Portrait de femme

Jane Campion, 1996 (États-Unis, Royaume-Uni)

Comme La leçon de piano qui le précède (1993), Portrait de femme est un bain romantique, non pas celui que l’on trouve dans les mauvais téléfilms avec baignoire, mousse et bougies tout autour, mais celui très dix-neuviémiste d’une exaltation du moi et d’une déferlante des sentiments.

En 1872, en Angleterre, Isabel Archer (Nicole Kidman) est une jeune et belle Américaine qui ne veut pas d’une union cadenassée avec un quelconque parti, fusse-t-il beau et riche. Agacée, elle écarte toutes les demandes en mariage qui lui sont pourtant faites en bonne et due forme, celle de Lord Warburton (Richard E. Grant) et même celle d’un Viggo Mortensen tout en bouclettes. Isabel rêve de pouvoir vivre et de découvrir le monde avant de s’engager. Par hasard, elle fait la rencontre de Madame Merle (Barbara Hershey), elle-même liée d’une bien étrange manière à un dandy collectionneur d’art, Gilbert Osmond (John Malkovich) qui vit à Florence (l’attrait qu’exerce à cette époque cette ville, et plus généralement l’Italie, est aussi dans Chambre avec vue de James Ivory, 1985). Sans comprendre, l’innocente tombe dans les rets du mystérieux couple d’amis et s’enferme dans une relation avec cet homme dur et vaniteux. Lorsque Osmond déclare sa flamme à Isabel, il le fait en un lieu pour le moins lugubre (crypte ou ossuaire) et lie ainsi fatalement Eros à Thanatos. Dès ces mots d’amour, leur liaison est annoncée funeste… Le cousin tuberculeux (Martin Donovan), qui a renoncé jadis à tout amour parce qu’il se savait condamné, pourra-t-il proposer à Isabel quelque issue que ce soit ? Les dernières images la montrent quittant un cimetière, dans un paysage enneigée, et se trouvant acculée contre une porte vitrée comme un insecte prisonnier… Ajoutons à cette galerie de personnages de jeunes amoureux frustrés dont la fille d’Osmond (la douce Valentina Cervi et le juvénile Christian Bale ; ce dernier est ici à mille lieux de rôles tenus quelques années après dans Equilibrium de Kurt Wimmer, ou Terminator renaissance de McG, le premier sorti de façon inaperçue en 2003, le second dont on entend déjà parler et prévu en 2009).

La photographie de ce Portrait de femme est assez belle, souvent dans des tons bleus et verts aquarellés. Non pas vraiment les costumes, mais particulièrement les robes de Nicole Kidman sont splendides. La direction d’acteurs et le travail de ces derniers sur certaines scènes sont étonnants. Je retiens la dispute forte en peines et en tensions entre Kidman et Malkovich, mari insupportable et vampirique. Par sa réalisation, même si tout n’est pas neuf, Jane Campion parvient à afficher le trouble à l’image (visage dédoublé, brouillé derrière une vitre sur laquelle coule la pluie, caméra inclinée et plan recherché…). Malheureusement de pénibles effets (l’horrible ralenti de la dernière scène !) et des essais malheureux (le voyage en Afrique du Nord et l’obsession amoureuse d’Isabel pour Osmond, tourné un peu comme s’il s’agissait d’un film des premiers temps du cinéma, mais raté car exagéré et ridiculisé) gâchent notre plaisir. Au final, ce Portrait de femme n’est certes pas une croûte mais ne mérite pas le Louvre non plus.

Une réponse à “Portrait de femme”

  1. Bonjour, ce Portrait de femme mériterait qu’il soit redécouvert 13 ans après sa sortie. Il était sorti au moment des fêtes de Noël et il n’a pas eu la carrière qu’il méritait. C’est un film à voir pour le « casting » exceptionnel, pour la musique, les décors, les costumes. Je suis contente de l’avoir (enfin) trouvé en DVD import zone 2. Bonne journée.

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