Alfred Hitchcock, 1955 (Etats-Unis)

On est deux à aimer se promener autour du cadavre.

La Nouvelle-Angleterre plongée au cœur de l’automne, une musique omniprésente signée Bernard Herrmann, des coups de feu, un corps allongé. Harry. Dans les minutes qui suivent une multitude de personnages vont défiler devant ce corps étendu :

- un garçonnet qui part prévenir sa maman Jennifer (formidable Shirley MacLaine pour son premier grand rôle au cinéma),
- le capitaine Wiles parti à la chasse au lapin qui pense être le coupable…
- Miss Gravely qui a assené un coup à Harry,
- un vagabond,
- le docteur bigleux Greenblow trébuchant sur Harry,
- Sam un artiste venu réaliser une toile (joué par John Forsythe ; si, vous le connaissez, il s’agit du patriarche de la série Dynastie ! Il a également joué dans Charlie et ses drôles de dames réalisé par McG en 2000).

En très peu de temps, l’intrigue du film est positionnée ! Tout ce petit monde s’observe, se croise, se soupçonne, mais qui est le coupable ? Comment se débarrasser des témoins et du corps ? C’est sans compter sur le shérif qui rôde…

Alfred Hitchcock nous amène une nouvelle catégorie de films : la comédie d’humour noir dont certains réalisateurs actuels se sont inspirés, maîtrisant parfois presque à la perfection leur sujet : les frères Coen (Burn after reading, 2009), Woody Allen (Whatever works, 2009) ou Georges Lautner (Les tontons flingueurs, 1963) pour n’en citer que trois.

Si Mais qui a tué Harry tourné dans sa période hollywoodienne (de 1940, Rebecca, à 1980, The short night) ne fait pas partie des chefs-d’œuvre du maître, il mérite cependant d’être vu, notamment pour découvrir une nouvelle facette de ce réalisateur de génie !

Eric

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Dans le Vermont, en pleine campagne rougeoyante, le corps qu’Hitchcock ne nous présente que par les pieds (« Je l’ai vu mort ! – Il était le même vivant, mais vertical ! ») est celui d’un bonhomme en costume gris qui n’inspire que de l’indifférence. Il est étendu sur le sommet d’une colline que les passants ont transformé en carrefour mais aucun ou si peu ne prête attention à la victime. Tué d’une balle perdue ou d’un coup de talon sur la tête, personne non plus ne se préoccupe de répondre à la question du titre français. Mieux, à peine faut-il plus de deux minutes et une première rencontre du cadavre avec un enfant armé d’un fusil en plastique (cocasse suggestion !) pour qu’un rendez-vous galant soit pris au-dessus du mort (comme au-dessus d’un parterre de roses) entre deux coquettes personnes qu’un amour naissant rajeunit soudain. Dès les premiers plans, Hitchcock donne le ton (parfois osé : « Elle m’a invité à prendre du café et des gâteaux [ ...] -Vous serez le premier homme… à franchir son seuil ! – Il n’est pas trop tard… Elle est bien conservée ! [...] Et les conserves, c’est fait pour être consommé ! ») et fait de Harry le très secondaire sujet d’une comédie macabre tout à fait réjouissante.

Benjamin

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