Lullaby

Benoît Philippon, 2009 (France, Canada)




Benoît Philippon a peut-être craint un script trop léger car le film comporte des répétitions qui paraissaient évitables. Sam regrette son amour, Joséphine (Rupert Friend et Sarah Wayne Callies), mais ce nom qu’il a souvent à la bouche en prenant des poses affectées ne nous fait jamais vraiment croire à sa dépression. Philippon n’a pas non plus su renoncer à un rebondissement qui cause la fuite de Pi (Clémence Poésy) et qui, avant l’épilogue, fournit le prétexte à un clin d’œil supplémentaire à Certains l’aiment chaud (1959). Le film de Wilder que l’on a déjà aperçu par petits bouts est le préféré de Sam et, explicitement ou non, Benoît Philippon le cite de façon variée (trop). Cette dernière scène du bain est également l’occasion de nous préciser qu’il tourne définitivement la page « Joséphine » pour se consacrer à l’amour présent, Pi ; pas vraiment nécessaire.

Nous n’avons pourtant pas envie de rester sur ces choix manqués car le premier film de Benoît Philippon est aussi par d’autres aspects une comédie romantique sympathique. D’abord grâce à l’ambiance, chaude, nocturne, qui baigne le tout dans des tons bleus et jaunes. Le directeur de la photo, Michel Amathieu, connu pour avoir conçu des atmosphères visuelles singulières (Dobermann de Kounen ou Le cousin de Corneau en 1997), a repris dans Lullaby l’esthétique définie dans In the mood for love de Wong Kar-Wai (2000) et à laquelle manifestement Philippon se réfère (chambres et longs couloirs d’hôtel, volutes de fumée). Cette ambiance est complétée par une bande son jazzy (Sam est pianiste, apparition anecdotique de Charlie Winston). D’ailleurs, les lieux consacrés à la musique témoignent d’une certaine sensibilité à leur égard et touche un tant soit peu la nôtre : le club, la scène, la boutique avec ses bacs de vinyles. Exception faite d’une rageuse incursion hip-hop qui sert d’exutoire au héros, le tempo est celui cool de la contrebasse et du balais caressant la caisse claire ; tempo suivi par les sentiments de Sam et Pi, chacun chassant à son rythme les gênes du passé (deuil et rupture).

Bientôt aidés par le maître d’hôtel qui pour cette histoire s’improvise entremetteur (Forest Whitaker), Sam et Pi tombent amoureux derrière une porte. C’est Pi qui a fait irruption dans la chambre de Sam et qui a inauguré dans le récit une pratique amusante et, décrite ainsi, assez plaisante. Car dans Lullaby l’intrusion et le partage sont la règle : partage de la salle de bain entre Sam et Pi, de la chambre avec les copains et de la musique avec tout le monde. Pour entrer, les personnages préfèrent les fenêtres aux portes. Pi, qui est projectionniste, chipe des images aux bobines qu’elles manipulent (« ce n’est qu’une image sur vingt-quatre par seconde »). Dans la boutique, on emprunte sans payer. Même l’employeur de Sam semble lui avoir procuré ce boulot de libraire et disquaire pour l’occuper et faire vivre sa boutique plutôt que par intérêt.

Même en arrière-plan, il ne serait pas inintéressant de voir développer cette utopie du partage dans les prochains films du réalisateur. En attendant, comme les rencontres entre Sam et Pi, Lullaby est pour Benoît Philippon une introduction un peu maladroite mais tout à fait charmante sur grand écran.






Note parue sur Kinok en juillet 2011.

2 commentaires à propos de “Lullaby”

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