Prometheus

Ridley Scott, 2012 (États-Unis)




Il y a trois ans, à l’occasion de l’annonce du projet Prometheus, les amateurs de cinéma de science-fiction ont bien cru que le prochain chef-d’œuvre du genre était sur les rails. Pensez donc, le réalisateur d’Alien (1979) et de Blade runner (1982) retournait à ses premiers amours et la promesse avait de quoi provoquer un certain émoi parmi les fans. Les premiers teasers ont remis hélas quelque peu les pendules à l’heure. Si les images étaient effectivement impressionnantes, on avait du mal à y retrouver la fameuse patte de Ridley Scott, cette maîtrise incroyable de la lumière et cette perfection plastique qui étaient la marque de fabrique de ses deux premiers films de SF. D’autant plus que le discours du réalisateur anglais sur la nature même du film était quelque peu contradictoire ; d’abord annoncé comme une préquelle officielle d’Alien, Prometheus fut ensuite présenté comme un projet indépendant comportant malgré tout des ramifications avec l’univers d’Alien. Voici très exactement ce que Ridley Scott affirmait à l’occasion d’une interview accordée à la presse :


« Bien que le point de départ de ce projet ait été Alien, le processus créatif a fait évoluer l’ensemble vers une nouvelle mythologie, vers un nouvel univers, plus vaste. Les fans reconnaîtront l’ADN d’Alien, mais les idées développées dans Prometheus sont uniques, vastes et provocantes. Je ne peux pas être plus heureux. J’ai trouvé l’histoire dont je rêvais et je reviens enfin à la science-fiction, un genre qui me tient tant à cœur. »


Grosse promo et langue de bois pour un projet dont on craignait qu’il parte quelque peu à la dérive en matière de scénario. On espérait pourtant que la direction artistique rattraperait éventuellement les faiblesses d’une trame narrative défaillante, après tout le scénario est rarement le point fort d’un épisode d’Alien (on se souvient de la résurrection discutable de Ripley dans le quatrième épisode). La bande annonce officielle du film n’apportant que peu d’éléments nouveaux pour se prononcer, on restait donc sur nos impressions initiales, mais on crevait pourtant d’envie de voir le nouveau bébé de Ridley Scott. Hélas ! Mille fois hélas ! On ne peut qu’être dubitatif au vu du résultat.


Vers la fin du XXIe siècle, deux scientifiques découvrent sur un site archéologique vieux d’environ 40 000 ans, des peintures rupestres sur lesquelles figurent d’étranges personnages pointant le doigt vers une constellation de notre galaxie. Hors cette constellation figure sur de très nombreux autres sites archéologiques préhistoriques ou antiques. Pas d’erreur possible pour nos deux tourtereaux d’archéologues, les recoupements d’informations prouvent que ce système éloigné de plusieurs années lumière est le berceau de l’humanité, ou plutôt de ses créateurs. Une expédition est donc lancée par la corporation Weyland (à l’origine de la méga-corporation Weyland-Yutani d’Alien) dirigée par le très vieux et très fatigué Charles Bishop Weyland. Nos deux scientifiques (jeunes, beaux et insouciants) se réveillent donc quelques années plus tard d’un long sommeil cryogénique à bord du vaisseau expéditionnaire Prometheus en approche de la planète LV-223, leur destination finale. L’équipe est composée de divers spécialistes, scientifiques, bidasses de service, pilotes et parasites en tous genres (dont la fille de Weyland et un androïde qui n’est pas sans rappeler ce bon vieux Bishop), qui composent une section de choc censée mener cette affaire tambour battant ; à savoir prendre contact avec les fameux créateurs (baptisés les ingénieurs), ramener un maximum d’informations scientifiques (pour les deux tourtereaux), mais également un paquet de technologies avancées commercialement juteuses. Parce qu’on ne dépense pas cent milliards de dollars uniquement pour faire causette avec de gentils extraterrestres bleus, Weyland est une entreprise capitaliste. Passons les détails concernant le débarquement sur la planète, à peu près aussi crédibles sur le plan scientifique qu’un épisode de Oui oui va sur la lune (en gros ils déboulent sans avoir cartographié le terrain, sans lancer une sonde, sans avoir repéré à l’avance un site propice et évidemment sans prendre aucune mesure de sécurité élémentaire). Mais comme nous avons affaire à une équipe d’experts, ils découvrent évidemment le site idéal en moins de cinq minutes et posent leur vaisseau de dix mille tonnes sur une place de parking à proximité. Comme une fleur on vous dit. Là encore, la méthode d’exploration et de fouille est un vrai bonheur, oubliez les brosses, les pincettes de précision, le balisage et autres outils censés respecter un site. Là ce serait plutôt tank, buggy à chenille et lance-flamme, parce qu’on sait jamais. Les fameux spécialistes s’en donnent à cœur joie, touchent à tout, ouvrent tout, sans jamais prendre de précaution et expérimentent les idées les plus saugrenues. Évidement, tout ceci tourne mal et nos hommes du Prometheus ont tôt fait d’ouvrir la boite de Pandore et de laisser échapper le fléau des dieux.

