Les mariés de l’an II

Jean-Paul Rappeneau, 1971 (France)

Les enfants qui courent au loin dans un paysage de neige jusqu’à la bohémienne qui leur sourit, et dont la prédiction va présider à leur destin, auraient pu se trouver sur un tableau de Bruegel. Cependant l’impétuosité qui suit et l’éclat de ces personnages indécis, rarement satisfaits, jettent vite les aventures racontées hors du cadre dans un élan révolutionnaire presque impossible à rattraper. Tout va très vite, comme dans les plus virevoltants Rappeneau, et Nicolas et Charlotte filent à toute allure à pieds, à la nage, en carrosse ou à cheval. Belmondo et Jobert absolument superbes courent après l’amour dans un tumulte politique généralisé, depuis la lointaine Amérique jusqu’à Nantes en état de guerre, puis encore plus à l’Est, jusqu’à la frontière d’une France assaillie où les soldats de l’an II cherchent à repousser les Autrichiens. Tandis que la Révolution peine à les agripper un instant, il en faut des fenêtres à traverser et des pavés à déchausser (un écho à 68), des chemins de traverse et des détours en rase campagne, avant que les époux ne retrouvent leur amour.

Le scénario ciselé à la perfection intègre tous les partis et toutes les tendances de la période : sans-culottes, républicains modérés et partisans de la Terreur, mais aussi un rousseauiste et un député de la Constituante, ou de l’autre bord, au milieu des vaches et des poules de basse-cour, les chouans, leurs vieux nobles et leur prince. Par opportunisme ou par caprices, exception faite d’une occasion ou deux plus sages et moins emballées, Nicolas et Charlotte, s’acoquinent avec les uns, s’entichent des autres, se disputent, rompent et fuient, ensemble ou séparément, s’adaptant toujours tant bien que mal au contexte et à la furie du moment. Ainsi, une scène truculente parmi d’autres, Nicolas Philibert finit par refuser les codes de la noblesse : un gant lui est jeté pour laver un affront, il s’en moque, et quand les royalistes dégainent leur épée, lui prend la fourche et lance un splendide « En garde, citoyens ! », piquant par les mots avant de cogner du bâton. Bien d’autres scènes nous amusent. Par exemple, la répétition musicale des complotistes où débarque Belmondo et où déjà sa voix parmi les nobles déraille (L’hymne à la liberté composé comme toute la musique par Michel Legrand). Ou le tribunal révolutionnaire qui pour tous les suspects n’a d’issue que la guillotine.

Parmi les acteurs, on remarquera Sami Frey et Laura Antonelli (marquis et marquise dans une relation trouble et pervertie que Rappeneau lie à leur condition), Pierre Brasseur (en père et homme d’affaires), Julien Guiomar (dont le rôle évoque Jean-Baptiste Carrier, député missionné par la Convention et responsable des noyades de Nantes), et encore Charles Denner (plein d’emphase des côtes françaises approchant), Sim (en scribouillard pas si bouché), Georges Beller (en garde national) ou Patrick Dewaere (un soldat républicain). Sans jamais négliger l’histoire ni le contexte, Jean-Paul Rappeneau ne réussit pas qu’une aventure parfaite, où les amours (de cœur et de raison) -comme les baffes d’ailleurs- s’avèrent aléatoires, il réussit également une comédie enlevée absolument réjouissante.

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