Le plein de super

Alain Cavalier, 1976 (France)

Cavalier dresse déjà un tableau grisâtre des Piteuses qui s’installent alors en France. Sans véritable emploi, ils n’ont pas trente ans et sont presque seuls (les femmes qui comme Nathalie Baye ont une scène n’apparaissent que pour mieux disparaître). Philippe, Charles, Daniel et Klouk se lient d’amitié lors d’une traversée Lille-Menton sur autoroute en Chevrolet dont le but était au début de livrer la voiture à son riche propriétaire. La chronique sociale est moins bourgeoise que celle de Sautet puisque Vincent, François, Paul et les autres (1974) mettait en scène les difficultés quotidiennes d’un petit chef d’entreprise et de son employer, d’un écrivain et d’un médecin. Dans Le plein de super, les garçons roulent près des marges de la société et rappellent les écarts que Dewaere et Depardieu se permettaient dans Les valseuses de Blier (1974) ; tous ont d’ailleurs la même fougue et la même soif de libertés. La fragilité des foyers (quand ils en ont un) et le chômage (quand ils ont un boulot) les menacent mais Cavalier soude un moment les quatre jeunes dans une amitié salutaire.

Le plein de super est réalisé en toute indépendance, avec les quatre acteurs (Xavier Saint-Macary, Étienne Chicot, Patrick Bouchitey et Bernard Crombey) qui participent à l’écriture et proposent leurs idées aussi bien pour les dialogues que pour la progression du récit. Le dispositif de tournage est léger, l’éclairage est celui qu’offrent les lieux traversés et le road-movie emprunte au réalisme d’un documentaire. Comme ses personnages, Alain Cavalier est avec ce film dans une période de transition. Lui aussi près des marges, il gagne en liberté par rapport à ses précédents films et annonce la singularité de son style à venir.

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