Le scénario réserve quelques petites surprises qu’il serait indélicat de dévoiler, mais on se doute évidemment que l’expédition n’est pas exactement celle que l’on croyait et que les objectifs des uns ne sont pas forcément ceux des autres. Ce qui nous vaut quelque trahison bien sentie et une accumulation de gaffes dignes des pires épisodes des Charlots. Côté casting c’est absolument pitoyable, il n’y a guère que Michael Fassbender qui tire un tout petit peu son épingle du jeu, mais avec une direction d’acteurs aussi légère il ne fallait pas espérer un miracle. La plupart des comédiens sont au mieux inexistants, voire translucides comme Charlize Theron, mais plus dramatique la jeune Noomi Rapace, censée incarner une Ripley bis, n’a vraiment pas la carrure pour ce rôle. Tous les seconds rôles sont d’ailleurs inconsistants et n’ont quasiment pas de ligne de dialogue, mis à part les deux ahuris coincés dans la structure alien et qui font office de premières victimes. Ahurissant ! D’ailleurs de manière générale l’écriture des dialogues est d’un niveau très très faible, y compris dans les scènes censées apporter de l’intensité dramatique et de la profondeur au scénario (on pense en particulier à la scène de confrontation entre le vieux Weyland et le Dr. Shaw). On attendait un Ridley Scott solide et inspiré du côté de la réalisation et c’est une amère déception. Le film aurait pu être dirigé par Uwe Boll (King Rising 2, BloodRayne 4, etc.) tant cette production est aseptisée et prévisible. Certes, c’est impressionnant, efficace et sans temps mort (le spectateur n’a pas une minute pour respirer), mais tellement froid et impersonnel qu’on se pince deux ou trois fois pour être bien sûr que Ridley Scott est aux commandes. Qu’il est loin le temps des plans bien léchés, de la lumière soigneusement étudiée et du placement des acteurs millimétré. Prometheus est un film qui correspond aux standards esthétique de notre époque, c’est-à-dire bourré de ces effets numériques qui donnent à tous les films à gros budget cet aspect artificiel proche de l’esthétique des jeux vidéo, une plastique un peu playskool et générique qui manque singulièrement d’originalité.

Au regard de ce que Ridley Scott nous a montré pendant ces deux longues heures d’ennui, de bruit et d’effets pyrotechniques, on ne peut qu’être inquiet concernant le projet Blade Runner 2 auquel le réalisateur semble s’être attelé. On espère seulement que le budget sera plus modeste et l’ambition artistique plus affirmée car Scott a du talent et il ne mérite pas d’être gâché dans des productions aussi pitoyables.

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16 Replies to “Prometheus”

  1. Chaque version d’Alien porte un discours sur la femme, la mère et plus largement sur la légitimité de la survie d’une race par rapport à une autre (Alien 3 étant le plus trouble en raison de l’hybridité nouvelle de Ripley, la femme-monstre parmi les hommes-monstres de la prison ; ces derniers m’ayant d’ailleurs échappé, ils n’apparaissent presque pas dans mon commentaire sur ce troisième opus).

    Que deviennent ces thèmes dans Prometheus ? Brisées dans une pyrotechnie de pixels ?

