Ne te retourne pas

Marina de Van, 2009 (France)

L’histoire est dépourvue d’attrait, autant s’en débarrasser. Jeanne est écrivain et, après avoir entendu l’avis de son éditeur sur son roman autobiographique (jugé mauvais), découvre qu’elle n’est pas celle qu’elle croit. L’explication ? Un traumatisme (forcément) qu’il faut aller chercher loin dans l’enfance. Après un accident de voiture et la mort d’une copine, elle est devenue cette copine. Les parents pas vraiment perturbés l’ont donc confiée (quoi de plus naturel ?) à la mère de la tuée. Comme tout traumatisme cinématographique, celui-ci est enfoui très profond dans l’inconscient de l’héroïne et n’est révélé qu’à la toute fin du film. Dès la première demi-heure, on languit de ces explications qui tardent tout en sachant qu’elles seront source de déception et qu’il faut encore patienter plus d’une heure avant de maugréer pour ce temps perdu.

Premier argument : Marina de Van propose son scénario à deux belles actrices, Sophie Marceau et Monica Bellucci, la première s’effaçant au profit de l’autre au fur et à mesure que le mystère se lève, chacune ayant droit au premier rôle durant une moitié du film. Deuxième argument : une utilisation des effets spéciaux et en particulier des effets numériques pensés pour ne pas entraver le récit (deux ou trois courtes scènes leur sont dédiées comme chez le psychiatre ou bien dans la salle de jeu où Jeanne subit une transformation à la fois plus radicale et plus classique). Les deux arguments sont ficelés avec une histoire, que l’on sent peu travaillée et, par conséquent, très approximative (d’autant plus que le retour en Italie et la durée de cette séquence ne collent pas). Le moindre affleurement de l’intrigue dans les dialogues, les situations, titre y compris (il évoque la peur paranoïaque de Jeanne et, par métaphore, ce qui est aisé à deviner, le passé dans lequel il n’est pas bon de fouiller), est grossier si ce n’est ridicule (« je n’ai plus aucun souvenir avant huit ans » ; la petite fille après laquelle l’héroïne court). Ne te retourne pas est raté.

Des idées de mise en scène nous rendent bien un peu curieux durant le premier tiers du métrage (cadrages qui isolent des individus qui ne se comprennent plus, allusions à la couleur des cheveux qui anticipe la transformation, décors brouillant les repères, reflets des corps découpés ou déformés…), même lorsque curieusement elles restent sans suite (Jeanne persuadée de voir son mari et ses enfants communiquer par de grands gestes lorsqu’elle a le dos tourné). En revanche, caresser une cicatrice ne suffit pas pour ressembler à Cronenberg, et ce que l’on devine s’inspirant de Lynch (la créature des escaliers, Elephant man, 1980, voire le basculement dans la folie, Lost highway, 1997) grossit la bizarrerie de l’objet. Le fantastique est abordé par l’étrangeté qui vient perturber le quotidien et qui est privilégiée au spectaculaire. Cependant rien d’aussi habile que La moustache, qu’Emmanuel Carrère libère de tout carcan scénaristique (2004), ou même, avec ses défauts, que Ricky de François Ozon (2009).

Pour sa seconde réalisation (Dans ma peau, 2002), celle qui a pourtant été co-scénariste de Ozon (Sous le sable, 2001, 8 femmes, 2002) signe un film boiteux et plutôt grotesque. Une petite monstruosité qui n’effraie ni ne dérange.





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One Reply to “Ne te retourne pas”

  1. PAS DAK’ !!! Je trouve que ça fait du bien de voir une cinéaste faire une vraie proposition de mise en scène en cherchant à travailler la distorsion des corps au moyen de la technique du morphing trop souvent employée de façon grossière ou spectaculaire au cinéma : ici, on assiste à un petit jeu subtil de torture de l’image de deux « icônes » de beauté (elle ne va peut-être pas assez dans le monstrueux, d’ailleurs, autant qu’elle l’avait imaginée)… je reconnais que le récit est un peu bancal et que la dimension « psychanalytique » (pour employer un gros mot) n’est pas des plus intéressantes. Ce qui me paraît pertinent, en revanche, est l’idée du point de vue subjectif poussée à l’extrême, c’est-à-dire que le visage de l’autre ou de soi-même n’est qu’une projection de ses propres sentiments – voilà une idée assez peu exploitée jusqu’à présent et qui est très intéressante. Bon, ça n’a effectivement pas la trempe d’un Cronenberg mais je trouve que ce n’est pas non plus un film à remiser trop vite au grenier des expériences ratées ; j’estime que c’est une cinéaste très excitante (intellectuellement, j’entends !)- je te conseille aussi de jeter un oeil à Dans ma peau – et dont je suivrai avec bcp d’intérêt le parcours …

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