Nomadland

Chloé Zhao, 2021 (États-Unis)

Fern, la soixantaine et un peu plus, est une des nombreuses victimes d’un effondrement économique. L’agglomération d’Empire, dans le Nevada, a disparu suite à un plan de restructuration industrielle et à la fermeture de la mine de gypse qui faisait vivre les familles d’une centaine de travailleurs. Fern, qu’interprète sobrement Frances McDormand, perd donc son travail et, sans aucune raison de rester, décide de tout plaquer et de vivre d’itinérances à bord d’un vieux van aménagé.

Chloé Zhao fait un portrait plutôt rare au cinéma ainsi que celui de toute une Amérique à la marge. Le film gagne en valeur pour cela. Parfois avec une façon proche du documentaire, la réalisatrice fait voir des précaires et des personnes abîmées par la vie. Elle prend le temps de montrer des marginaux qui malgré tout se réorganisent. On s’étonne de voir les réunions solidaires que ces populations d’invisibles donnent périodiquement dans le Sud, très loin de l’État, sans l’aide d’aucune association. Toutes les motos, caravanes de tout âge et autres véhicules-maisons répondent à l’appel d’un vieux barbu prônant un mode de vie alternatif. Vagabonds et pèlerins se rassemblent alors quelques jours et font du partage, de la débrouille et de l’entraide les principes essentiels de leur communauté éphémère.

Mais ces vies radicales, celle de Fern en particulier, appelaient peut-être une autre mise en scène. Le road-movie, les grandes étendues et le regard lointain poursuivent d’une drôle de manière le mythe américain. Non plus la conquête de l’Ouest avec ses héros, mais plutôt la longue errance des indociles et des déclassés. N’y a-t-il pas une gêne, justement, à vouloir fondre cette réalité dans le mythe ? Ces vies radicales appelaient peut-être une réalisation plus radicale. En tout cas, avec moins de piano, douces et jolies mélodies qui tout le temps accompagnent les images (exception faite d’une scène de bar où, plus authentique, c’est un blues-man à la voix usée qui touche du clavier). Et que dire de ces chaînes de magasins qui soit-disant font vivre quelques mois, une saison, ces nouveaux nomades ? Merci à elles ? Chloé Zhao adopte un regard contemplatif sur ces gens et sur ce monde, mais tout ce qu’elle filme ne se vaut pas.

Une réponse à “Nomadland”

  1. « Tout ce qu’elle filme ne se vaut pas », j’aime beaucoup cette expression qui traduit bien les errances de la réalisatrice elle-même. On devrait sortir bouleversé et pourtant non. Le film n’est pas mauvais, comme tu le laisses entendre à demi-mots, mais à force de chercher l’émotion à la lueur d’un coucher de soleil, au détour d’un piano mélancolique, d’une vidéo postée depuis une falaise aux oiseaux, elle s’évapore à peine suscitée. Cela tient à peu de chose sans doute, un manque d’unité, une sincérité trop feinte, qui sait ?

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