Spider-Man : homecoming

Jon Watts, 2017 (États-Unis)




Spider-Man (deuxième update) n’est qu’un gamin. 15 ans, hyperactif, bloqué en mode blagues en rafale, prêt à braver les interdits aussitôt qu’un adulte le prive d’une liberté. En 2017, dispense des origines (déjà par deux fois énoncées dans les versions de Raimi et de Webb) et retour fissa au lycée. Flanqué d’un gros camarade de jeu qui n’aspire qu’à devenir le geek en fauteuil (l’indispensable atout du héros lancé dans le feu de l’action), les préoccupations de Peter Parker n’ont rien que de très banal : se divertir, sortir, flirter… si possible. Mais aussi tester en douce son fluide arachnéen en cours de chimie ou préférer se lancer dans une chasse au Vautour plutôt que subir une interro d’espagnol. Bon, c’est vrai que Peter a aussi quelques dilemmes moins communs chez un enfant de son âge, comme encore devoir choisir entre une expérience sociale désinhibante (relaxation à la piscine avec la fille rêvée une veille de concours) ou interrompre une réunion de malfrats qui a pour objet la vente d’armes extraterrestres.

Pourtant, en dépit de sa grande excitation à jouer dans la cour des grands, se prendre pour un Avenger le temps d’un après-midi, chiper le bouclier du Cap (avant que celui-ci ne réprime son trop grand enthousiasme en heure de colle pour le compte du département de l’éducation des États-Unis), ce Parker-ci sait très bien ce qu’il veut. C’est pourquoi, malgré son habitude vite prise dans un costume estampillé Stark Innovations, Peter fait surtout le choix devant toutes les prétentions du multi-milliardaire de ne pas s’exporter et de rester attacher à son friendly neighborhood, le Queens.



Car la vraie différence entre Spider-Man : homecoming et les cinq versions qui ont précédé depuis le très bon premier épisode de Sam Raimi (Spider-Man, 2002), c’est que le Peter Parker joué par Tom Holland a déjà trouvé sa place. Lui n’est pas un jeune adulte en manque de repères dans un univers totalement nouveau. Il n’est pas non plus désigné comme le responsable de la mort de son oncle Ben (une ligne de dialogue pour une allusion discrète à propos des « dures épreuves de tante May »). Il n’est en conflit avec personne et certainement pas avec lui-même. Il ne crée donc pas le mal et n’en est pas à l’origine (Spider-Man 3, 2005). Si un plan exploite la dualité du personnage (le visage coupé en deux, motif plusieurs fois répété dans les films), ce n’est pas pour montrer le côté sombre du super-héros, le propos n’est absolument pas là. Le plan vise simplement à enrichir la phrase du tuteur Stark (« Si tu n’es rien sans le costume, c’est que tu ne le mérites pas ») et encourage le gamin à se dégager seul des décombres qui l’ensevelissent. Ce plan avec une moitié de visage apparent, l’autre caché par le masque, illustre bien un questionnement identitaire (être Peter avant d’être super-héros), mais il n’y a pas de conflit intérieur, ce qu’a pu révéler par exemple un masque déchiré ou arraché. Si ce plan cherche plutôt à révéler l’identité de Peter, c’est cette fois seulement à lui-même, ce qui n’en est pas moins important ou moins nécessaire que toutes les fois où ce geste a été répété par le passé (chez Raimi et Webb). Dans Homecoming, pour cet ado, tout va donc bien à l’école, à la maison, dans la rue. Il ne demande rien à personne (même s’il abuse un peu avec Happy alias Jon Favreau). Il se sent bien chez lui et n’aspire qu’à une place sans prétention, la sienne, dans son propre quartier.



Par ailleurs, pour se démarquer des épisodes déjà réalisés, on sent bien que la production à glisser quelques consignes à Watts et aux scénaristes. Entre les mains de Disney (mais pour Spidey toujours propriété de Sony), Marvel se met à aimer tout le monde (loin le temps des Soviétiques !) : pas de terroriste, pas d’allusion au 11 septembre 2001 (ce qui est souvent -systématiquement ?- le cas quand un film se déroule à New York), pas d’Arabe regardé de travers, mais encore place aux femmes (la prof de sciences, rôle habituellement masculin), aux obèses (Jacob Batalon dans le rôle d’un Ned Leeds ressemblant à Ganke Lee dans Ultimate), aux noirs (Liz Allan, belle métisse à qui Laura Harrier prête ses traits, devenue fille de Toomes à la place de la blanche Valerie Jessup dans le comic, idem pour Zendaya incarnant une tout autre MJ) et aux latins (Tony Revolori dans le rôle de Flash Thompson)… Si l’on prend garde aux minorités, le film peut prendre des allures un peu irritantes de liste avec cases à cocher, mais Homecoming est suffisamment léger dans le ton et revêt assez d’originalité pour passer outre. Ainsi, autre consigne de la production, la quasi absence de ballade aérienne en ville. Non seulement le Tisseur s’en va fréquenter la banlieue pavillonnaire new-yorkaise (dans une séquence amusante où il se rend compte que l’idéal de la maison individuelle en rez-de-chaussée ne convient pas tout à fait à ses désirs d’élévation), mais il quitte également la ville, direction Washington, métropole réputée pour une tout autre skyline que NY (l’obélisque du Washington monument en point de mire avec brève allusion au passé esclavagiste du site ; ce qui donne lieu à une des grandes scènes d’action du film accompagnée par le superbe titre de Michael Giacchino, Monumental Meltdown).

