Nine

Rob Marshall, 2008 (États-Unis)




Écartons d’entrée l’énorme référence à Huit et demi de Fellini (1963) car, de l’avis de tous, Nine ne tient pas la comparaison (Marshall a-t-il jamais eu l’intention de se hisser à la hauteur du maître italien ?). En revanche, que Rob Marshall (ou peut-être Anthony Minghella qui signe ici le scénario) ait souhaité à travers la comédie musicale* rendre hommage au cinéma italien du début des années 1960 et y glisser quelque fellinienne représentation relève d’une humilité plus appréciable.

L’Italienne Sophia Loren (qui n’a jamais vraiment travaillé pour Fellini mais pour Mario Mattoli, Dino Risi ou Vittoria De Sica, Mariage à l’italienne,1964, La ciociara, 1961, L’or de Naples, 1955…), la Française Marion Cotillard (très aimée aux Etats-Unis depuis [intlink id= »mome-la » type= »post »]La môme[/intlink] d’Olivier Dahan, 2007), l’Espagnole Penélope Cruz (plus sulfureuse encore que dans [intlink id= »vicky-cristina-barcelona » type= »post »]Vicky Cristina Barcelona[/intlink] de Woody Allen, 2008), la Britannique Judi Dench (que l’on connaît pour incarner M, le boss de 007 depuis Goldeneye de Martin Campbell, 1995), l’Australienne Nicole Kidman et les Américaines Kate Hudson et Fergie (Stacy Ferguson) portent chacune en elle une caractéristique de la figure féminine pour Fellini… Ou plutôt Contini, Daniel Day-Lewis incarnant le maestro de l’histoire. Ainsi, femme, maîtresse, muse, amie et fantômes font la ronde autour du réalisateur qui, amoureusement déçu, en perd ses repères. Un nouveau film est prévu mais Contini n’a pas d’idée. Harcelé par son producteur et par les journalistes, le film est lancé mais toujours pas d’idée…

Nine est un film cinéphile dans son acception la plus simple. Allusion à la machine cinématographique, Rob Marshall met en scène, en danse et en musique les coulisses du cinéma (comme Donen et Kelly l’ont fait). Il évoque les tiraillements d’un artiste et dit platement les difficultés de la création. Bien que Nine réduise Cinecittà aux décors de rues italiennes, il fait de Contini, une amusante réduction de Fellini (libido, rejet d’une éducation religieuse et méthodes obscures ou brouillonnes sur un plateau). La multiplication des seconds rôles féminins ne laisse en définitive que peu de place à ces belles actrices. La superficialité qui s’en dégage le rend regrettable (pour Sophia Loren ou Nicole Kidman notamment). En outre, les morceaux musicaux sont inégaux et les chorégraphies plus basiques encore que dans [intlink id= »chicago » type= »post »]Chicago[/intlink] (2003). Disparition totale des pas et des jeux de jambes, les acteurs se limitent à marcher en rythme et à onduler (de l’appauvrissement d’une chorégraphie en une suite de mouvements exigés dans un défilé de mode). Tous dansent seuls (encore que l’extrême lascivité de Penélope ne nous laisse pas indifférent)… Le meilleur passage dansé et chanté est sans conteste Be italian de Fergie. Qu’en était-il dans le spectacle original longtemps joué à New York ?






* Marshall a beaucoup travaillé dans les théâtres de Broadway avant de se munir d’une caméra.

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