Robert the Bruce

Richard Gray, 2019 (États-Unis)

Robert Bruce n’est soudain plus qu’un conte pour enfant. Il est blessé, s’est retiré et sa colère est retombée. La rébellion s’est essoufflée et Richard Gray prend le récit du héros écossais à contre-pied. Pas d’armée, ni de charge à cheval, pas même un mouvement de troupes. Les batailles de Methven et de Dalrigh durant l’été 1306 (dont on ne voit rien ici) laissent à Robert Bruce un goût amer. Le chef est seul et défait. Momentanément.

Robert the Bruce de Richard Gray sort moins de deux ans après Le roi hors-la-loi de David Mackenzie (2018) et son histoire s’insère dans un interstice chronologique a priori oublié des chroniqueurs, juste avant le succès militaire de Loudon Hill. Gray s’empare de la légende de l’araignée liée au roi Robert. Mais telle quelle, cette légende ne remonte qu’au XIXe siècle. C’est Walter Scott qui la donne pour la première fois dans les Tales of a Grandfather (vers 1830). Il l’emprunte vraisemblablement à l’historien du XVIIe David Hume qui, lui, dans The History of the House and Race of Douglas (publié en 1643) raconte que c’est le chevalier James Douglas, capitaine de Robert, qui vit cette araignée persévérer et refaire sa toile plusieurs fois avant d’y parvenir*. Richard Gray prolonge donc la légende, tout comme il prolonge le récit repris par Mel Gibson au cinéma en choisissant Angus Macfadyen pour roi écossais, celui-là même qui incarnait Robert Bruce dans Braveheart (1995).

Le film ne questionne pas tant la ténacité de Robert. L’araignée dans la grotte reste une anecdote. L’intérêt réside plutôt dans l’économie de moyens qui écarte le film de certains des clichés du film médiéval et l’emmène même sur le terrain du western. Paysages enneigés (tournage en Écosse, dans le village médiéval de Duncarron, mais aussi au Montana), peu de lyrisme (quelques survols des falaises et des sols écossais), intrigue réduite à l’accueil de Robert au sein d’une famille isolée qui l’aide à se remettre de ses blessures, puis l’assaut -façon Rio Bravo (Hawks, 1959)- d’une poignée d’Écossais qui ont refusé de reconnaître leur roi. Parmi les acteurs, Anna Hutchison n’est peut-être pas le meilleur choix pour jouer la paysanne, mais Zach McGowan fait un bon méchant et les jeunes acteurs (Shane Coffey, l’apprenti forgeron, Emma Kenney, l’archère…) forment un groupe sympathique.

Le scénario (cosigné Angus Macfadyen) évoque l’ambiguïté dans laquelle se retrouve Robert Bruce. Dans ses batailles, a fortiori celles qu’il a perdues en 1306, il a conduit un grand nombre de personnes à la mort. Scot, le plus jeune fils de la paysanne le lui reproche, toute comme le shérif Brandubh et ses hommes. C’est une originalité que de confronter ce personnage de roi à cette idée et l’occasion d’apporter un peu de trouble au mythe. Cependant, le patriotisme écossais étant ce qu’il est aujourd’hui, the indefatigable Robert Bruce (d’après le mot d’un autre chroniqueur) se recoiffe de sa couronne, brandit l’épée et, acclamé par tous, reprend la lutte à la fin du film.

* Michael A. Penman, « King Robert the Bruce (1274-1329) », Études écossaises [En ligne], 10 | 2005, consulté le 19 octobre 2021. URL : http://journals.openedition.org/etudesecossaises/144

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