Le nom de la rose

Jean-Jacques Annaud, 1986 (France, Italie, Allemagne)




Dans l’abbaye aux allures de forteresse, l’obliquité du sol de la cour ne souffle-t-elle rien des inclinations peu vertueuses des moines ? Isolée dans les montagnes du Nord de l’Italie, la communauté bénédictine que visitent Guillaume de Baskerville et Adso de Melk n’est-elle pas déjà sur le penchant de sa ruine ?

L’abbaye est d’une composition architecturale singulière : elle est à la fois solidement enfoncée sur un terrain de rocs et de fange et, avec ses hauts murs et sa tour octogonale, l’inquiétant prolongement du sommet sur lequel elle se dresse [1]. Ses résidents ne sont pas non plus très rassurants : Jorge, Malachie, Salvatore [2]… Les religieux ont tous les trognes des démons qui accrochent l’œil sur la pierre historiée de leur église (Häxan, Christensen, 1922). Avant qu’il ne soit une émanation de leurs esprits crédules, le fantastique couvre donc les visages et les murs du site.

Au fur et à mesure des découvertes macabres, les cervelles se brouillent. Les moines s’affolent mais pas Guillaume. Lui et son novice rationalisent les événements et écartent diable et chat noir de leurs déductions (Sean Connery dans un de ses meilleurs rôles et Christian Slater en parfait disciple). Depuis les tas d’immondices au pied de l’enceinte jusqu’au laboratoire de l’herboriste, il n’est d’ailleurs pas un recoin où nos franciscains ne collectent quelque indice pour leur enquête. Mais pour que la lumière totale soit faite, il faut encore accéder à la mystérieuse tour-bibliothèque. Là, un manuscrit, une si dangereuse rareté au milieu de l’opulente collection, livrera le dernier secret.

Dans le volume, la copie d’un texte d’Aristote, le deuxième livre de la Poétique que l’on croyait perdu, un texte interdit et protégé par les bénédictins. C’est du rire qu’il est question. Au XIIIe siècle, les grands scolastiques s’étaient exprimé dans leurs sommes et avaient très souvent distingué le bon rire d’un mauvais. Pourtant, au XIVe siècle, les adeptes de saint Benoît et les frères mineurs entretiennent toujours une querelle à ce sujet.

En outre, l’arrivée de Bernardo Gui, vieille connaissance de Guillaume, inquisiteur et représentant du pape [3], est l’occasion pour le spectateur d’identifier le mal avant la fin de l’énigme. Au grand dam de Guillaume et de la raison qu’il incarne, l’inquisiteur réaffirme la place du Diable (le rire, deux hérétiques et une sorcière) et ajoute une nouvelle dose de fantastique à l’affaire.

Sachant de qui il adaptait le roman, Jean-Jacques Annaud s’est montré extrêmement soucieux du détail historique et du réalisme conféré à l’histoire. C’est pourquoi, afin de profiter des meilleures recommandations, il s’est entouré de nombreux médiévistes de renom [4]. Mais le réalisateur n’est pas un parfait copiste et, la retranscription à l’écran d’un texte foisonnant d’érudition et de malice étant impossible, il a plus sagement préféré se servir du support d’origine, conserver la trame, gratter ce qui n’était pas adaptable et réécrire (plutôt habilement) le reste. Cueillant son adage (à peine transformé) dans le traité d’un fameux clunisien, Umberto Eco conclue ainsi son roman : « Stat rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus » [5]. Détournons-le à notre tour et, parmi les films d’Annaud, retenons seulement Le nom de la rose. Que l’oubli se charge des autres…





[1] Dante Ferreti, le chef décorateur, s’en est allé chercher des bouts d’édifices en divers endroits : l’abbaye de Saint-Michel-de-la-Cluse perchée sur un éperon rocheux piémontais, celle de Montmajour non loin de Arles et le château de Castel del Monte dans les Pouilles, de même le monastère d’Eberbach dans la Rheingau, ainsi que le portail de Moissac. Tous ces lieux ont été source d’inspiration ou bien ont livré un pan de l’abbaye sur la toile. Quant à la tour-bibliothèque, avec ses escaliers qui distribuent ses salles en tout sens, elle a été conçue pour donner l’impression d’une prison de Piranèse ou d’un dessin d’Escher.

