Morse (Låt den rätte komma in)

Tomas Alfredson, 2008 (Suède)

Ils sont trois à avoir été mordus par ce vampire de Suède.





Morse s’est vu tellement remettre de récompenses qu’il n’y a plus de place pour toutes les écrire sur l’affiche. Récemment le prix de la critique internationale au festival du film fantastique de Gérardmer, qui a permis de le faire connaître en France. Dommage que cette œuvre tirée du best-seller de John Ajvide Lindqvist (Låt den rätte komma in qui signifie : « Le droit d’entrer ») ne sorte que dans quelques salles en France, car il mérite un large succès.

Oskar est un jeune garçon seul et maltraité par des élèves de sa classe. Eli, la voisine qui vient d’emménager dans l’immeuble, se lie d’amitié avec lui et l’aide à reprendre confiance en lui. Sauf que… Oskar s’aperçoit qu’Eli est un vampire… Rien de bien méchant me direz-vous, mais l’atmosphère qui est ici présentée peut être dérangeante. Elle est réaliste, on ressent la douleur des personnages et c’est parfois dur. Entre Oskar et Eli commence une histoire d’amour délicate. L’affiche représente parfaitement ce à quoi l’on peut s’attendre. La jeune fille, floue au premier plan. Le garçon qui reste le personnage sur lequel on se focalise le plus, net au deuxième plan. Le mystère y est omniprésent, on se pose de nombreuses questions. Toutes les réponses n’y sont pas apportées, mais ce n’est pas dérangeant. Au contraire cette intrigue est plaisante.

Avant d’aller le voir, je pensais au phénomène Twilight (Catherine Hardwicke, 2008) et au Dracula de Bram Stoker… J’ai cherché à savoir ce qui a bien pu plaire aux critiques pour que Morse obtienne tant d’éloges et de récompenses. Même si le thème est ancien, je suis rassuré de voir que le cinéma ne perd pas de son souffle. Morse enchante et dérange… Fantastique !

Johann





Attention, voici un véritable petit chef-d’œuvre !
Oscar, 12 ans, vit seul avec sa mère dans une cité ouvrière de Suède. Nous sommes en 1980. Il est solitaire, souffre de graves problèmes psychologiques et subit les sarcasmes de ses camarades de classe. Son isolement va cesser lorsqu’il rencontre sa nouvelle voisine, Eli, qui devient son amie. Seulement, elle n’est pas une enfant comme les autres : c’est un vampire. Impossible de vous en dire plus sans dévoiler la richesse de ce petit bijou. Ce long métrage réalisé par Tomas Alfredson (le premier distribué en France) est tiré d’un roman très populaire en Suède : Let the right one in de John Ajvide Lindqvist. Morse est à des années lumières du romantisme de Bram Stoker, des vampires pour ados de Twilight ou même, cher Benjamin, de ceux de La planète des vampires (Mario Bava, 1965). Dans ce film, il n’y a pas les clichés habituels (crocs, croix et gousses d’ail). L’accent est plutôt mis sur les relations entre adolescents et leur vulnérabilité. Le rythme est lent mais on ne s’ennuie pas une seconde. Les effets spéciaux et le suspense sont présents, évidemment, mais utilisés dans une grande discrétion. La performance des deux jeunes acteurs (Kare Hedebrant et Lina Leandersson) est absolument époustouflante. Morse n’est pas un film d’horreur mais une œuvre poétique et sombre dressant des portraits d’adolescents touchants mais tout aussi effrayants. Même si vous n’êtes pas attiré par le cinéma fantastique, je vous recommande vraiment d’aller voir cet ovni débordant de créativité et de réalisme.

Etienne

p. s. : Les producteurs américains ont déjà acheté les droits du film pour en faire un remake. On attend le désastre avec impatience.





Après La planète des vampires, kinopithéqué par Benjamin hier, et qui finalement ne porte pas sur le vampirisme, voici un vrai film de vampires… Original, touchant, marquant : tous les superlatifs sont bons, tant ce film est un véritable petit chef-d’œuvre du genre.

Morse (le moyen qu’utilisent les deux jeunes voisins pour communiquer à travers le mur de leur appartement ; et peut-être une allusion à la morsure ?), contrairement à ce que j’avais pu entendre, n’est pas un film d’épouvante. Non, dans ce cas, le vampirisme est accepté comme un fait et intégré de façon très naturelle dans une histoire d’amour/amitié entre deux jeunes Suédois.

Eli, « qui a douze ans depuis longtemps » (comme elle-même le précise), subit les effets du vampirisme comme une maladie qu’elle transmet d’ailleurs à une personne, bien malgré elle. Car Eli est une jeune fille solitaire et très douce (faut pas la chercher quand même, ni s’en prendre à ses proches !). Le vampirisme n’est pas synonyme de méchanceté ni de machiavélisme : pour survivre à ce fléau, elle doit boire du sang humain régulièrement, mais pour ne pas transmettre sa maladie elle doit aussi tuer sa victime. Elle possède tous les symptômes liés à son état : addiction extrême au sang humain, arrêt de la croissance, grande longévité (éternité ?), force surhumaine, agilité féline, allergie à la lumière du jour qui lui serait fatale (on voit disparaître ainsi une personne contaminée par le « virus » lorsque sont ouverts les volets de sa chambre)… Et une caractéristique que je ne connaissais pas : pour qu’elle puisse entrer dans un lieu (par la porte ou la fenêtre) il faut lui dire d’entrer, sinon ça le fait pas du tout… Peut-être un reste des us et coutumes de son époque originelle ?

