Reine des pommes, La

Valérie Donzelli, 2009 (France)

Nous, on aime bien Valérie Donzelli. Dans La reine des pommes, elle prend ses acteurs par la main et les emmène jouer à la Nouvelle Vague. C’est ce qu’a pu faire Honoré de temps à autre mais lui, après Dans Paris (2006), et hors mis avec quelques chansons, il a perdu de cette frivolité. Ce premier long de Donzelli a toute la fraîcheur du premier essai, soulagé, et c’est heureux, des contraintes esthétiques que la plupart aujourd’hui croient devoir à l’image. Format carré, lumière naturelle, répliques approximatives, la jeune réalisatrice tire son film vers une simplicité pleine de pétillement. Elle nous fait rire ou nous rend complice par la distance prise (la caricature des personnages) et l’ironie qui se dégage de situations improbables.

A l’inverse, elle nous touche grâce aux chansons que Benjamin Biolay lui a écrites, aux doux instrumentaux de Gonzales, aux voix off qui dans ces cas-là jamais ne nous lassent, ou lors de la rencontre entre Adèle et Paul. Le jeune homme mystérieux surgit dans les escaliers du parc et le premier échange avec Adèle est silencieux, un coup de foudre :

« Qu’est-ce qui nous arrive ?
– Je sais pas.
– J’ai le cœur qui bat.
– Moi aussi.
– J’ai mal au ventre.
– Moi aussi.
– Ne joue pas avec moi.
– Je ne joue [plus]. »

Pour jouer à la Nouvelle Vague, Valérie Donzelli invente l’histoire compliquée car sentimentale d’Adèle. Adèle vient de se faire larguer par Mathieu (Jérémie Elkaïm) -mais peut-être était-elle aussi un peu larguée avant- et s’apprête à rencontrer Pierre (Jérémie Elkaïm), Paul (Jérémie Elkaïm) et Jacques (Jérémie Elkaïm). Au milieu de ses hommes, l’amoureux rohmérien prêt à secourir, le mystérieux libertin et l’homme marié très excité, Adèle s’emmêle un peu les pinceaux. Avec sa reine, Miss Donzelli nous entraîne alors dans ce qui prend de plus en plus l’allure d’un vaudeville, lorsque finalement, et dans la même pièce, tout le monde surprend tout le monde. L’espièglerie dont fait montre la réalisatrice pour raconter les problèmes de cœur de son personnage, nous fait penser au cinéma délicat et coloré d’Emmanuel Mouret (Un baiser s’il vous plaît, 2007). Les deux incarnent, selon ce qu’ils disent, des bouts de leur personne, maladroits et attachants.

Si l’invention et le charme sont à chaque fois de la partie, comme cela semble être le cas avec La guerre est déclarée (2011), nous suivrons la demoiselle avec intérêt.

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