[2] Dont font partie les très bons Michael Lonsdale et Ron Perlman.

[3] F. Murray Abraham qui, la même année 1984, tuait Mozart dans Amadeus de Forman !

[4] Michel Pastoureau (sur l’héraldique), François Avril (spécialiste des manuscrits et de leurs enluminures), Jean-Claude Bonne (sur l’architecture ; il a publié une étude du tympan de Conques), Jean-Claude Schmitt (sur les comportements de l’époque), Françoise Piponnier (archéologue des habitats médiévaux et spécialiste de la culture matérielle dont les vêtements) et, à leur tête, Jacques Le Goff .

[5] Pour une explication, lire ce qu’en écrit Umberto Eco lui-même dans son Apostille au Nom de la Rose, Grasset, 1985, p. 5-10.

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12 réflexions au sujet de « Le nom de la rose »

  1. Nous avons aux prises, dans cette œuvre,les représentants de trois grands ordres religieux du Moyen Age (Bénédictins, Franciscains et Dominicains) et ce qui est en question ici c’est le rapport de ces hommes au savoir et à la connaissance, la liberté qu’ils peuvent se donner ou pas d’y accéder, l’empêchement où on veut les mettre d’apprendre et de raisonner pour mieux dominer leur esprit et les faire obéir.

    Aristote, que les Byzantins plus que les Arabes ont aidé à redécouvrir, avait permis à Abélard de développer une pensée théologique hardie au XIIe siècle, puis il y avait l’âge des Sommes théologiques, celle d’Albert le Grand et celle du frère dominicain Thomas d’Aquin. Mais en même temps que philosophie et théologie commençaient réellement à se confronter tout en étant quelque part inséparables, les promoteurs de ces avancées, surtout les Dominicains, créaient l’Inquisition en réponse à la dangereuse contestation entretenue par des Chrétiens d’un autre genre, les Cathares, sortes de manichéens qui réduisaient les choses en disant que ce qui était de la chair ou fait de matière appartenait au mal et que seules les choses qui avaient rapport avec la vie de l’âme étaient bonnes et donc que la procréation était chose mauvaise, ce qui inquiétait l’Église qui invitait les baptisés à croître et multiplier dans l’institution sacrée du mariage.

    Dans ce contexte, les Bénédictins, dont la vieille devise : laborare est orare, travailler c’est prier, ne suffisait plus à satisfaire les esprits curieux des XIIIe et XIVe siècles et plus encore ceux du XVe siècle, avaient de dangereux rivaux : pas les Cisterciens qui au fond les copièrent et ne firent qu’adopter un habit avec tunique blanche et scapulaire noir pour les différencier de la robe noire des Bénédictins, mais plutôt les Frères mineurs, les Franciscains, dont les premiers aidèrent à redécouvrir la simplicité évangélique et l’esprit de pauvreté, manière de lutter contre l’influence cathare qui menaçait de déchirer l’unité de pensée des Catholiques en Occident, et plus encore les Dominicains qui voulurent faire conjuguer le savoir et la foi pour mieux éradiquer le catharisme et ce que l’on appelait alors les hérésies. Les Dominicains, à cause de l’Inquisition, inspirèrent la terreur, et la figure inquiétante de Bernardo Gui accentuée sous la plume d’Eco et sur la pellicule dans le film d’Annaud nous renvoie à ce terrible combat que ceux qui avaient des prétentions au savoir tout en se faisant les gardiens de la foi et du dogme menaient contre les Parfaits cathares et l’empire qu’ils entendaient prendre sur le commun des mortels pour que ce dernier reste dans les voies considérées comme droites par l’Église et l’ordre de Saint Dominique qui s’en voulait le plus fidèle représentant.

    Le pouvoir du savoir et de l’ordre, en somme, face aux simples.
    François Sarindar

  2. Pourquoi les Byzantins auraient-ils « plus que les Arabes » aidé à redécouvrir Aristote ? Les latins ont accédé à plusieurs traités du philosophe grâce aux traductions faites de l’arabe par le juif Salomon, Jean d’Espagne, Dominique Gundissalvi, Gérard de Crémone… Mais ce sont aussi les commentaires faits sur les textes d’Aristote, commentaires arabes notamment, qui permettent sa redécouverte (Averroès par exemple).