Mais, si le réalisateur intègre parfaitement tous les éléments du mythe vampirique dans le personnage d’Eli, il ne cherche nullement à en expliquer la cause ou les origines. Il s’intéresse davantage à la relation naissante avec le jeune Oskar. Le film se déroule entre la fin des années 1970 et 1982 (Brejnev !) et par conséquent nous renvoie (les trentenaires !) à notre propre enfance. Même s’il se déroule en Suède, dans la banlieue de Stockholm, certains éléments sont quasi universels, comme les vêtements de l’époque, le rubik’s cube (premier lien entre les deux jeunes)… Je pense que Morse n’aurait pas eu ce cachet si l’histoire avait eu lieu de nos jours. De même, les effets spéciaux sont rares et discrets. Tomas Alfredson évite intelligemment les clichés et le mauvais goût qui consiste à en montrer trop (l’hémoglobine est présente, c’est une histoire de vampire tout de même !, mais toujours justifiée), ou d’enchérir à grands renforts d’images de synthèse. Il est fort à parier que la version U.S. du film n’ait pas cette subtilité-là…

Si, si c’est pathétique, mais une fois de plus les Américains ont prévu le remake (Let the one right in, traduction littéraire du titre original Låt den rätte komma in, réalisé prochainement par Matt Reeves), comme si ce chef-d’œuvre ne se suffisait pas à lui-même… Certains producteurs pensent-ils vraiment que le spectateur américain moyen est trop stupide et chauvin pour apprécier un film uniquement s’il se déroule à New York, Boston ou Los Angeles et non pas à Stockholm, Paris ou Barcelone* ?!

L’ambiance donnée par Tomas Alfredson est unique, un brin mystérieuse, étonnamment douce et délicate. La musique n’est pas celle terrorisante d’un film d’épouvante, mais au contraire pleine de sonorités tendres, à l’image des deux enfants. Encore que ces derniers portent aussi en eux, et de façon bien différente, une violence contenue (celle d’Eli pour sa condition, condamnée à errer dans la nuit une éternité et voir ses proches vieillir et mourir – au début, le personnage que l’on imagine être son père semble plutôt être son compagnon d’enfance qui n’a cessé de l’aimer – et celle d’Oskar, jeune garçon solitaire aux parents divorcés, souffre-douleur de son école qui rêve secrètement de meurtre et de vengeance). L’humour (noir bien sûr), par quelques touches subtiles, surgit ici ou là tout au long du film.

Les deux jeunes acteurs, l’angélique blond et la ténébreuse brune, sont bons et très persuasifs. Ajoutons une mention spéciale pour Lina Leandersson (dont c’est le premier tournage) qui, grâce à un jeu sobre et intériorisé, parvient à insuffler profondeur et maturité à son personnage. Ainsi, bien qu’elle garde toujours en elle quelque chose de l’enfance, Eli n’a d’une fillette que l’apparence. Dans le roman de John Ajvide Lindqvist (dont Morse est l’adaptation), on apprend d’ailleurs que le vampire est en réalité un petit garçon castré (Oskar aperçoit furtivement la cicatrice dans le film). Eli l’affirme à plusieurs reprises, « Je ne suis pas une fille ». D’où la relation étrange et ambigüe avec le vieil homme (un pédophile dans le roman, bien plus énigmatique dans le film)…

Morse, déjà récompensé par une vingtaine de prix internationaux, est un film fantastique (dans tous les sens du terme), psychologique et en tous points excellent. Il a été comparé à d’autres longs métrages que je n’ai pas encore eu la chance de voir : La sagesse des crocodiles (Leong Po-Chih, 2000, avec Jude Law) ou Aux frontières de l’aube (Kathryn Bigelow, 1998). On pourrait même le comparer au teen-movie Twilight, puisqu’on y retrouve beaucoup d’éléments communs tels que la relation d’amour entre un vampire et un mortel, l’attirance frénétique du vampire pour le sang de son amant, la peur de la lumière (ici, la peau ne scintille pas de paillettes argentées…) et les vampires, dans l’un et l’autre métrage, montent aussi bien aux arbres. Toutefois Twilight, ses clichés d’ados gothiques très aseptisés et esthétisés à l’extrême est vraiment, totalement, à l’opposé de l’infinie poésie de cette œuvre-là.

Ludo

* Ainsi, En quarantaine, le remake de Rec., n’est pas tourné dans la capitale catalane mais à Los Angeles ! Le film a été réalisé en 2008 par John Erick et Drew Dowdle avec Jennifer Carpenter dans le rôle qu’occupe Manuela Velasco dans la version originale, celle-la même qui incarnait l’inquiétante Emily Rose dans L’exorcisme d’Emily Rose (Scott Derrickson, 2005).

