Stephen Daldry, 2009 (Etats-Unis, Allemagne)

Beaucoup de biopics ces derniers temps (Bronson de Nicolas Winding Refn, Public enemies de Michael Mann, Victoria, les jeunes années d’une reine de Jean-Marc Vallée…), mais aussi pas mal d’adaptations de romans (l’extraordinaire Millenium de Niels Arden Oplev est encore dans toutes les mémoires, Le hérisson de Mona Achache…). De même, la Seconde Guerre mondiale, ou bien l’Histoire tout court, demeure une inépuisable source d’inspiration pour ce qui est de raconter des histoires individuelles (récemment, la tentative d’assassinat d’Hitler par la rébellion menée par le colonel Stauffenberg dans Walkyrie de Bryan Singer, 2009, ou dans un genre plus décalé, Inglorious basterds de Tarantino, 2009…). Cette semaine sort le très attendu The reader, inspiré de l’ouvrage du même nom écrit par Bernhard Schlink et paru en 1995.
Un reader… digeste ? Assurément. Mais tout d’abord, l’histoire en quelques mots.
Berlin, 1958. Le destin fait se croiser Michael Berg (David Kross), à peine quinze ans, et Hanna Schmitz (Kate Winslet), trente cinq ans. Ils entretiennent durant tout un été une relation secrète et passionnelle. Hanna, cachant avec honte son illettrisme, savoure pleinement les lectures des classiques que lui fait le jeune homme (Schiller, Homère, Shakespeare, Tolstoï, Tchekov… Et aussi une BD des aventures de Tintin !). Un beau jour, sans crier gare, Hanna quitte tout et laisse le garçon abattu et désemparé. Une déchirure qui le marque toute sa vie, puisqu’on le voit plus tard (interprété alors par Ralph Fiennes) distant avec sa propre fille et dans l’impossibilité de s’attacher amoureusement à quelqu’un. Par le fruit du hasard, Michael retrouve Hanna quelques années plus tard… Mais pas dans les conditions qu’il espérait : jeune étudiant en droit, il assiste à un procès de criminels nazis. Hanna est sur le banc des accusés.
Dans The reader cohabitent plusieurs thèmes et plusieurs genres : sentimental avec la liaison cachée entre deux amants d’âge différent et aux rapports hors normes, psychologique avec la honte d’Hanna se rapportant à son analphabétisme mais aussi avec la question du pardon, historique avec la question de la responsabilité individuelle et collective des crimes commis durant la Seconde Guerre mondiale. Le tout s’entremêle intelligemment, avec pudeur, Daldry se dispensant de donner des réponses toutes faites ou des leçons de morale. Filmé de manière très esthétique, avec une grande sensualité, The reader est une œuvre bouleversante qui, en outre, appelle à la réflexion.
Les mouchoirs étaient de sortie à la fin du film, comme c’était le cas dans le précédent Kate Winslet, Les noces rebelles (Sam Mendes, 2009). Deux grands films d’affilée, deux grands rôles dramatiques et deux interprétations bouleversantes (elle a reçu l’Oscar du meilleur rôle pour celui-ci), Kate Winslet atteint désormais une stature et une envergure qui fait d’elle une des plus grandes actrices de sa génération. Il faudrait maintenant qu’elle interprète un personnage un peu plus léger pour changer un peu ! Mais on ne se plaindra pas de sa participation à The reader, tant elle y excelle. C’est aussi le cas du jeune David Kross, très juste, et de Ralph Fiennes au jeu puissamment intériorisé, tout en nuances. Casting irréprochable. Il faut dire que Stephen Daldry sait de quoi il parle en ce qui concerne la direction d’acteurs, puisque grâce à The hours (là aussi, l’adaptation d’un roman), il permettait à Nicole Kidman, qui donnait la réplique à Julianne Moore et Meryl Streep, de décrocher l’Oscar de la meilleure actrice.
Un moment d’intense émotion pour un grand et beau film.
Ludo




Ornelune said
juillet 20 2009 @ 9:00
Ce n’est pas le genre de question qui en général me préoccupe, mais comment Winslet parvient-elle à se faire passer pour plus âgée que Fiennes lorsqu’ils se retrouvent huit ans plus tard ?
MaîtreLudo said
juillet 20 2009 @ 10:39
Ben le maquillage qui vieillit bien sûr ! Technique courante de cinéma…
Ralph Fiennes est vraiment un grand acteur, et même s’il a fait plus de second rôles que de premiers, sa filmographie est impressionnante: à l’affiche également dans le dernier Harry Potter (David Yates, 2009 ; vu… et toujours l’impression de voir le même film !), Bons baisers de Bruges de Martin McDonagh (2008), très bonne comédie noire et puis de nombreux autres très bons films, The constant gardener (Fernando Meirelles, 2005), Le patient anglais (Anthony Minghella, 1997), La liste de Schindler (Steven Spielberg, 1994)…
Ornelune said
juillet 27 2009 @ 10:40
The reader partage les critiques. Parmi ceux qui n’ont pas aimé, certains disent sa mollesse (Vincent Malausa dans Chronicart, Pierre Murat de Telerama), d’autres comme Danièle Heimann ont fait part de leur abjection pour la mise en scène de Daldry (Le masque et la plume du 26 juillet 2009).
Le premier problème serait moral, celui de l’horreur esthétisée (des plans concernant une visite d’un camp de concentration).
La liste de Schindler avait dérangé en particulier à cause d’une scène de douche qui plaçait le spectateur tantôt du côté des bourreaux, tantôt de celui des victimes (qui, par ailleurs et selon certains, après casting, ne se trouvaient pas parmi les plus laides). La production hollywoodienne depuis les années 1990 aurait-elle à son tour du mal à aborder le thème de la Seconde Guerre mondiale et de ses atrocités lorsqu’elle spécifie dans ses notes d’intention « film beau et grave » ? Et à voir ce Liseur, y a-t-il vraiment matière à protester comme en 1961 Rivette sur Kapo de Pontecorvo ?
Pour un rapide exposé sur la représentation de la Shoah au cinéma, voir le site pédagogique Art et culture à propos de Train de vie de Radu Mihaileanu (1998).
Pour creuser davantage le sujet, voir la présentation de la Cinémathèque lors de leur programmation « Le cinéma et la Shoah » (9 janvier-2 mars 2008).
dasola said
août 18 2009 @ 14:05
Bonjour, The reader est en effet un beau film émouvant où on assiste à l’éclosion d’un talent : le jeune David Kross absolument épatant. Mais le maquillage pour vieillir Kate Winslet n’est pas à la hauteur. A part ça, il faut lire le roman. Bonne après-midi.