Robin des Bois, prince des voleurs (Robin Hood : prince of thieves)

Kevin Reynolds, 1991 (États-Unis)

Robin ressurgit de Sherwood quinze ou vingt ans après l’aventure animée de Disney (Robin des Bois, 1973) et à peu près autant après la plus touchante des adaptations de la légende (La rose et la flèche, Lester, 1976). C’est la fin de la Guerre Froide et, un peu paradoxalement, la communauté sylvestre qui abolit les classes et redistribue les richesses motive deux, presque trois, films américains la même année : Robin des Bois de John Irvin (production internationale entre les mains de la Fox), un projet Tristar qui ne verra jamais le jour, et cette production Warner qui veut offrir un spectacle familial, ludique et lyrique, mais dont la préparation et le tournage sont un brin bousculés par la pression de la concurrence. Le détail des mésaventures à la fabrication du film nous est donné par Hervé Dumont dans une note longue et fort instructive. Producteurs trop nombreux et trop intrusifs (parmi lesquels Kevin Costner), improvisations des acteurs (Costner aux cascades et Rickman aux dialogues)… On sent que le projet échappe à Reynolds qui finalement semble ne s’être vraiment investi que dans les repérages et les paysages trouvés pour l’histoire racontée.

Pourtant le scénario apporte ses originalités et la plupart sont crédibles, du moins appréciables : la relation au père (l’opposition qui justifie la départ en croisade du fils, puis la mort injuste qui justifie la culpabilité du seigneur héritier de Locksley), celle entre Robin et Will (le demi-frère jaloux), le guerrier musulman instruit (médecine, optique, philosophie et pyrotechnie !), Marianne cousine du roi et demoiselle alerte, capable, avec une lame ou seulement de ses yeux, d’impudents assauts (on voit semblable regard coquin sur des fesses masculines dans Les amants du Nouveau Monde de Joffé, 1996)… Côté casting, les choix sont bons : Costner dans le rôle titre et Morgan Freeman dans celui de son compagnon arabe, Mary Elizabeth Mastrantonio en belle Marianne à longs cheveux à bouclettes (ce trio d’acteurs-là très inspirant quand on voit le film garçonnet), Christian Slater (Will l’Ecarlate) et Nick Brimble qui, en dehors de la scène de la rivière, n’est plus là que pour figurer, tout comme Michael McShane alias Tuck le soiffard, ou le très bon Michael Wincott en ignoble Gui de Gisbourne… Et au bout du film, une surprise : Sean Connery, deux minutes à l’écran, trois répliques et tout le charisme d’un roi. Richard Cœur de Lion revient de croisade (ni captivité ni rançon dans cette version), comme s’il rentrait d’une promenade à cheval. Une blague et un sourire, Sean Connery est l’acteur parfait pour conclure l’aventure.

Il manque encore un acteur à notre liste. Gui de Gisbourne ne survit pas au milieu du film et s’il est si vite éliminé, c’est pour ne plus laisser place qu’au seul véritable infâme (en l’absence de Jean sans Terre)… le Shérif de Nottingham, interprété par le très inspiré Alan Rickman. C’est vrai qu’enfant on peut retenir les prouesses de Robin, noble brigand, archer brillant, coupant d’un trait les cordes des futurs pendus ses amis, à l’instar d’une fine gâchette de western une Winchester sous le bras. On peut aussi éventuellement être marqué par cette introduction brutale aux accents bibliques (Costner à la tête de Christ et le sacrifice d’un fidèle)… ou par les bons mots échangés entre Robin et Azim qui rendent leur amitié un peu plus solide à nos yeux.

Mais à le revoir plus tard, c’est vers le vil et génial Shérif Rickman que nous porterons sans forcer notre attention. Avec la coiffure de Robert Smith des Cure et l’œil vicieux du Malin, Alan Rickman s’est fait la tête de l’emploi. Épaulé par une sorcière (Geraldine McEwan) plus terrifiante que celle de Willow (Howard, 1988), Rickman devient lui-même une sorte de Maléfique pour Marianne et Robin ; ou même, si l’on prend garde aux rituels sataniques et à la croix renversée, à un Antichrist pour Robin le Sauveur. L’acteur anglais grimace, postillonne et en rajoute face à ses serviteurs, ses adversaires et même face à sa propre statue. On pense beaucoup à Vincent Price en le voyant. Avec Alan Rickman, le film n’est plus réaliste comme dans ses premières minutes, mais absolument cartoonesque, évoluant avec joie dans une horreur outrée. Le Shérif est fêlé et on savoure. Hervé Dumont indique que Reynolds fait avec lui une référence directe au capitaine Crochet de Peter Pan (1953). Rickman n’aurait d’ailleurs accepté le rôle que parce qu’il savait qu’on le laisserait composer le personnage à sa guise (« I’m not playing a villain, I’m just playing somebody who has a certain checklist of things that he wants in life and he goes after them. », Imdb). L’acteur ne passe pas inaperçu. Le Shérif de Nottingham lui permet de décrocher un BAFTA award et le magazine Times l’inscrit dans sa liste des « 50 best movie villains » (41ème position), à quelques places d’un autre de ses fameux personnages… Hans Gruber (10ème), l’excellent terroriste de Piège de cristal (McTiernan, 1988).

Non que Robin des Bois, prince des voleurs ne vaille que pour ses acteurs, loin de là. Mais avec ses ambiances et ses tons variés, le film donne finalement un peu l’impression d’une grande aire de jeu où les comédiens se seraient donné rendez-vous pour improviser une aventure médiévale. C’est brinquebalant, mais plutôt enlevé et toujours réjouissant.

3 commentaires à propos de “Robin des Bois, prince des voleurs (Robin Hood : prince of thieves)”

  1. OMG, tu parles de nostalgie! Mon premier film vu en V.O. dans un cinéma à Cambridge, of course. Et la B.O. de Bryan Adams, c’était quelque chose à l’époque… Merci pour ce flashback 😉

  2. « Je lui arrrracherai le coeur à la petite cuillère!
    – …pourquoi à la cuillère?
    – Parce que ça fait plus mal, imbécile!! »

    Grandiose souvenir que ce film, le charisme de Kevin & Morgan, l’élégance de Mary Elisabeth et évidemment le sadisme jouissif d’Alan. L’affiche (anglaise, exactement celle dont tu illustres l’article) a trôné longtemps dans ma chambre de pré-ado, et la sorcière a traumatisé ma tendre petite soeur.

  3. J’ai donc visé juste dans la cible à souvenirs ! De mon côté, j’avais une photo promo de Costner découpée dans Télérama et collée dans mon agenda de collégien…

    De le revoir longtemps après, le film étonne par son manque d’unité. On sent que ça tiraille un peu de toute part. L’antre de la sorcière rejoint l’imagerie sword & sorcery des années 1980. Kevin et Morgan, comme tu les appelles, c’est un peu les Tango & Cash de Nottingham, surtout avec ce regard complice sur la catapulte, avant d’être tous deux projetés dans les airs. Et H. Dumont, encore lui, m’a séché en comparant l’attaque du repère de Robin par les barbares et les soldats du shérif avec la bataille d’Endor du Retour du Jedi. Bon sang, mais c’est bien sûr !

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