Robin des Bois

Otto Bathurst, 2018 (États-Unis)

D’habitude devant ce genre de film, on suit l’aventure tout en attrapant durant la course les petites infidélités à l’époque décrite, les arrangements et les facilités nécessaires qui assurent aux héros de retomber sur leurs pattes. Mais ce Robin des Bois, contrairement à celui de Ridley Scott, n’est ni modernisé ni épique, pas même en rapport avec le Moyen Age.

Bien sûr, on pouvait reprocher un débarquement façon D-day au Robin des Bois de Scott (2010), mais le spectacle l’emportait et le film avait de toute manière une vraie consistance. Ici la première bataille menée durant la croisade nous entraîne dans un assaut urbain comme s’il était filmé au Koweït ou en Irak dans les années 1990 ou 2000. Les arbalètes par leur cadence de tir et leurs dégâts sont aussi efficaces que des fusils mitrailleurs. Même les troupes de « chevaliers » (on ose à peine utiliser le terme) adoptent le vocabulaire des militaires contemporains. L’image, elle, est traitée à la manière d’un jeu vidéo, sous l’influence d’un Assassin’s Creed ou d’un Call of duty un peu bâtards.

A Nottingham, les paysages sont ceux du XIXe siècle industriel. La ville est immense enfermée dans ses remparts et tout autour les mines crachent leurs feux comme dans Blade runner (à croire qu’il y avait des fans de Ridley Scott dans l’équipe du film). Des infrastructures de bois associent habitations et fonderies géantes sur plusieurs niveaux… Les paysages ne consistent en rien et on peine à les accepter. Pour continuer sur ce que l’on voit, les costumes parfaitement ajustés et rarement usés sortent d’un magazine de mode. Les afro-américains et les dreadlocks remarqués dans les plans de foule n’étonnent plus.

Les motivations de Robin sont assez peu politiques. Il cherche d’abord à reprendre Marianne séduite par un autre. Elle distribue la soupe populaire (on n’a pas déjà vu ça quelque part ?), Robin en viendra donc à redistribuer aux pauvres le fruit de ses larcins… On pouvait remarquer la figure dégradée du roi Richard dans le Robin des Bois de Scott ainsi que l’extrême vilenie de Jean sans Terre (ce qui ne changeait guère, concernant ce dernier, des représentations habituelles). Le scénario de ce Robin ne s’en encombre pas. A peine s’il est évoqué, le roi disparaît. Gouvernant retord, cruauté, perversité et complotisme sont alors incarnés par le seul shérif de la ville ainsi que par un cardinal d’Église. Après un soulèvement qui entre un peu accidentellement en correspondance avec l’insurrection populaire du Joker (Phillips, 2019), les vilains sont abattus (mais aussitôt remplacés). Robin, lui, part enfin se réfugier dans les bois et nous ailleurs, loin, dans une autre idée du Moyen Âge.

Une réponse à “Robin des Bois”

  1. Pour commencer, cette affiche est effrayante, arborant un déferlement d’action moyenâgeuse fast and furious, avec des (Boys in the) Robin Hood.

    Ton article laissé deviner un film d’une rare bêtise, qui tente d’introduire une image moderne, presque sci-fi, dans un film d’époque pour nous aider à mieux la connecter à la notre sans doute. Encore un film qui prend le spectateur pour un crétin fini, voilà qui m’irrite davantage.

    Et si en plus Marianne sert la soupe, la coupe est pleine de mon côté. Je rends les arcs et retourne au Errol de ma jeunesse.

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