8 commentaires à propos de “Morse (Låt den rätte komma in)”

  1. Trois chroniques pour le prix d’une, et sans s’être préalablement concertés, si c’est pas beau ! Je rajouterai juste qu’il y a une référence à Bilbo le hobbit (si, si !) dans le film : simple coïncidence, ou allusion délibérée à la prochaine adaptation de Guillermo Del Toro, qui avait produit L’orphelinat (Juan Antonio Bayona, 2008), précédent lauréat du festival du film fantastique de Gérardmer ?
    Allez Ornelune, cours vite le voir et donne-nous ton avis ! En tant que grand spécialiste du mythe des vampires, peut-être sauras-tu également m’éclairer sur la coutume de l’invitation à rentrer qui donne le nom à ce film (comme l’a indiqué Batman : Låt den rätte komma in qui signifie « Le droit d’entrer »)…

    En effet, je viens de trouver ceci à propos des vampires sur Wikipedia :
    « Le vampire ne peut franchir un seuil ou pénétrer dans un bâtiment sans y avoir été invité « . Reste à trouver une source…

  2. Je ne trouve aucune trace sur ce point du mythe dans les différentes définitions des dictionnaires recensées depuis que le mot « vampire » existe dans la langue française (S. Jarrot, Le vampire dans la littérature du XIXe au XXe siècle, Paris, L’Harmattan, 1999 , p. 37-41).

    En revanche, on peut avancer ceci pour interpréter l’invitation nécessaire au vampire pour qu’il puisse suivre son hôte au-delà du seuil de sa demeure : convier le vampire à pénétrer chez soi, c’est métaphoriquement accepter de croire en l’existence de cette créature ; le laisser à l’extérieur au contraire, c’est ne pas daigner s’en occuper, l’ignorer.

    Si dans Morse l’enfant invite le vampire dans son foyer, peut-être s’agit-il pour lui de croire en l’existence possible du seul ami (ou seule amie) qu’il n’aura jamais. N’y a-t-il pas une comparaison à faire entre la situation de Oskar qui a une amie vampire et celle d’enfants (perturbés ? associaux ? rejetés ?) qui ont un ami imaginaire ? En outre, avoir une telle créature à ses côtés peut s’avérer utile pour celui qui est victime de moquerie… On imagine sans peine le vampire terrifier ou « se débarrasser » des inopportuns.

  3. Je l’ai ! Toujours selon Sabine Jarrot (Le vampire dans la littérature du XIXe au XXe siècle, Paris, L’Harmattan, 1999 , p. 155) :

    « Bram Stocker est le premier écrivain a révéler que le vampire doit être invité » et citant l’œuvre en question, Dracula paru en 1897 :

    « Rappelez-vous comment il s’est servi de notre malade zoophage pour pénétrer dans la maison de notre ami John, car le vampire qui, par la suite, peut entrer dans une maison quand et comme il veut, doit, pour y pénétrer une première fois, être introduit par un familier de la maison ».

  4. Sans aller chercher si loin, même si la thèse est intéressante (je reconnais bien là Ornelune et ses théories psychologiques élaborées !), dans le film, c’est bien la vampire qui lui demande : « Il faut que tu me dises d’entrer ». L’invitation a son importance puisqu’elle figure dans le titre original : Låt den rätte komma in.

    A nouveau dans le Dracula de Stocker, Van Helsing a cette tirade :

    « Il est prisonnier, plus qu’un homme condamné aux galères, plus qu’un fou enfermé dans un cabanon. Aller là où il a envie lui est interdit. Lui qui n’est pas un être selon la nature, il doit cependant obéir à certaines de ses lois – pourquoi, nous n’en savons rien. Toutes les portes ne lui sont pas ouvertes; il faut au préalable qu’on l’ait prié d’entrer; alors seulement il peut venir quand il le désire… ».

  5. Je ne me rappelle pas avoir déjà vu un aussi beau film (pourtant j’en est vu, des bien, des très bien, des chefs-d’œuvre) mais la c’est la première fois que je suis scotché comme ça.
    Dommage que le livre ne sois pas encore traduit !

  6. Vous évoquez tous l’ambiance, je rajouterai que Thomas Alfredson a surtout le sens de l’image (beauté des cadres, et des mouvements discrets, fluides).

    Morse (titre qui met davantage l’accent sur la communication) paraît dire des choses sur cette froide banlieue suédoise et ses habitants (d’ailleurs cernés par leurs catégories socio-professionnelles).

    Film certainement riche, pas forcément évident à saisir et envoûtant.

    Quelqu’un s’est-il essayé à comprendre les messages laissés en morse, notamment les derniers coups sur lesquels se ferme le film ?

  7. Superbe film: dérangeant, mélancolique, esthétique, envoûtant.
    Le premier message en morse est ‘dors bien’ et le mot de la fin est « bisou »… Des mots d’enfants pour se réconforter face à la violence contenue ou révélée des personnages.

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