Le Skylab

Julie Delpy, 2011 (France)

Entre un film de vampire en costume Renaissance et une comédie new-yorkaise nerveuse (La comtesse, 2009, et 2 days in New York, 2012), Julie Delpy réalise Le Skylab, chronique familiale un peu comique, pas tout à fait nostalgique, une toute petite chose qui nous intéresse surtout pour Delpy et ses acteurs. Le temps du Skylab est le souvenir d’une journée qui resurgit dans un train et qui s’imprime devant le paysage défilant. Albertine (Karin Viard) se revoit donc enfant (Lou Alvarez) dans la maison de la grand-mère (Bernadette Lafont dans un de ses derniers rôles) et c’est toute la famille qui s’y retrouve le temps d’un repas, de chamailleries et de verres levés ; le temps d’apprécier un peu rapidement comment va chacun et puis de se quitter.

L’histoire de l’oncle Jean (Eric Elmosnino très à l’aise) réclamée par les enfants dans la voiture, l’histoire à faire peur sous la tente (Vincent Lacoste qui d’ailleurs reste pas mal en ado désabusé pour la vie ou d’un coup plein d’un orgueil sans moyen), d’autres bouts d’histoires cette fois politiques mais ne servant pas vraiment de discours (mai 68, l’Algérie, Mitterrand…) : on sent une volonté de raconter chez l’actrice-réalisatrice et de se raconter un peu. On collecte alors ce qui semble au plus près d’elle : son vocabulaire fleuri, une certaine extravagance (la chute de la station spatiale), son père Albert Delpy en vieux tonton gaga, l’aube des années 1980 qui correspond à sa propre enfance…

Il ne se passe rien d’extraordinaire dans Boyhood ou dans la trilogie des Before et pourtant ces films sont admirables. On mentionne Richard Linklater car Delpy et lui sont proches. Leurs cinémas sont faits de préoccupations semblables. Cependant Linklater fait autre chose du temps. Il ne se passe rien dans Le Skylab et malgré les acteurs (dont aussi Noémie Lvovsky, Valérie Bonneton, Emmanuelle Riva, Denis Ménochet, Aure Atika…), sans être mauvais, le moment passé n’est pas non plus très bon. On regrette alors que Julie Delpy n’ait pas eu davantage d’ambitions dans la forme ou la narration.

Le Skylab reste une toute petite chose. Un moment qui resurgit dans la vie d’Albertine, un temps retrouvé ou presque. C’est essentiellement un souvenir que Julie Delpy a voulu capturer et, finalement, c’est peut-être déjà pas si mal.

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