People Mountain, People Sea

Cai Shangjun, 2011 (Chine)




Cai Shangjun brosse un portrait sévère de la Chine d’aujourd’hui. Une Chine souillée par la misère, la corruption et la violence. Un film dérangeant, au traitement très esthétisant.

Les carrières creusent les montagnes et couvrent de poussière la campagne. Nous sommes à Guizhou, au milieu du « far west » chinois. Lao Tie part à la recherche du meurtrier de son frère, assassiné en pleine journée. Ce meurtre crapuleux n’a pas d’explication. Lao Tie n’en apprend pas plus que nous, ce n’est pas le propos du film. La violence est là, gratuite. Le personnage veut venger son frère, c’est tout. Face à la petitesse des actes, les monts de la région sont grandioses. Le manque de sensibilité des personnages fait écho aux paysages arides du Guizhou.

Le périple de Lao Tie à travers le pays le conduit à Pékin. La grande ville est présentée comme le dépotoir misérable de la Chine. Les hommes vivent dans des cages à lapins sales et ternes. Il passe de taudis en taudis pour retrouver son ennemi. La ville devient un labyrinthe terrible où chaque porte ouverte est un supplice. Mouvante, la caméra filme au plus près le visage abject de la pauvreté. L’étalage à outrance de la misère humaine donne la nausée. D’autant plus que son travail de mise en scène très esthétisant dérange. Les facettes les plus atroces des hommes sont sublimées. Le plan fixe de Lao Tie fumant sa cigarette, revient régulièrement. La mise en lumière, très étudiée, valorise cet antihéros, alors que ses actes sont terribles.

Cai Shangjun nous montre également le travail harassant des ouvriers d’une mine illégale. Les longs plans fixes sur ces hommes troublent le spectateur. Ces esclaves clandestins n’ont plus d’identité, leurs visages charbonneux masquent le moindre trait d’humanité. Une lampe sur le front, ils sont effrayés. L’ambiance est tendue, comme si le fameux coup de grisou allait fatalement arriver.

Ce film troublant dévoile le sombre visage de la Chine contemporaine. Le malaise est accentué par l’esthétique des plans et un magnifique travail de lumière.


Clémentine Jurvilliers, pour la 33e édition du Festival des 3 Continents

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*