Quelques jours avec moi

Claude Sautet, 1988 (France)

En appartement grand bourgeois ou au bistrot du coin, mélange des classes sous l’œil de Sautet où Martial, trouble et fragile, dérange un quotidien convenu et rompt à sa guise avec les exigences de l’étiquette. Martial (Daniel Auteuil, dont la retenue pour ce rôle contraste avec Ugolin qu’il laisse à peine derrière lui*) dispense par sa taciturnité et un comportement effacé une étrangeté qui n’est pas toujours perceptible. La mise en scène l’accommode avec douceur, lors d’un dîner avec sa mère (Danielle Darrieux), sa femme (Elisa Servier) et l’amant bien accepté de celle-ci. Le grand vide de l’appartement limougeaud loué par Martial et très singulièrement comblé avec balancelle et treillages de jardin ajoute à l’étrangeté et à l’inadéquation de la sauterie qu’il accueillera… Claude Sautet installe aussi une distance entre ce personnage incommodant et son environnement : il est à l’écart derrière le carreau d’une fenêtre ou le seul filmé de dos durant un repas (ses deux premières apparitions). Le titre, Quelques jours avec moi, n’est pas la promesse d’une échappée à deux mais une boucle refermée sur soi et l’égoïste envie qui détermine toutes les pulsions du perturbateur que l’on suit. Martial est l’héritier d’une grande chaîne de supermarchés (les magasins « Super P » qui sont l’occasion d’une furtive moquerie de la société de consommation) et tire en conséquence tous les émoluments dûs à sa position. C’est grâce à de sournois louvoiements qu’il s’incruste chez les Fonfrin (Jean-Pierre Marielle et Dominique Lavanant parfaits dans leur sur-jeu) et qu’il remarque, après quelques heures d’ennui parmi les notables, la petite bonne. Puis une coupe de champagne convainc Francine (Sandrine Bonnaire) de s’installer un instant avec lui. Le discret nanti ne tarde pas à lui refaire sa garde-robe, et dans ses emplettes, essayages et musique légère établissent une correspondance fortuite avec Pretty woman (Garry Marshall, 1990). En échange, Francine l’entraîne dans la cour des infortunés : il rencontre Max et Georgette (Jean-Pierre Castaldi et Dominique Blanc dépareillés mais chamarrés) et Fernand qu’il sauve de la prison (Vincent Lindon, gentil loulou perdu). Martial était sur le fil avant de connaître Francine et, comme elle n’acceptait plus ses avances, il a sauté. A l’hôpital psychiatrique, couché sur un banc dans une cour enneigée, il est déjà Un cœur en hiver (1991).

* Jean de Florette et Manon des sources de Claude Berri (1986).

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