    L’Inquisition créée pour répondre au catharisme ? La formule me semble maladroite. D’une part, la mise en place de l’Inquisition à la suite au traité de Paris (1229) est précédée de plusieurs décennies de mesures qui ont préparé son institution. Et ces mesures n’avaient rien à voir avec les cathares. D’autre part, les Albigeois (qui fournissent aussi un prétexte à l’intervention dans le Midi de plusieurs princes intéressés ; et contre lesquels la lutte prend fin avec le traité de Paris) ne sont pas des cathares. Jean-Louis Biget insiste et rappelle que le mot « cathares » s’est substitué à celui d' »Albigeois » dans les années 1960. Si les deux termes désignent des dissidences qui ont des caractères communs (origines bibliques des croyances, religions urbaines, liturgie), le mot « cathares » (employé à tort de façon générique) est source de confusions (chronologique, géographique…) et efface une diversité mal connue mais réelle.

    Bernard Gui (au fait, pourquoi Bernardo ? Traduction manquée du roman et de l’italien je présume) est un méchant idéal dans le film, ses traits sont forcés, je suis d’accord, et son sort n’y trompe pas.

  3. Oui, pour Abu’l-Walid Muhhammad ibin Rouchd, plus connu chez nous sous le nom d’Averroès (un nom latinisé), il est indiscutable qu’il eut en son temps une grande renommée comme mathématicien, comme médecin, comme philosophe et comme théologien dans l’Al-Andalus du XIIème siècle, et qu’il se sentait assez libre pour commenter Aristote, mais aux yeux des autorités il l’était justement peut-être un peu trop, et on le suspecta d’hérésie ; il faut d’ailleurs noter qu’il fut un moment tenu en résidence surveillée et que plus ou moins élargi on ne lui redonna pas toutes ses charges. Il a bien eu une influence quand on a redécouvert ses écrits dont certains ont voulu se réclamer, et en cela Averroès a marqué.

    Mais, gros bémol, l’Occident n’a pas redécouvert Aristote, car en réalité il n’a jamais perdu de vue l’existence et l’importance de son œuvre : il faut relire les Pères Grecs dont les textes ont été relus et annotés tout au long du Moyen Age (on ne lisait pas pas que les Pères latins !) ; et surtout, on ne peut méconnaître Boèce (Anicius Malius Torquatus Severinus Boetius), philosophe latin vivant à la charnière des Vème et VIème siècles, qui a été l’un des premiers grands commentateurs d’Aristote, qui a su donner une grille de lecture de ses catégories qui a servi tout au long du Moyen Age dans l’Occident latin, et par lui rien ne s’est perdu. On n’a donc pas attendu Averroès pour « redécouvrir » Aristote dont la pensée a toujours été lue et commentée (je pense notamment à l’Organon). Boèce est le principal trait d’union entre la pensée grecque antique et le Moyen Age latin.
    Il est important de remettre tout cela en perspective.

  4. Vous avez bien raison, sur la création de l’Inquisition, il ne faut pas simplifier, car il n’y eut pas qu’une forme d’hérésie mais plusieurs au regard de la foi catholique qui voulait éviter par tous les moyens que la Tunique du Christ ne soit trop déchirée (déjà qu’il y avait eu le Schisme de 1054 qui avait marqué la séparation des Églises d’Orient et d’Occident). En effet, il ne faut pas confondre « hérésie » Cathare (affaire interne à la Chrétienté, car les Cathares étaient des Chrétiens d’un autre genre, très radicaux, et non des continuateurs du Zoroastrisme comme on l’a longtemps affirmé) et Albigeois (affaire politique qui fait des seigneurs français d’Île-de-France des prédateurs en terre du Midi-Pyrénées et qui permet ensuite au roi de France de mettre la main sur cette région et d’y laisser sa trace, car les châteaux des Corbières ont tous pratiquement été renforcés ou reconstruits sur l’ordre des Capétiens), et là je vous donne entièrement raison. C’est tout à fait exact.