    Si je devine, dans Prometheus, l’intégration du mythe de Prométhée dans l’univers Alien est la vraie nouveauté. Le film n’a donc pas d’autres ambitions que celles d’un scénario, non ? Celles d’étoffer un récit , de composer un monde, créer une structure, une organisation, étendre un univers ? On en apprend donc davantage sur l’histoire des personnages, d’une entreprise, sur leurs motivations économiques et peut-être politiques ? Bref, on quitte la dimension de l’intime et le huis clos du premier volet.

    Par conséquent, si le film pose problème, n’est-ce pas celui justement de dévoiler le mystère ?

  2. Et bien voilà, je suis allé voir ce film. Il faut savoir que j’ai refusé de lire toute chronique ou critique avant d’aller le regarder pour ne subir aucune influence et ne pas gacher l’effet de surprise. C’est donc avec impatience que je me suis jeté sur le film qui a inspiré ce cher Emmanuel. Et je dois dire que je suis resté sans voix car je pense exactement le contraire !

    Tu pointes du doigt le peu de crédibilité de nombreuses séquences du film comme l’arrivée sur la planète. Certes, tu as raison mais dans ce cas, presque tous les longs métrages de ce genre sont à mettre dans le meme panier. Que penser de la saga Star Wars ? Dans L’Empire contre-attaque, Luke arrive sur la planète Dagoba, inhospitalière et trouve directement ce qu’il est venu chercher sans aucun effort. Il y a sûrement bien d’autres exemples de ce type et cela n’empêche pas L’Empire contre-attaque d’être aujourd’hui considéré comme un classique. En fait, je pense que les grosses productions sont avant tout de grands moments de divertissement et qu’il ne faut pas trop s’attarder sur leur vraisemblance.

    Tu t’attaques ensuite aux personnages, en particulier à Noomi Rapace. Je ne pense pas que Ridley Scott ait voulu un nouveau Ripley. La scientifique Elisabeth Shaw est une personne sensible, fragilisée par des drames personnels ; tout le contraire de Ripley qui était une femme forte et énergique, dotée d’un fichu caractère. Je te rejoins par contre sur le personnage de l’androïde David, dévoué et totalement dépourvu de sentiments, interprété à la perfection par Michael Fassbender. J’aurais juste un reproche à formuler à l’acteur qui joue le mari d’Elisabeth, pas crédible pour un sou dans son rôle de scientifique alcoolique.

    Pour le reste, il y a des maladresses, c’est sûr (le sacrifice de l’équipage est un pur cliché américain !) mais je pense que le film ne mérite pas un tel lynchage. Ridley Scott a un bon scénario qui ne se limite pas à la simple préquelle. L’histoire apporte des réponses et de nouvelles questions. Les décors et les effets spéciaux sont époustouflants. Moi qui suis d’ordinaire réfractaire à la 3D, j’ai trouvé pour une fois que ça valait le coup (l’androïde David découvrant la carte de l’univers : magnifique !). Pour moi, c’est une nouvelle pierre apportée à l’édifice et à la mythologie Alien.

  3. Bon alors je réponds à Etienne en premier puisque nous avons une importante divergence d’opinion. Surtout n’y vois aucune animosité à ton égard, je t’adore trop pour me disputer avec toi sur un film et je respecte tout à fait ton avis, même si je me permets d’insister de manière un peu lourde dans le développement qui va suivre.

    Attention, ceux qui n’ont pas vu le film devraient éviter de lire ce commentaire.

    [SPOILER]

