La princesse du Nebraska

Wayne Wang, 2008 (États-Unis)

Portrait de Sasha, une jeune femme qui est sur le point de se faire avorter, Princesse du Nebraska est un film très linéaire, en ce sens que jamais Wayne Wang ne quitte son personnage (interprété par Li Ling, il est au cœur de chaque séquence et de chaque scène) et que son action se concentre sur deux jours seulement. La linéarité se construit surtout avec les déambulations de Sasha le long des avenues de San Francisco. Pourtant, ces rues larges et droites ne s’accordent en rien avec les pensées curvilignes de la jeune femme.

Sasha vient de Pékin, où réside encore Yang qui l’a mise enceinte, mais suit ses études dans le Nebraska, en plein centre des Etats-Unis. Sa présence à San Francisco s’explique parce que Boshen (Brian Danforth), l’ex-compagnon de Yang, lui a demandé de venir pour la convaincre de garder l’enfant… Sasha a dépassé le stade des quatre mois de grossesse (même s’il est question d’un tout autre contexte, comment ne pas penser à Quatre mois, trois semaines et deux jours de Cristian Mungiu, 2007 ?). Elle hésite encore… Le téléphone portable est tout ce qui la lie à Yang et à la Chine, mais n’a plus aucune nouvelle de là-bas. Malgré tout, Sasha reste accrochée à l’objet, envoie des messages, enregistre des vidéos de son ventre, des paysages qui l’entourent…. Cette façon de s’approprier les changements qui surviennent dans sa vie participe de la même logique : vouloir encore s’accrocher à quelque chose. Mais perdue ou inconsciente, elle se laisse aller : quelques vols dans les sacs à main en début de soirée, volontaire pour un trafic de bébé un peu plus tard, à la limite de la prostitution dans les heures les plus sombres… La jeune chinoise libre sur le territoire américain, rêvait d’être princesse, or elle sombre en une nuit…

Wayne Wang suit Sasha partout et montre ses angoisses et sa détresse, non seulement lorsqu’elle pleure ou qu’elle se recroqueville contre un rideau de fer, mais continuellement en jouant sur les cadres. Il casse son personnage en la filmant par bout : le premier plan cadre ses pieds, les gros plans de son visage sélectionnent un œil ou un front, les images du téléphone portable au format 4/3 la rapetissent à l’écran et l’écrasent dans un cadre plus étroit encore… Enfin, la caméra à l’épaule traduit d’une autre façon le trouble permanent de Sasha. Seul, le dernier plan est une image fixe du personnage debout et entier, en chemise blanche et en train de chanter. La métaphore d’une libération après un avortement dont Wang aurait fait l’ellipse, presque une purification, serait-on tenté de déduire… Cependant, Sasha est de dos et face à un mur gris immense. Le réalisateur nous laisse dans ce paradoxe et la question reste en suspens : Sasha est-elle sortie de son impasse ?

Bien moins touchant que Dim sum (1984), il faut toutefois reconnaître que Wayne Wang maîtrise son film et sait parfaitement accorder une réalisation différente (Richard Wong l’assiste en tant que co-réalisateur) à un sujet qui n’est pas nouveau dans sa filmographie (l’immigration chinoise aux Etats-Unis).

Voir Un millier d’années de bonnes prières que ce film complète. Cet article est repris dans Kinok (mars 2009).

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