Sleepless night

Jang Kun-Jae, 2012 (Corée du Sud)

SLEEPLESS NIGHT OU L’INTROSPECTION CONJUGALE

Par touches pointillistes, telle une mosaïque d’instantanés de vie allant jusqu’à la routine ou la litanie de gestes, Sleepless night, les nuits sans sommeil, de Jang Kun-Jae, réalisateur coréen, étend son regard sur les détails de la vie quotidienne de deux jeunes mariés enfermés dans une attente. Ou comment le temps, paradoxal, se fige lorsqu’il s’écoule.

L’écoulement du temps semble altéré, plus lent dès les premières minutes. Jusqu’à la dernière image, et hormis deux ou trois séquences, une succession de longs plans fixes dépeint le quotidien d’un couple fraîchement marié. Un repas devant la télé, les tâches ménagères, une journée au travail, l’intimité du coucher, de la douche… L’enchaînement se fait mécaniquement, Jan Kun-Jae prend le temps de poser la narration. Nombreux plans s’étendent sur plus de quatre minutes, où le mouvement est presque absent, laissant notre regard vagabonder et s’attarder sur toutes ces petites choses du quotidien. Ces éléments nous mènent à voir un couple amoureux, installé dans ses petites habitudes, mais immobile.

Si la caméra s’efface à ce point, c’est pour nous montrer de la façon la plus naturelle, la plus brute possible, ces moments de la vie d’un couple. Avec ses temps morts, ses vides. Avec les bruits et sons d’ambiance pour seule mélodie. Certaines scènes reviennent, trouvent un écho plus tard. Tel un jeu de miroir. Ce rythme répétitif, additionné au cadre fixe donnent un sentiment de huis clos et d’intimité croissant entre les deux protagonistes et le spectateur. Ce dernier n’a aucun mal à se retrouver dans ce couple, presque anonyme (le mari est appelé par son prénom une fois seulement).

Saisir la réalité ainsi, sans parti pris, permet de donner tout son intérêt aux dialogues. Au fil de la narration et des mots échangés entre les mariés, on découvre la question qui occupe leur esprit et qui va même jusqu’à les tourmenter dans leurs rêves. Ces nuits sans sommeil sont les seuls moments où la situation leur échappe, où une forme de violence latente s’épanouit. Les rongeant de l’intérieur.

Avoir un enfant. L’interrogation centrale, vertigineuse, anxiogène. Autour d’eux, une pression : parents, amis, insécurité financière. Tout un nuage de créatures muettes et insistantes qui survolent leurs nuits. Lui, plutôt contre l’idée, estime qu’élever un enfant implique de sacrifier une partie de sa liberté, chose qu’il ne pense pas être en mesure de faire. Elle, moins pessimiste, admet volontiers qu’il est encore trop tôt. Une décision qui engage à vie. La discussion sur « devenir parent » s’étire tout au long du film, sans apporter de réponse nette. Laissant un gout d’inachevé. Pourtant le changement est bel et bien présent. Au creux de ces détails, parfois d’un seul, insignifiant à première vue, mais qui représente le début de grands bouleversements.

Arnaud Douillard pour la 34e édition du Festival des 3 Continents

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