    Les incohérences scientifiques sont extrêmement nombreuses et je n’ai pas énormément insisté dessus puisque, effectivement, beaucoup de films de SF en sont truffées (Star Wars est un exemple un peu biaisé il me semble, ce n’est pas de la pure SF mais de la fantasy si l’on prend en considération les ressorts mythologiques et dramatiques du film, directement empruntés au registre du merveilleux ; ce n’est pas moi qui le dit mais George Lucas en personne, de même que Joseph Campbell. Bon après la quincaillerie est SF effectivement). Mais revenons tout de même en détail sur l’argument de la cohérence. J’ai par exemple fait un bond lorsque le commandant du Prometheus ordonne de lancer les propulseurs ioniques pour décoller de la planète. C’est rigoureusement impossible, même en 2096, ce sont des moteurs qui fournissent une poussée très faible mais continue, ils sont prévus pour les voyages longs et permettent sur la durée d’obtenir une vitesse importante. Mais il est impossible de décoller en les utilisant. Même le voyage de deux ans est utopique, avec ce type de propulseur il faudrait bien plus longtemps pour atteindre une étoile éloignée comme celle du film. A la limite, ce genre d’incohérence ne frappera pas grand monde et on peut passer outre pour profiter du film, en revanche, je suis désolé, mais quand on les voit débouler sur la planète, rentrer sans aucune précaution sur le site alien, toucher à tout, tripoter le moindre bouton, moi j’avoue que ça me la coupe et surtout ça annihile le moindre suspense. Enfin, on ne peut pas croire une seule seconde que ces bras cassés soient des spécialistes. On dirait une bande de gamins mal élevés.

    Bon, sur l’héroïne à la rigueur on peut partager ton avis et estimer qu’il ne s’agit pas d’une Ripley bis, mais je ne sais pas comment avec cet argument de la « fragilité » tu peux expliquer qu’elle bastonne deux de ses coéquipiers pour échapper à la cryogénisation, parcourt la moitié du vaisseau en se traînant, pratique une opération de chirurgie assistée sans anesthésie ou presque (elle se fait ouvrir quand même la moitié du bide), se fait placer deux douzaines d’agrafes en guise de suture (sans compter que les lésions internes ne sont pas traitées ; après une césarienne, il faut quand même recoudre l’utérus, parce que sinon c’est la mort assurée par hémorragie interne), enfile ensuite un nouveau scaphandre pour retourner sur le site, court comme une dératée pour échapper au décollage du vaisseau alien, fait des bonds monstrueux un peu partout…. le tout quelques heures après s’être fait ouvrir le ventre en travers. Bon ok, tout le monde ne connaît pas les conséquences d’une césarienne, mais à l’heure actuelle c’est environ une semaine d’hôpital dont au moins trois jours sans avoir le droit ou quasiment de marcher. Évidemment, en 2096 la chirurgie a sans doute fait d’énormes progrès, mais toutes les techniques que l’on voit sont rigoureusement conventionnelles (même le laser de découpe), donc encore une fois, il faut activer le mode « suspension d’incrédulité » et passer outre ; mais le pire c’est que ça continue encore après.

    Pour le reste du casting, je maintiens qu’ils sont tous mauvais, en particulier le mari d’Elisabeth (un scientifique bardé de diplômes, a priori mature) qui ressemble à un adolescent pré-pubère particulièrement enclin à la bouderie. Et puis je ne sais pas qui a eu l’idée d’utiliser un acteur jeune maquillé à outrance pour jouer le rôle du vieux Weyland, pourquoi ne pas avoir pris directement un acteur âgé plutôt que de mettre à l’écran cet espèce de pot de peinture siliconé et truffé au latex. Son visage en devient inexpressif. Charlize Theron ne sert à rien, on a deviné depuis le début qu’il s’agit de la fille de Weyland et l’intensité dramatique de la scène de confrontation avec son père échoue lamentablement en raison de la faiblesse de l’écriture des dialogues. A la limite cette scène aurait pu être une réussite si les acteurs avaient mieux joué et avaient laissé place au silence, au non-dit, bref à l’implicite. Mais ils sont tellement inexpressifs…. Pire, le fameux effet de vallée est plus important vis-à-vis de Weyland que de David l’androïde, un comble.

    A la limite, si le film n’était qu’une production moyenne réalisée par un metteur en scène sans talent, on pourrait s’en contenter, s’empiffrer de pop-corn et l’oublier aussi sec deux heures après. Mais c’est Ridley Scott, le gars qui nous a pondu deux des plus grands films de SF de ces trente dernières années. J’attendais autre chose, d’autant plus qu’il avait des moyens colossaux à sa disposition.

    Après, je crois que notre divergence d’opinion vient d’un point essentiel. Tu attendais un bon gros blockbuster de SF, avec d’énormes moyens et des effets spéciaux de folie (et je te concède qu’ils sont impressionnants), alors que j’attendais le nouveau mètre-étalon du cinéma de SF et des deux, je crois bien que c’est toi qui étais dans le vrai. J’ai refusé de voir ce que les teasers montraient depuis déjà plusieurs mois.