  5. Loin de moi l’idée de nier l’apport arabe dans l’essor intellectuel de l’Occident et dans le réveil de la pensée à plusieurs reprises au long des sièces, du Vème au XIVème, et dès le Xème on le voit bien, ne serait-ce qu’en citant le nom de Gerbert d’Aurillac (qui deviendra le pape Sylvestre II), lequel ne sera pas étranger à l’introduction chez nous des chiffres dits arabes. Je pense aussi à la très belle bibliothèque de Cordoue dont la renommée avait traversé les frontières malgré les heurts entre Chrétiens et Musulmans, ainsi qu’à la traduction de l’arabe au latin d’ouvrages d’algèbre, d’arithmétique et de géométrie.

    Mais, pour Aristote, il faudrait être plus nuancé et parler plutôt d’un partage des rôles : les Byzantins ont bien sûr continué de raisonner sur l’oeuvre des grands penseurs que furent Platon et Aristote, et ce serait une erreur de croire qu’il y eut un mur hermétique entre le monde byzantin et le monde latin, à cause du Schisme de 1054 ; cela dit, il y eut bien des lectures de l’œuvre aristotélicienne faites par les Arabes, et ce sont plutôt ces commentaires qui sont venus vivifier la réflexion en Occident (par exemple, Dante reprendra certaines idées d’Averroès), car l’œuvre d’Aristote en elle-même n’y était pas méconnue, et c’est une erreur très répandue de laisser perdurer cette idée.

  6. Pour résumer ma pensée, je voulais dire que chacun, les Chrétiens d’un côté et les Musulmans de l’autre, n’a retenu et gardé de l’œuvre d’Aristote que ce qui l’intéressait aussi bien sur le plan intellectuel que religieux et politique.

    Le roman d’Eco et le film d’Annaud en montrent d’ailleurs quelque chose puisqu’il s’agit bien de cacher ce qu’on sait exister (cette œuvre philosophique ou certaines parties de cette œuvre) mais qu’on préfère dissimuler pour éviter que ce savoir ne serve à certains pour s’insurger contre l’ordre institué et ne remette en cause l’interprétation que les deux grands dogmes monothéistes pouvaient donner des textes aristotéliciens.

    Les penseurs arabes se sentirent-ils plus libres que les chrétiens de diffuser et commenter cette pensée ? Oui et non. Averroès est un cas à part et sans doute pour tout un tas de raisons un précurseur de la pensée affranchie du cadre rigide des relectures purement religieuses de l’œuvre d’Aristote.

  7. La Patristique grecque est riche : il faut lire Grégoire de Nysse (IVème siècle), grand lecteur de Platon et d’Aristote depuis l’adolescence, et devenu par la suite Père de l’Église. Il a aussi à sa manière contribué à renvoyer vers l’œuvre d’Aristote, et même l’Église romaine qui le vénérait a compris en faisant l’apologie de son œuvre qu’il ne fallait pas dédaigner Aristote.

    C’est un exemple parmi bien d’autres que Byzance a été l’un des centres où la pensée d’Aristote a perduré (même si, sous cette forme, il s’agit bien de récupération à des fins religieuses).

    Un peu plus tard, c’est la Logique d’Aristote qui a surtout intéressé les penseurs à Constantinople : on peut évoquer Léonce de Byzance qui vivait au VIe siècle, et j’ai plusieurs autres noms qui pourraient me venir à l’esprit jusqu’à la prise et au sac de Constantinople par les Turcs en 1453.

    François Sarindar

  8. Vous me devancez. Bien que n’étant pas spécialiste, j’allais ajouter une note à propos de l’Aristoteles latinus, sans pour autant vraiment vous contredire et toujours en marge du film commenté.

    Les érudits du Moyen Age ont étudié et copié les traductions de Boèce, bien sûr (la logica vetus), et traduit du grec tout un pan de la philosophie aristotélicienne.

    Alors pourquoi tenir à parler de redécouverte ? Parce que les traductions arabo-latines ont porté à la connaissance des Latins des ouvrages dont ils n’avaient que des citations ou des versions corrompues, ou bien dont ils ignoraient tout. C’est le cas de plusieurs ouvrages de la physique aristotélicienne. Ainsi le De generatione et corruptione est redécouvert par l’Occident médiéval chrétien, non seulement grâce à des traductions du grec (Translatio vetus et Translatio nova) mais également grâce à une traduction de l’arabe (due à Gérard de Crémone ou Michel Scot ?), voir sur ce texte, J. Judycka, 1986. De même, la fortune des Météorologiques est importante (et peut-être davantage que le De generatione) pour comprendre le relais constitué par les penseurs arabes entre les philosophies grecques et latines. D’autres traités pourraient être cités en exemple.

