Paris

Cédric Klapisch, 2008 (France)

Dans Paris, nous voyons Paris d’en bas (les catacombes), d’en haut (la tour Montparnasse, la tour Eiffel), de l’intérieur (le Sacré Cœur par exemple ou l’intérieur même de quelques appartements), et même de la périphérie (les halles de Rungis). Soit. Mais la visite n’est pas tout à fait neuve et Cédric Klapisch est ici un guide pour touristes retraités et paresseux. Paris est un film choral mais on s’ennuie un peu.

Pierre-Romain Duris va mourir et passe alors le temps qui lui reste à regarder les gens par la fenêtre de son immeuble. Plusieurs vies sont esquissées mais celle de Pierre occupe une place centrale. Sur ces derniers moments de la vie d’un trentenaire, Le temps qui reste de François Ozon est moins poussif, plus juste (formidable Melvil Poupaud !). Quel est donc le problème avec Paris ? Tout d’abord, les personnages n’ont pas grand chose à voir avec la capitale, alors pourquoi appeler son film « Paris » ? Parce que « Dans Paris » était déjà pris ? Ensuite, la ville et le film sont parcourus d’un certain nombre de clichés dont Klapisch a conscience et qu’il veut utiliser, on peut le percevoir, mais dont il ne fait pas grand chose. Ainsi, les hommes seront désordonnés chez eux, la boulangère raciste (pauvre Karin Viard), le prof amoureux d’une étudiante (supportable Fabrice Luchini jusqu’à ce qu’il fasse son numéro de danseur-dragueur ; Mélanie Laurent est belle mais absente), le monde de la télé est une caricature de lui-même (comme les séries télé écrites par Xavier forcément mièvres dans Les poupées russes), le macho (Gilles Lellouche) ne peut supporter de se laisser conduire en moto par une femme, les mannequins sont des filles faciles et un peu stupides (comme la top-model Célia dans Les poupées russes), l’assistante sociale (Juliette Binoche) est forcément pas marrante… Seuls François Cluzet, Albert Dupontel et Juliette Binoche, sans être originaux, sont plus attachants que les autres. Que trouve-t-on en dehors des poncifs ? Quelques contrastes : les mannequins à Rungis dans la barbaque, Paris ville du Nord attirante pour les populations défavorisées des Sud (ici le Cameroun)… Si l’objectif a été de montrer que la capitale n’est que clichés et brassage social, cela reste un peu creux. Tout n’est pourtant pas mauvais. Quelques répliques quand elles ne sont pas fades nous tiennent éveillés et nous arrachent même un ou deux rires (Cluzet sorti d’un cauchemar, Duris qui étreint une femme peut-être pour la dernière fois). Un peu à l’image de l’animation 3D que l’on trouve dans le film, Cédric Klapisch nous livre un Paris terne et plein de sourires figés.

4 commentaires à propos de “Paris”

  1. Mon avis est bien différent puisque ce film m’a vraiment emballé: je suis allé à l’avant-première (Cédric Klapisch et Romain Duris étaient présents) et je suis retourné le voir lors de sa sortie.
    Pour moi, Paris est un film très beau, touchant, drôle, émouvant, grave, gai, triste… Bref, vivant et beaucoup moins orienté « film de jeunes » que les précédents Klapisch malgré l’âge moyen de la salle peu élevé. Je vous le recommande vivement, un très beau et bon moment de cinéma français! Avec de super acteurs évidemment: Duris, Binoche, Lucchini, Dupontel, Karin Viard, François Cluzet, Mélanie Laurent…
    Je comprends qu’on puisse voir les personnages d’une manière un peu caricaturale, mais c’est aussi le cinéma de Klapisch, qui ne colle pas vraiment non plus à la réalité à 100% mais laisse une part à la fantaisie comme dans la scène assez délirante de l’animation 3D chez l’architecte joué par François Cluzet (il y avait des scènes similaires dans L’auberge espagnole et Les poupées russes).
    Enfin voilà, une fois de plus: je trouve ça frais, plein de vie, bien rythmé, magnifiquement bien joué et filmé (avec plein de petits détails dans les plans qui relient les histoires entremêlées). Un film profondément humain.

  2. Complétement d’accord avec MaîtreLudo !!!
    Quelle comédie dramatique ! Courez voir ce film ! (également vu deux fois, notamment lors de l’avant première parisienne, ça fait bobo mais j’assume !)
    Effectivement c’est plein de vie et pas si loin que ça de la vraie vie (qui n’a jamais rencontré un commercant telle la boulangère ?), joué par des acteurs formidables : la prestation de Fabrice Luchini est remarquable (et je suis très loin d’être un fan).
    Paris est filmé de façon admirable, de la Tour Eiffel à la Tour Montparnasse, de Bercy au quartier Latin, du petit marché de quartier à Rungis en passant par Ménilmontant ou le Sacré Coeur.
    Enfin le film est servi par une bande son tout à fait adaptée qui fait ressortir les émotions.

    P. s. : Cédric Klapisch apparaît dans le film à la façon du grand Alfred Hitchcock, l’avez-vous vu? (ce n’est pas très dur)

  3. Il me semble que Klapisch apparaît dans tous ses films (comme le grand Alfred, certes, comme M. Night Shyamalan…). Je me souviens de lui dans Le péril jeune (à la maternité), dans Les poupées russes (devant les toilettes du train) et ici en 3D en haut d’un immeuble afin d’avoir une vue d’ensemble sur son travail.

    J’ai lu un entretien de C. Klapisch par Pascal Mérigeau dans Le nouvel observateur et une de ses réponses à propos des clichés de Paris est tout à fait intéressante :

    « C’est une question que nous avons abordée très tôt avec Christophe Beaucarne [le chef opérateur].Il y a assez de mauvais films, américains notamment, qui sont entièrement dans le cliché. Nous avons pensé qu’il fallait passer d’un lieu connu à un autre, sans nous interdire de montrer la tour Eiffel. Qu’une image fasse cliché ou non dépend de la façon de filmer. Mais le cliché peut s’attacher aussi aux personnages : la boulangère que joue Karin Viard est assez caricaturale, mais j’en connais trois comme elle. J’ai l’impression qu’en France nous redoutons la caricature, alors que nous avons eu quelques maîtres du genre, Tati en tête. La caricature est une base de travail, sur laquelle il faut apporter des nuances. Comme pour les lieux : dans le film il y a des rues banales et des rues grandioses. Paris, c’est ça. Traverser un pont est déjà un privilège inouï. Evoquer le caractère cosmopolite de Paris, c’est déjà courir le risque du cliché. Assumons-le ! Nous avons hésité à faire du personnage de Romain Duris un danseur du Moulin-Rouge, avant de nous dire que nous allions mettre le doigt là où c’est sensible. Il y avait même un peintre montmartrois, mais il a disparu au montage. Pourtant, j’aimais beaucoup ce passage, avec une famille américaine en visite à Paris ! »

    Le nouvel observateur
    , n°2258, fév. 2008, p. 114

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