Scream 4

Wes Craven, 2011 (États-Unis)

« HOW MUCH META DO YOU NEED ? »

Après avoir révolutionné le film d’horreur moderne avec Scream (1996), puis en avoir renouvelé les règles, les avoir détournées et même s’en être passé (Scream 2 et 3, en 1997 et 1999), Craven propose dix ans plus tard une nouvelle mise au point, histoire à 70 ans passé de se refaire une jeunesse (dans les deux sens du terme, suffit d’essuyer la lame). Et s’il est dommage que le bonhomme ne signe pas avec ce quatrième épisode un film capable de marquer le cinéma comme certains de ses précédents films (La dernière maison sur la gauche, 1972, ou Les griffes de la nuit, 1984), force est de reconnaître que Wes Craven (avec Kevin Williamson, son scénariste) signe encore un film d’une très grande maîtrise sur le plan de la mise en scène et du discours. Il adapte, c’est vrai, son récit à l’évolution technologique mais prend surtout plaisir à une escalade méta assez jouissive.

La problématique de Scream 4, du point de vue du tueur, pose la question du quart d’heure de gloire wahrolien et de la possibilité de le précipiter, voire de le prolonger, grâce à l’internet (par la généralisation de la téléphonie mobile, l’immédiateté du net et la spontanéité des réseaux sociaux). La réponse apportée par le tueur est le tournage des meurtres en direct à l’aide de webcam et de caméras de surveillance connectées, le tout sans cut et souvent en vue subjective. Cela implique par exemple, de nouvelles formes d’agressions, introduites notamment par le téléphone tenu à la main. Ghostface n’a même plus besoin d’apparaître derrière sa victime pour la surprendre (inutilité du motif doublement apparu de la caméra retournée). Il suffit qu’il apparaisse devant et la surprise autant que l’horreur demeurent intactes. Car s’il arrive que la victime tienne un écran à la main au moment où Ghostface surgit face à elle, l’objet ne les sépare pas (il ne fait pas « écran »). Il sert désormais à annoncer le meurtrier. Grâce au mode caméra du téléphone, Ghostface apparaît sur l’écran (premier plan) avant d’apparaître réellement (second plan). La représentation précède la réalité. On pourrait même dire que le téléphone sert d’intermédiaire et de complice au meurtrier : le téléphone-écran est source d’effroi et, éventuellement, puisqu’il est connecté, la cause du massacre (la recherche de la célébrité par n’importe quel moyen).

Pourtant, ce discours sur la jeunesse et sa perversion par les technologies, quoique renseigné, n’est pas aussi abouti dans le film que le discours méta. Alors que Scream menait ses deux thèmes de front, dans le quatrième épisode, Craven ne pousse pas aussi loin la critique du monde qui l’entoure (de la jeunesse américaine qui porte aux nues les mauvais héros). Il critique certes le goût pour la violence (ait fait allusion par exemple à la vague d’horreur plus crue apparue avec la série des Saw et des Hostel entre 2005 et 2010) mais il y participe tout autant avec ses propres films, et cela biaise pour le moins son discours aussi ironique soit-il. En revanche, Wes Craven prend toujours un grand plaisir dans la construction méticuleuse du film d’horreur cinéphile. Toute l’entrée en matière, qui certainement en a agacé plus d’un et en agacera encore d’autres, est une traversée du tunnel assez folle. C’est une mauvaise copie de la célèbre première scène de Scream qui est refaite ad nauseam, trois fois répétée avec deux brunes sur canapé devant un film d’horreur (Stab 1, Stab 2, Stab 3), puis deux blondes, puis à nouveau deux blondes et le tout emboîtée de telle manière à sans cesse repousser le véritable début du film. Craven démultiplie le tueur, les victimes, les écrans et toutes ces histoires de voisinages qui se construisent aussi vite qu’elles se défont dans la petite ville de Woodsboro. Et malgré tout, il garde une grande clarté pour livrer ce complexe mélange d’intrigues, notamment dans les moments de tensions fortes ; à savoir l’attente du slash et du stab.

Au final, les règles sont à nouveau malmenées mais les principales sont rappelées et comme un memento placé en fin de filmographie, Craven signale bien à travers une réplique de Neve Campbell la plus grande des nécessités, celle qui fait malheureusement souvent défaut depuis dix ans à la plupart des remakes (après Evil Dead, 2013, Maniac, 2012… ou La dernière maison sur la gauche en 2009). Quoi s’agit-il de si important ? C’est simple, « toujours respecter le film original ». Scream 4 est le dernier film de Wes Craven (1939-2015) et on ne peut pas dire qu’il clôt sa carrière de la plus maladroite des façons.

Une réponse à “Scream 4”

  1. Pour l’avoir revu recemment, Scream 4 n’est effectivement pas le grand film qui marque le retour de la franchise à l’écran. Mais, ça reste un dernier opus sympathique, meilleur que Scream 3 à mon sens.

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