  4. Bonsoir, pour résumer en une phrase: aurait pu mieux faire. Je ne me suis pas ennuyée mais je n’ai pas compris où Ridley Scott voulait en venir et pourquoi prendre un acteur de 45 ans comme Guy Pearce pour interpréter Weyland, on frôle un peu le ridicule. Bonne soirée.

  5. Pour répondre à tes deux questions Benjamin, je crois que je vais devoir dévoiler des éléments importants du scénario, au risque de griller tout le suspense du film (car il y en a un tout petit peu quand même).

    [ATTENTION SPOILER]

    Il faut reconnaître au film (et je concède ce point à Etienne), qu’il ouvre pas mal de pistes scénaristiques et laisse beaucoup d’interrogations en suspens. Sans doute les scénaristes ont-ils gardé pas mal de cartouches en réserve pour les épisodes suivants. Le point faible ne vient pas vraiment de ces révélations ou de ces pistes ouvertes, mais de la réalisation et de la direction artistique du film.

    Pour en revenir plus précisément aux questions que tu poses Benjamin, il n’est pas aisé d’y répondre car finalement il est assez difficile de déterminer avec précision les rôles symboliques de chacun. Qui représente les dieux, qui représente Prométhée, qui représente Pandore ? Difficile à dire à partir des éléments scénaristiques que l’on a en main car finalement Scott reste assez obscur. Est-ce volontaire ? Est-ce au contraire le fait d’un scénario confus ? Ce qui est étonnant c’est qu’il ouvre pas mal de pistes stimulantes sur le plan intellectuel, mais semble imposer (à travers les remarques notamment de Shaw et de Weyland) une trame qui n’est pas forcément la plus intéressante. Si l’on s’en tient à ce que semble suggérer le film les Ingénieurs représentent les dieux/créateurs de l’humanité, en face on trouve évidemment l’espèce humaine et c’est Weyland qui représenterait Prométhée (il tenterait d’extorquer la connaissance aux dieux ; d’ailleurs le fait qu’il ait baptisé son vaisseau Prometheus va en ce sens). Mais en même temps, contrairement au Prométhée mythologique, il est loin d’être un philanthrope, ce qu’il cherche c’est son propre intérêt et il est prêt à sacrifier son équipage pour cela. Qui est Pandore ? On serait tentés de dire qu’il s’agit du Dr Shaw (Noomi Rapace), c’est d’ailleurs elle qui est fécondée par son mari (infecté par la substance des ingénieurs) et qui donne naissance à la matrice alien (Facehugger) ; elle est donc Pandore sur le plan purement biologique pourrait-on dire, mais symboliquement elle n’y est pour rien, ou presque, mis à part le fait qu’elle est comme Weyland avide de connaissances et de savoir. Finalement, Pandore c’est Weyland, c’est lui par l’intermédiaire de l’androïde David qui infecte le mari du Dr Shaw, ouvre donc la boite et déchaîne le fléau des dieux. Symboliquement, il peut tout à fait endosser les deux rôles.

    Mais il y un autre élément qui fait que l’on peut à nouveau redistribuer les rôles. Les ingénieurs peuvent également représenter Prométhée, dans le sens où leur création leur échappe, on le voit dans les enregistrements holo découverts dans leur vaisseau. Leur création leur a échappé et se retourne contre eux, ils sont traqués et quasiment tous tués par les créatures alien (d’ailleurs on sait pas trop comment leur échappe le dernier ingénieur retrouvé en état de stase cryogénique). On pourrait également tout à fait imaginer qu’il y ait au-dessus des Ingénieurs un autre créateur/dieu, c’est ce que laisse penser la fresque découverte dans le vaisseau ingénieur.

    Je ne sais pas si cela répond à tes interrogations Benjamin, je crois que j’ai un peu oublié ta question sur la femme en chemin.

  6. Ta réponse montre en tout cas que le film procure réellement une matière nouvelle (et semble répéter la supériorité du scénario sur le reste). Que l’on parle à présent de mythe Alien (voire d’une mythologie ?), paraît davantage se justifier avec ce film. Pour le rôle que tient la femme, je verrai par moi-même.

