorsque celle-ci prend des proportions démesurées). Loin de voir Sweeney Todd comme « l’odyssée étouffante d’un cinéaste dans les méandres de son imaginaire carbonisé » (Vincent Malausa dans Chronicart), situons le plutôt, ce que confirmera ou infirmera le travail prochain du cinéaste, comme une transition correcte vers une création retrouvée et vers de lugubres sentiers.




Etienne said
mai 19 2008 @ 15:57
Je suis allé voir ce film avec hésitation parce que la qualité des œuvres de Tim Burton est un peu en dents de scie ces dernières années (mauvais point pour La planète des singes, moyen pour Big fish, bon pour Les noces funèbres). Le fait que ce soit une comédie musicale m’a également un peu rebuté. Pourtant, j’ai été agréablement surpris. [...] Le travail de Tim Burton, mettant l’accent sur le baroque, la noirceur et le macabre est d’une grande réussite. Le couple diabolique Johnny Depp-Helena Bonham Carter est jubilatoire. Tim Burton semble de nouveau se faire plaisir et montre qu’il est toujours un grand réalisateur.
Batman said
juin 18 2008 @ 10:37
Grand amateur de Tim Burton (je rappelle que j’ai joué dans deux de ses films…), ce film est une véritable surprise même si on connaît le style de Tim. Non étonné de revoir Johnny Depp devant la caméra de Tim Burton (pour la 6ème fois), mais agréablement surpris de voir (ou plutôt d’entendre) Johnny D. chanter. On le découvre sous un autre jour; notre Jack Sparrow est bien loin des Caraïbes…