Princesse Mononoke (Mononoke hime)

Hayao Miyazaki, 1997 (Japon)




Durant l’ère Muromashi (1333-1568), les communautés humaines s’affrontent dans des luttes meurtrières pour le pouvoir. Les animaux divinisés, divisés et mourant par la faute des hommes, s’épuisent en un dernier élan de rage contre ces derniers. Dans les sous-bois, serein, le dieu-serf sourit…

Puisant dans la matière médiévale, il est des histoires en Occident qui expliquent la disparition du merveilleux païen par la lente domination des croyances chrétiennes. Dans sa belle et savante heroic fantasy, Tolkien, lui, oppose à l’affaiblissement des peuples elfes et des Ents, l’ère industrielle nouvelle (déboisement et artefacts destructeurs, laides créatures engendrées par la folie d’un mage déchu) : « L’ancien monde brûlera dans les flammes de l’industrie. Les forêts tomberont. Un nouvel ordre naîtra » (Les deux tours, Peter Jackson, 2002). Le progrès pour Tolkien, et c’est peut-être là le seul reproche à faire à son récit, est affaire maléfique. Ce que d’autres de ses œuvres plus anciennes ne démentent pas (Nausicaä, 1984), Miyazaki se tient loin de tout manichéisme et du conservatisme écologique qui transparaît derrière le paysage de la Comté. L’homme est à l’origine du mal, la discrète agonie des grands esprits sylvestres, mais ses desseins ne sont pas tous à proscrire, seulement à adapter pour qu’un autre équilibre, entre cet insatiable conquérant et son environnement, puisse être atteint. Quant à ceux qui se tiennent à l’écart du progrès, même si leur destin n’est pas imputable à leur seul mode de vie, ils sont voués à disparaître (le peuple Emishi).

Bien avant la modernisation accélérée de l’ère Meiji, le clan Tatara présente une véritable ébauche de l’industrialisation de l’archipel. Un grand soin est apporté à la description de la communauté et clair est le refus d’une quelconque simplicité. De fait, le clan est organisé en un matriarcat où les hommes nourrissent (les éleveurs) et les femmes produisent (travail à la mine et à la forge). Hommes et femmes se protègent, eux en tant que guerriers, elles tout autant capables de manier l’arquebuse. Ambitieuse et autoritaire, Dame Eboshi est à la tête de cette société modeste par sa taille mais militairement et surtout économiquement puissante (les Tatara dominent le marché du fer, des armes et leur prospérité suscite la jalousie de l’empereur qui souhaite les soumettre). Également soucieuse du bien-être de son peuple, Eboshi évite la prostitution aux femmes qu’elle accueille et intègre les lépreux (ailleurs rejetés) par l’importance des tâches qui leur sont confiées (la fabrication et le perfectionnement des armes). Pourtant, extraction des minerais en montagne, déforestation pour l’alimentation des fours et des forges, cette civilisation en mouvement entraîne aussi un violent déséquilibre de l’environnement naturel voisin et le dépérissement de ses créatures (Eboshi cherche à anéantir l’esprit de la forêt, le dieu-cerf, parce qu’il ralentit l’exploitation des richesses locales).

San, la princesse du titre est la fille adoptive de la déesse louve Moro et par conséquent d’autant plus proche du camp sylvestre. Mais même épris de San, le jeune héros, Ashitaka, ne condamne pas Dame Eboshi. Prince du peuple Emishi, l’adolescent est de plus victime d’une malédiction (tatari) qui le rapproche encore, et ceci presque paradoxalement, des esprits de la forêt (il aurait pu préférer se venger des kamis). Miyasaki en fait l’être pacificateur entre les clans et l’idéaliste qui cherche à concilier nature et civilisation. Ce qui arrivait un an avant dans Pompoko du collègue Takahata, le mépris des hommes pour la protection de l’environnement est malheureusement tel que le brutal appauvrissement de l’écosystème est inévitable (il n’y a pour l’instant que sur d’autres planètes que l’homme est prié de plier bagage avant d’y détruire tout ce qui pousse et vit, Avatar de Cameron, 2009).

Hayao Miyazaki constate les dégâts, regrette que la catastrophe soit le seul moyen à une prise de conscience mais, avec espoir (toujours celui de ses jeunes héros), fait du changement un nouveau départ. Inventif et visuellement surprenant (Chihiro, Ponyo… Quelle œuvre jusque-là portée sur nos écrans par le Ghibli oriental ne l’a pas été ?), Mononoke hime contient tout un pan de la culture japonaise (croyances animistes et shintoïstes, mœurs et histoire). Aventure lyrique (la musique d’Hisaishi !), c’est avant tout ses nuances, la diversité des motivations davantage qu’une complexité scénaristique, qui en constituent la richesse.





Voir le dossier du site Buta connection et celui du Site-image.

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