  7. « Une bande de gamins mal élevés. » C’est exactement ça Emmanuel.
    On a du mal à croire que les meilleurs scientifiques de la Terre (qui ne se sont pas rencontrés avant de partir, normal…) ressemblent à de tels crétins : et vas-y que je joue le blasé de service avec ma cagoule sur la tête, et vas-y que je me perds alors que je suis le cartographe, et vas-y que je touche à tout sans prendre aucune précaution, et vas-y que je boude sans aucune raison en buvant jusqu’à plus soif, etc.

    Les personnages (à l’exception de David) sont tellement stéréotypés qu’on se croirait dans un film de série B pour ados attardés.
    Eh ben non c’est un film de Ridley Scott et la déception n’en est que plus grande !
    Je ne parle même pas de l’absence totale d’ambiguïté sexuelle qui suintait malicieusement des premiers films Alien

    Bon, et puis le reproche selon lequel « les incohérences ce n’est pas important », certes, un film peut être très bon même bourré d’incohérences et l’inverse est également vrai. Mais il y a des limites, sacré bon dieu !

  8. Je ne serais pas aussi catégorique que toi (il est assez efficace et les designs de Giger sont géniaux) mais c’est une grosse déception. Je me retrouve beaucoup dans le tout premier commentaire de Benjamin. Pourquoi vouloir tout expliquer ? Inutile !

  9. ‘tain t’es vachement dur !
    c’est sans doute vrai que le film n’est pas à la hauteur de l’attente (trop grande !) qu’il a créé… Mais je trouve que c’est un formidable divertissement, certes pas révolutionnaire mais nettement supérieur au reste de la production en ce domaine…
    Et les acteurs, t’es sévère avec la petite Noomi…

  10. Moi j’ai passé un excellent moment, mais je ne m’attendais pas non plus à voir le film du siècle ! Oui ok pour certaines incohérences et la bande de « chercheurs bras-cassés »: en fait je pense qu’il y a eu des concessions à la simplicité, à la vulgarisation pour atteindre un large public, donc des concessions commerciales. Mais le film reste très bon (selon moi), le scénario très fort (qui ouvre de nouvelles perspectives) et l’univers Gigerien jamais aussi poussé. Avec plus de rigueur et moins de caricatures, c’eut été un excellent film. Mais j’ai beaucoup aimé Noomi Rapace !

  11. Quelque chose me dit que ce film gagnerait à bénéficier d’une version longue, ça devient une habitude chez Scott qui profite en général de la sortie vidéo de ses films pour proposer un nouveau montage. Kingdom of heaven en est un bon exemple. Pas mal d’indices laissent à penser que Prometheus bénéficiera d’un remaniement. Premièrement parce que Scott avait annoncé vouloir faire un film nettement plus sombre et violent (prétentions qu’il a revues à la baisse quand les studios lui ont fait comprendre qu’une interdiction aux moins de 16 ans n’était pas une option envisageable), deuxièmement parce que le montage actuel du film laisse à penser que de nombreuses scènes de dialogues ont été coupées ou raccourcies (certains personnages sont tellement effacés qu’on se demande à quoi ils peuvent bien servir, quand je pense au cachet de Charlize Theron, je ne peux pas croire qu’ils l’ont choisie pour balancer trois répliques moisies).

    Maintenant ça m’a donné envie de me revoir l’intégralité de la saga, j’ai visionné un peu le début du premier opus et franchement Prometheus ne se contente pas de faire des clins d’œil appuyés, c’est plus que ça, on a l’impression qu’il est un écho d’Alien. Je crois que Scott s’est bien amusé, Prometheus est son nouveau jouet. Il a repris la matière première d’Alien et l’a remodelée comme il le voulait. Le truc c’est qu’il a annoncé vouloir faire exactement la même chose avec Blade runner, à savoir revisiter la mythologie du film.

  12. Que de passionnantes lectures !

    Je suis moi-même sorti de la projection assez remonté contre Ridley Scott et ce navet galactique mais je dois dire que les argumentaires qui s’affrontent en ces lignes m’apportent de nouveaux éclairages très intéressants.