    De ce fait, les traductions de l’arabe ont permis des comparaisons, des corrections et une meilleure diffusion des œuvres.

    Ces précisions ne visent pas (non plus) à amoindrir l’importance des Byzantins dans la transmission des textes d’Aristote. Et d’ailleurs le mouvement de traductions latines a également assuré la diffusion de plusieurs pseudépigraphes qui à l’inverse ont quelque peu embrouillé le corpus aristotélicien.

  9. Nous sommes pleinement d’accord : ça s’est fait dans tous les sens et quel bel hommage rendu au romancier U. Eco et au cinéaste J.-J. Annaud que d’avoir débattu ici tous les deux autour de la diffusion de l’œuvre d’Aristote. Vaste et intéressant sujet de discussion. Et nous sommes loin de l’avoir épuisé.

  10. Stat Rosa pristina nomine, nomina nuda tenemus : La rose des origines n’existe plus que par son nom, et nous n’en conservons plus que des noms vides

  11. L’action dans le roman de Umberto Eco se situe en 1327, quelques années après la mort d’une figure franciscaine qui fit beaucoup parler d’elle : Bernard Déliceux, qui avait lutté contre l’inquisition dominicaine et leur principal soutien, Bernard Castanet, évêque d’Albi, et qui avait pris fait et cause tant pour défendre les droits des hérétiques et « bons hommes » improprement appelés « Cathares » à être jugés dignement que pour se faire l’avocat, dans son propre ordre religieux, des « Spirituels » qui se voulaient les dignes continuateurs du Poverello François d’Assise en réaction contre une tendance qui admettait que l’ordre pût s’enrichir collectivement sur les plans financiers et intellectuels.

    Cette audace, Bernard Délicieux la paya chèrement après l’accession de Jean XXII sur le trône pontifical (1316). Et c’est ici qu’intervient, dans le réel, un personnage exploité par Eco et Annaud dans Le Nom de la Rose, et c’est celui de Bernard Gui qui mena la charge contre le courageux moine franciscain, le fit soumettre à la question en 1319 et le fit condamner à la prison à vie. Bernard Délicieux mourut dans son cachot dans la même année.

    Umberto Eco semble avoir construit son roman comme pour donner, par l’imaginaire, à Bernard Délicieux une sorte de revanche posthume du Franciscain sur les Dominicains, et nommément sur Bernard Gui.

  12. Malgré l’irréprochable direction artistique – mauvais signe quand on souligne la valeur des décors dans un film ! – et la partition « atmosphérique » de James Horner, on peut largement préférer La Victoire en chantant et Coup de tête, diptyque humble, lucide et attachant porté par un parfum de Boisset ou de Mocky, en plus tendre, sans même parler du labyrinthe de Borges ; une scène éclaire (ou assombrit, selon le point de vue, Annaud rappelant que certains y voyaient la preuve ou le défaut d’un chef-d’oeuvre) cette adaptation scolaire d’un polar médiéval que tout le monde connaît sans le lire (le souvenir d’un nom, exactement, mais littéraire et non plus floral) : celle du dépucelage sauvage du moine benêt (pas celui de Lewis traduit par Artaud, assurément) par l’incendiaire Valentina Vargas, vue aussi chez Besson ou Fuller – dans ces quelques minutes très charnelles (qui valent toutes les longues langueurs de L’amant), « le plus international des réalisateurs français » (qui donna aussi dans la publicité) – sa chance et sa croix – parvient à capturer un moment de vérité, sexuelle et symbolique, médiévale et intemporelle, origine du monde qui peut faire rire (Friedkin trouve grotesque la copulation humaine), pleurer (Huster dans L’Amour braque) ou ravir au-delà de toutes les tours intégristes, plongé dans la matrice abyssale de ce plaisir qu’on dit charnel et spirituel… 

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