Still the water (Futatsume no mado)

Naomi Kawase, 2014 (Japon)

Dans les ramifications nombreuses de ces arbres pluriséculaires (des banyans), c’est le tissu des relations entre les beaux personnages de cette île de l’archipel d’Amami que l’on est tenté de voir.

Kaito (Nijirô Murakami) est un garçon tourmenté par l’éclatement de sa famille, père tatoueur à Tokyo, mère employée d’hôtel que l’on soupçonne un moment de prostitution, adolescent en déshérence affective quoi qu’il en soit. Son amie Kyoko (Jun Yoshinaga), avec qui Kaito passe le temps qu’il ne passe pas seul, est une jeune fille rendue mélancolique par la maladie de sa mère et malgré tout protégée par un père présent et attentif. Autour des enfants et de leurs parents, peu de personnages (papy tortue, sage vieillard des bords de mer, chamane tranquille au geste sûr quand il s’agit d’égorger une chèvre), mais une réelle communauté liée par l’insularité et par les traditions (musique, sacrifice, veillée funéraire) qui depuis toujours la nourrissent.

La réalisatrice de La forêt de Mogari (2007) ne recherche que la simplicité. Pas de sophistication de mise en scène. Elle nous donne une impression de spontanéité, d’une certaine évidence. Et on trouve beau cette instantanéité, la composition des plans et leur lumière directe, leur sensualité comme leur âpreté. On se laisse également prendre par leur durée. Les plans de Naomi Kawase sont souvent contemplatifs, proches d’une nature belle de ses nuances (les teintes de l’océan), parfois surprenante, parfois furieuse, comme ce typhon que l’on voit gagner en intensité pour finalement absorber la colère du fils.

Après deux documentaires, l’un sur une maternité sylvestre (Genpin, 2010), l’autre sur les derniers jours de sa mère adoptive (Chiri, 2012), après Hanezu (2011), Still the water mêle encore un peu d’autobiographie à la fiction (Amami est la terre de ses parents qu’elle n’a pas connus). Avant de se laisser plus facilement séduire par Les délices de Tokyo (2016), après le film, on gardera aussi avec soi cette ambiance de paix, quasi mystique : d’une part le chant entonné par la famille et les vieilles amies pour accompagner la mère de Kyoko dans la mort, ou un peu plus tôt une enfant la tête posée sur les genoux de sa mère la tête posée sur les genoux du père, tous trois les yeux dans les feuillages d’un arbre haut.

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