    Je n’avais en effet pas perçu les différents niveaux de lecture du mythe de Prométhée tel que Emmanuel les développe dans le com précédent. Weyland, créateur de réplicants, est en effet une version « Shelley » de Prométhée quand les ingénieurs, à leur niveau incarnent une dimension mythologique plus classique, proche du Titan grec. L’allusion à Pandore (belle-sœur de Prométhée, et déesse de la fertilité !) à travers le Dr Shaw est d’autant plus éclairante qu’elle permet à Scott de proposer une réponse indirecte à la désormais célèbre planète verdoyante sortie des visions New Age de Cameron. La vision Scottienne est certes plus sombre et plus aride (il suffit de comparer la surface des deux planètes) mais aussi plus absurdement développée. On y mélange allègrement, dans un fatras indigeste, des dizaines de références aux différentes croyances et théories sur les origines (créationnisme, darwinisme), les citations en rapport avec les grands films de SF forcément (2001 vient expliquer le maquillage grotesque du vieux Weyland, un des scientifiques qui revient au vaisseau avec la tête de La chose d’un autre monde version Nyby (1951), l’entité virale alien qui rappelle Le mystère Andromède de Crichton, sans parler évidemment des innombrables auto-citations), sans parler des rapports « familiaux » complexes qui (dés)unissent les trois plus intéressants personnages de l’équipage : Weyland (un humain en quête d’immortalité), David (un synthétique immortel en quête d’humanité) et à mon avis le personnage le plus pathétique et émouvant, blindée sous sa carapace d’aigreur, Vickers : fille boudée par un père qui ne jure que par son jumeau artificiel (Pinocchio/AI à la rescousse) dont elle cherche à imiter l’attitude détachée (« est-ce que vous êtes un robot ? » lui demande le pilote).

    Mais quelle idée de confier à des scénaristes aussi brouillons le soin de faire rentrer tous ces thèmes dans les cases d’un blockbuster ! Et où est passé le talent de raconteur de Ridley Scott qui n’hésite pas à nous faire croire qu’un roulé-boulé permet d’éviter de se faire écrabouiller par un vaisseau de deux km de haut !

  13. Bien vu pour cette explication donnée au maquillage un peu sec et grotesque de Weyland (DiCaprio dans J. Edgar ?). Je ne sais si l’on peut aussi mettre au crédit d’une influence de Kubrick sur Scott les blancs aseptisés des intérieurs de vaisseaux, toujours est-il que, dès 1979, dans Alien, 2001 apparaissait bien à travers quelques plans (notamment le dernier).

    Je crois que parmi toutes vos remarques, souvent très intéressantes, celle que tu fais Manu concernant une comparaison directe entre Prometheus et le premier opus de la série paraît essentielle.

    On peut à nouveau s’interroger par exemple (et j’y reviens donc) sur la représentation donnée de la femme. Mère, combattante, commandante, monstre… Scott a-t-il pensé faire une synthèse de toutes les Ripley incarnée au fil des différentes suites par Sigourney Weaver ? Ou bien dissèque-t-il son personnage pour en offrir des lambeaux à toutes les femmes censées compter dans cet épisode ?

    Le réalisateur ne perd pas totalement son sujet de départ (la déshumanisation, la lutte pour la survie…) mais, avec l’univers créé, et certainement avec les contraintes inhérentes à ce type de production, tente de gagner une ampleur mythologique, voire peut-être philosophique (qui sommes-nous ?). Ce dernier mot paraît gros pour un blockbuster, mais Scott ne chercherait-il pas à marquer davantage la SF et faire son propre 2001 ? C’est du moins l’impression qu’il me donne.

    Malgré Giger et malgré les couloirs sombres et gluants, l’ambiance d’origine s’est dissipée, peut-être à cause d’une exploitation moins efficace des espaces (plus ouverts, plus variés). Fincher avec Alien 3 s’en était mieux tiré.

  14. Juste une ligne ou deux pour rappeler combien R. Scott, aussi grand soit-il, continue de puiser de temps à autre dans le mythique « Dune-que-l’on-ne-verra-jamais » de Jodorowsky; ici dans Prometheus avec la montagne/château du baron Harkonnen…

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