On ne vit que deux fois (You only live twice)

Lewis Gilbert, 1967 (Royaume-Uni, États-Unis, Japon)

Premier épisode à intégrer la conquête de l’espace dans un contexte de Guerre Froide, le scénario de Roald Dahl donne au Spectre, non aligné cela va de soit, l’opportunité de s’accaparer la technologie des Américains et des Soviétiques pour mieux la retourner contre eux. En orbite au-dessus de la Terre, un vaisseau spatial-baleine vient donc tour à tour interrompre les manœuvres américaines et soviétiques et engloutir les engins de chacune de ces puissances.

Les services de renseignements britanniques se tournent aussitôt vers le Japon. Allié de l’Occident et nouveau concurrent, le pays, est sur le point de devenir la troisième puissance industrielle et économique à la fin des années 1960. Le film montre son modernisme urbain (la superbe arrivée de l’agent britannique de nuit sous les néons de la capitale) ainsi que le gigantisme du port de Tokyo. Il insiste aussi sur la dimension technologique de la puissance asiatique montante (les marques Mitsubishi et Sony apparaissent judicieusement à l’écran). De même, la voiture high-tech et un système d’écoute sophistiqué (à l’image, ça donne plein de boutons et d’écrans) font du Japon une sorte de super concurrent de Q (même si celui-ci reste de la partie avec la « Petite Nellie »).

Sur place, entre Honshu et Kyushu, entre Tokyo et Kobe, pour mieux percer les secrets du pays visité, et surtout pour tromper son monde, James Bond devient japonais. C’est pourquoi, le contact local Tanaka lui organise tout un programme avec changement de tête, mariage traditionnel, matches de sumo et cure d’arts martiaux. Sans être tout à fait capable de se fondre dans l’ombre à la manière des ninjas, Bond malgré tout se faufile et s’infiltre. Chaud comme la braise, James se glisse sans mal dans les lits des filles comme dans le volcan du Spectre. Comme à son habitude, il découvre la base secrète et y met le feu.

Dans le rôle du grand leader du SPECTRE, Donald Pleasance tente d’insuffler la folie qu’il peut à son personnage, trop peu écrit et sans consistance. On regrette, avec Jocelyn Manchec (La Septième Obsession, Hors-série n°3, 2020), que Blofeld apparaisse là et, a fortiori, apparaisse ainsi : un visage, une cicatrice, une silhouette censée impressionnée, c’est à cela et à sa fuite que ce grand ennemi est réduit. Il n’inspire ni crainte ni terreur. Il est petit et ridicule. Le chat mérite plus d’attention. Rien à voir par conséquent avec l’image que l’on avait pu se faire du monstre sophistiqué, dont on ne voyait que le complice félin, les mains caressantes et les subordonnés, en général, ces derniers réunis pour être punis d’avoir mal fait (dans Bons Baisers de Russie, 1963, et Opération Tonnerre, 1965).

A la fin, dans la base, tout le monde détale et Sean Connery, qui commençait à se lasser du rôle, se demande probablement déjà s’il ne détalerait pas aussi une bonne fois pour toute. L’acteur affiche une certaine nonchalance dans plusieurs scènes. Il bastonne bien sûr quand c’est nécessaire, mais prend aussi dès que possible tout le plaisir offert par les nombreuses commodités de la production. Sean Connery se rendait compte qu’il n’avait, lui, qu’une seule vie, et une pause lui a paru nécessaire… avant la suite.

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