Made in USA

Jean-Luc Godard, 1967 (France)




« Je compris tout de suite :
il fallait que cette affaire reste ténébreuse pour tout le monde. »


L’intention est avouée et l’affaire réussie. L’intrigue policière est la seule évidence ou presque de Made in USA. Elle apporte d’ailleurs une explication au titre. Ainsi le polar américain est la principale référence formelle ici : Paul Nelson jouée par Anna Karina, jeune femme de 22 ans (« qui dans vingt-deux ans aura 44 ans »), mène une enquête sur l’assassinat de l’homme qu’elle aimait. Le premier plan la montre couchée sur son lit en train de lire Adieu la vie, adieu l’amour de l’Espagnol Juan Marsé (roman noir publié pour la première fois en 1973 qui décrit la ruine d’une société écrasée par un Etat ressemblant à l’Etat franquiste). Dehors des hommes près d’une DS noire semblent la surveiller. Paula se saisit d’un pistolet caché. Un homme entre. Elle range son arme mais le prend par surprise et le frappe d’un coup de chaussure sur le crâne. Il tombe mort. Le tapis sur lequel le cadavre est traîné le plan suivant est rouge.

Godard nous plonge dans son Grand sommeil (Bogart est cité). Les conversations entre les personnages sont brouillées, censurées (tantôt absurdes à la façon des textes de Ionesco ou de Dubillard, tantôt inaudibles parce que le passage d’un avion ou la sonnerie d’un téléphone couvre la bande son). Un discours sur bande d’un Godard communiste s’insurgeant contre le gouvernement gaulliste (Juan Marsé fait aussi référence au P.C.), la « Liberté » criblée de balles et d’autres évocations politiques (la guerre du Maroc, l’affaire Mehdi Ben Barka, opposant socialiste assassiné…) témoignent de tout l’engagement de Made in USA.


« On était bien dans un film politique, c’est-à-dire du Walt Disney plus du sang ».


Made in USA n’est pas évident à suivre puisqu’il est ancré dans un contexte peu connu aujourd’hui et parce que Godard s’autorise une liberté de mise en scène souvent déroutante. Le projet n’est pas aussi léger qu’il peut le paraître, la forme copiée sur les sombres histoires policières et les beaux plans qui dénotent une recherche plastique évidente servent l’ambition réussie de faire un film contestataire.

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