Nuits blanches à Seattle (Sleepless in Seattle)

Nora Ephron, 1992 (États-Unis)

Je voulais montrer à ma fille Mort ou vif de Sam Raimi (1995). Son regard porté sur la chevelure de Meg Ryan lui a fait préférer la romance un peu guimauve, totalement U.S., au revolver et au cache-poussière de Sharon Stone. Pour l’avoir vu il y a plus de vingt ans, je n’avais pas réalisé de quelle manière le film met en avant les États-Unis et certains de ses emblèmes, à ce point qu’il nourrit l’image d’un pays rêvé, l’Amérique dans les années 1990, où l’amour serait (restons prudent) plus fort que tout. Prédestination, âme sœur et couple idéal (même en secondes noces) servent le mythe.

La comédie romantique, qui répond parfaitement aux attentes, insiste de manière pédagogique sur le territoire des États-Unis : image depuis l’espace, le soleil se levant sur la côte Est et étirant ses rayons jusque sur l’État de Washington, idem sous un ciel étoilé, à nouveau sur carte pour rappeler les distances entre Seattle, où se trouvent Sam et son fils (Tom Hanks), et Baltimore où habite Annie (Meg Ryan), deux personnes que tout sépare, mais pas bien longtemps. On revoit encore le territoire, isolé dans ses frontières comme une île, pour figurer les trajets en avion par des lignes en pointillés d’une ville à l’autre et ces énamourés qui se poursuivent et finissent par se trouver.

À ces vues, s’ajoutent des symboles : l’Empire State Building, devenu une icône de la Saint-Valentin avec son cœur rouge géant allumé sur les quatre faces. La réalisatrice fait aussi des références directes à Elle et lui de Leo McCarey (An Affair to Remember, 1957) et on aperçoit au moins deux fois le couple Cary Grant et Deborah Kerr sur un téléviseur, l’Empire State Building ayant également un rôle dans ce film. Nora Ephron place encore un montage alterné où l’on voit Meg Ryan et Tom Hanks s’asseoir chacun sur un banc face à l’océan, elle sur la côte Est, lui sur la côte Ouest. Elle est habillée en bleu, blanc, rouge. Lui s’appelle Sam, acronyme bien connu aux États-Unis (Sam pour « States of America »). Ils ne se sont jamais parlé, mais la scène appuie l’idée qu’ils sont faits l’un pour l’autre.

Nuits blanches à Seattle, comédie sentimentale facile, un brin mélo, sert l’image idéalisée des États-Unis. En 1998, avec Vous avez un message, Nora Ephron refait une comédie sentimentale avec les mêmes acteurs, Hanks et Ryan, à l’aire de la communication par internet, en tout cas à ses débuts. Et si Nuits blanches à Seattle était un objet : une carte postale des États-Unis, rouge ou rose, avec le dessin d’un cœur pour tout message.

Une réponse à “Nuits blanches à Seattle (Sleepless in Seattle)”

  1. Pas vu. Ton analyse intéressante me donne envie. Mais tant qu’à flatter l’Amérique et les bons sentiments dans le sens du poil, je vais peut-être (re)commencer par Capra.

    Je reviendrai lire ta chronique de Mort ou vif (qui dit sûrement certaines choses de l’Amérique aussi).

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*