Quand Harry rencontre Sally

Rob Reiner, 1989 (États-Unis)




Une histoire d’amour parmi d’autres, peut-être, puisque c’est le sens que l’on peut donner aux témoignages qui ponctuent le récit. Installés sur un canapé, des couples, qui pourraient fêter leurs noces d’or ou de diamant, évoquent face caméra leurs années passées à s’aimer. Une histoire d’amour singulière cependant car les deux intéressés ne réalisent pas vite qu’ils sont faits l’un pour l’autre.

Sally Albright et Harry Burns (Meg Ryan et Bill Crystal) quittent l’université de Chicago et s’en vont chercher du travail à New York. Ils font connaissance après plusieurs heures de trajets en voiture et une longue conversation qui se focalise sur l’amitié entre les hommes et les femmes, impossible selon Harry car « le sexe pointe toujours le bout de son nez ». Lui, expose ses théories avec assurance et satisfaction tout en crachant ses pépins de raisins par la fenêtre. Elle, maniérée, s’oppose à tout ce qu’il avance. L’entente n’est pas parfaite mais peu importe le premier contact a eu lieu. Arrivés à destination, ils se quittent. Cinq ans plus tard (les années 1980, ses coupes de cheveux et ses costumes), ils se croisent à nouveau dans un aéroport et rentrent ensemble à New York, cette fois-ci en avion. Deux mots échangés : Harry s’apprête à se marier, Sally est fiancée. Une parole de trop : ils ne s’entendent pas mieux. Cinq ans plus tard (les années 1990, nouvelles coupes, nouveaux costumes), ils ne sont plus dans les « transports en commun » mais se rencontrent fortuitement dans une librairie sur Lexington Avenue. Ils sont tous deux « retombés » dans le célibat, s’abordent sans se disputer et deviennent amis… Sauf que, selon la théorie exposée initialement, il ne peut y avoir d’amitié entre hommes et femmes… Chacun présente à l’autre son meilleur ami (Carrie Fisher et Bruno Kirby), mais le couple qui se forme n’inclut ni Harry, ni Sally. Il ne reste qu’eux et le temps passe (les feuilles d’automne, le froid de l’hiver qu’accompagnent les morceaux Autumn in New York interprétée par Harry Connick Jr. ou Winter Wonderland par Ray Charles) :


    « Sally : Et en plus je vais avoir 40 ans !
    Harry : Mais quand ?
    Sally : Un jour !!! »


La mise en scène de Rob Reiner est simple, une construction en séquences entrecoupées par les témoignages sus-cités. De ce point de vue, une scène seulement est plus originale : Harry et Sally sont tous les deux accrochés au téléphone et échangent à propos de Casablanca qu’ils sont en train de voir chacun de leur côté, dans leur appartement respectif, du fond de leur lit. L’écran est scindé et nous les voyons tantôt de face, tantôt de dos (champ-contrechamp avec le téléviseur qui diffuse le classique réalisé en 1942 par Michael Curtiz), comme s’ils occupaient un seul lit en amoureux. Le réalisateur partage avec nous une certaine complicité : Harry et Sally sont faits pour vivre ensemble, sont-ils les seuls à ne pas s’en apercevoir ? La bande son, très jazzy, est savoureuse : outre les morceaux arrangés par Harry Connick Jr., on y entend Louis Armstrong, Ella Fitzgerald, Bing Crosby ou Frank Sinatra (It had to be you lors de la dernière scène, le soir du réveillon de la Saint-Sylvestre). De plus, Quand Harry rencontre Sally a quelque chose des films de Woody Allen : problèmes sentimentaux, verve comique et personnages angoissés ou surexcités (Harry et Sally ont à eux deux les principaux traits de caractère des protagonistes alleniens, ceux généralement joués par le réalisateur lui-même). Et évidemment New York : les quartiers fréquentés par les classes aisées, les cadres et les intellectuels (Sally travaille dans le journalisme et Harry est consultant en politique). Harry et Sally sortent, non pas écouter un concert au Metropolitan Opera (Meurtre mystérieux à Manhattan, 1993), mais visiter les salles des antiquités égyptiennes du Metropolitan Museum of Art*. Ils passent aussi devant l’arc de Triomphe du Washington Square ou dans Central Park.

Cette comédie sentimentale se démarque par ses acteurs attachants, ses personnages à la fois sûrs et perdus, auxquels opinions, manies et maladresses confèrent de l’épaisseur, des dialogues pétillants et des situations souvent irrésistibles. S’il fallait n’en retenir qu’une réalisée ces vingt dernières années, ce ne serait pas (dispensons-nous des plus gros navets) les mièvres Nuit blanche à Seattle (Nora Ephron, 1993, avec Tom Hanks et Meg Ryan) ou Vous avez un message (la même réalisatrice, les mêmes acteurs, 1999), ce ne serait pas le bon Pretty woman (Garry Marshall, 1990) ni le très bon Quatre mariages et un enterrement (Mike Newell, 1994), mais sans hésitation aucune celle-ci.





* Les informations qui concernent les lieux parcourus dans le film de Rob Reiner se trouvent sur le site de Couleur New York.

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2 Replies to “Quand Harry rencontre Sally”

  1. Prouesse inouïe que de parler de ce film sans uniquement le réduire à la mythique/cultissime/anthologique scène du restaurant (ceux qui n’ont pas vu le film ne savent pas tout de la vie, du moins des femmes…), sans même en parler du tout d’ailleurs ! Bravo pour l’exploit !

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