Pina

Wim Wenders, 2011 (Allemagne)

La valeur du projet risque de s’éroder à entendre les danseurs du Tanztheater invoquer les uns après les autres Pina Bausch et rappeler directement ou non sa disparition récente. Peu bavard, le film est propice à l’évasion et il est regrettable que l’hommage, chez les esprits fuyants, puisse couvrir d’un voile ce beau film.

Si Darren Aronofsky s’est montré inhabile pour marier danse et cinéma (Black swan, 2010), Wenders a pour l’alliance de ces arts une solution presque magique : le relief. La profondeur stratifiée des plans assure une perspective que l’on peut ressentir. Au théâtre, lors du Sacre du Printemps ou de Vollmond, depuis le fond de la salle ou parmi les danseurs, le spectateur n’est pas loin de retrouver avec la 3D la sensation du spectacle vivant. Détachant l’objet de son plan, la technique cinématographique semble même retirer un peu de pesanteur aux corps.

Et lorsque la vie chorégraphiée par Pina Bausch déborde en extérieur, le plaisir grandit. Wenders offre des cadres superbes et colorés. Les cloisons s’effacent devant la lumière et chaque espace devient projection scénique. Ainsi, les danseurs s’aventurent en pointes au beau milieu d’un carrefour urbain ou sur une friche industrielle, instillant leur art. Les extérieurs sont également des réminiscences du cinéma de Wenders. Le métro aérien traversait déjà les paysages de Wuppertal en 1973 (Alice dans les villes), année où Pina Bausch s’installe dans la ville et y entreprend son travail avec le Tanztheater. L’usine déserte et rouillée ramène à des friches plus anciennes (Au fil du temps, 1975). Les grands volumes parallélépipédiques de la piscine ou de la maison de verre font écho à la bibliothèque berlinoise que Wenders parcourait en travelling (Les ailes du désir, 1987). Ici encore, le super 8 crée un espace de souvenirs (Paris, Texas, 1984).

Wenders rappelle avec Pina toute l’originalité dont il est capable dans ses documentaires (Carnets de notes sur vêtements et villes, 1989, Tokyo-Ga, 1985…). Son film nous touche à la fois par la danse que l’on contemple et par le cinéma que l’on rencontre. L’un n’est pas traité au détriment de l’autre et la musique de Jun Miyake (qui a composé pour les spectacles de Bausch) lie à merveille l’ensemble. A condition de savoir percer le linceul, Pina est un film qui nous élève. Il commence dans la terre, sur scène. Il est traversé par le feu de ses protagonistes, porteurs du « désir ardent de la chorégraphe ». Il s’achève répétant le cycle des saisons avec les gestes vus dans Kontaktof, sous un vaste ciel.

2 commentaires à propos de “Pina”

  1. Bien vues les réminiscences du cinéma passé de Wenders… Et tu as raison d’insister sur la réussite de ce mariage entre danse et cinéma, car on sent vraiment dans le film, que les deux arts ne cessent de s’interroger et de se servir l’un l’autre (en évitant la pesanteur d’un discours théorique).

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