Face à la facétieuse juvénilité de l’Araignée, deux figures masculines d’adultes s’opposent : celle de Tony Stark (Robert Downey Jr.), le milliardaire insolent (que sert ironiquement Favreau, le réalisateur d’Iron Man, 2008) et celle d’Adrian Toomes, petit chef d’entreprise contrarié par des gouvernants achetés et, depuis, en proie à un devenir de criminel rapace (Michael Keaton que l’on se plaît à retrouver justement après Birdman d’Iñárritu, 2014). Et de cette opposition naît une autre idée à laquelle on aimerait bien croire un peu. Toomes a été choisi dans le panier à super-vilains et désigné comme le véritable ennemi de Parker. Cependant, issu du même milieu modeste, il obtient malgré tout la sympathie du jeune homme-araignée. Alors que Stark, lui (marchand d’armes et homme d’affaires), incarne tant de valeurs étrangères à Peter qu’il est peut-être, en dehors de l’attirance qu’il suscite par le spectacle et les apparences, le personnage contre lequel le garçon lutte le plus. C’est pourquoi, parmi les options que tente d’imposer le costume Stark, Peter refuse de mettre à mort qui que ce soit. C’est aussi pourquoi Spidey refuse d’intégrer au final les Avengers. De cette manière, il signe : Your friendly neighborhood.



Alors, certes Spider-Man : homecoming marque l’arrivée du personnage dans le Marvel Cinematic Universe, ce que ne manque pas de souligner le jeu de mot du titre (homecoming : pour la fête de fin d’année du lycée et ce tant attendu retour à la maison, autrement dit aux studios), mais s’avère surtout un divertissement vif et entraînant. Un peu à la manière d’Ant-Man (Reed, 2015), plutôt qu’à l’action, on s’attache à la modestie du personnage et au ton très léger de l’ensemble. Mais ce Spider-Man-ci, afin de conserver, à défaut d’une indépendance depuis longtemps répudiée, disons une certaine fraîcheur, on lui souhaite de tisser sa toile encore assez loin d’Iron Man et, sous peine de se retrouver écarteler (à nouveau sacrifier ?) comme dans la scène du ferry, de privilégier autant que possible les gratte-ciel de New York aux astéroïdes fous du multivers. Finalement et pour l’instant Spider-Man n’est qu’un gamin et c’est tant mieux.

6 commentaires à propos de “Spider-Man : homecoming”

  1. Je suis globalement d’accord sauf sur l’absence d’allusion au 11 septembre. La scène du crash d’avion à la fin qui esquive la ville, c’est encore et toujours ça 😉

  2. Tu as absolument raison. Je l’oubliais ! D’autant que l’on revient sur New York et que l’avion s’écrase sur la plage face au Luna Park de Coney Island, les tours de la ville sur la ligne d’horizon à l’arrière-plan. Et cela n’a rien d’une anecdote puisque Spider-Man dévie l’avion en tirant de ses toiles sur les ailes. La scène laisse ainsi imaginer ce qu’aurait pu faire le super-héros s’il avait existé en 2001 (de la création du mythe…).

  3. J’ai trouvé cela réussi, plus teenager movie que film de superhéros (tant mieux) et bien dans l’esprit de la BD de l’Homme-araignée, ce next-door hero. Certes, on ne retrouve pas le côté quasi-existentiel des premiers numéros de la BD où Parker ratait systématiquement tout ce qu’il entreprenait, mais ça reste pas mal du tout pour un Marvel à gros budget.

  4. Il m’a bien fait rire ce nouveau tisseur dans son costume bardé d’options électroniques. Il faut dire qu’il peut compter sur un modèle haut de gamme, chargé d’ego mais à l’humour plein aux as. En effet, l’attachement aux gratte-ciels justifie son choix final et bienvenu, je salue comme toi le très bon score de Giacchino. Bref, peut-être le Marvel le plus jubilatoire depuis Ant-man en effet, faisant oublier les dernières lourdeurs avengeresques et les pesantes casseroles du Captain.

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