Hommes du président, Les

Alan J. Pakula, 1976 (États-Unis)

Rares, me semble-t-il, sont au cinéma les enquêtes aussi détaillées et ce d’autant plus lorsqu’elles ne sont pas menées par des représentants de la loi ou de l’État. Ce sont deux journalistes qui ont insisté sur ce qui n’était au départ que d’inintéressantes anomalies relevées dans les faits déroulés en juin 1972, et qui, plutôt convaincus, ont persévéré auprès de sources pourtant peu loquaces. Ce sont ces deux journalistes qui ont fini par révéler toute l’affaire du Watergate.

Le métrage décortique l’affaire depuis l’effraction des bureaux du parti démocrate à Washington, dans l’immeuble du Watergate en juin 1972, jusqu’à la publication des articles des journalistes Bob Woodward et Carl Bernstein (Robert Redford et Dustin Hoffman dans d’impeccables interprétations) qui livrent l’affaire au public dans toute sa gravité. Renseignés par le numéro deux du FBI (surnommé Gorge Profonde, Deep Throat), ils avèrent dans le journal du Washington Post que le Watergate était sur écoute et que la Maison Blanche était à l’initiative de cette surveillance illégale. Le président des États-Unis Richard Nixon est impliqué jusqu’au cou. Le 8 août 1974, il démissionne et quitte la Maison Blanche.

Pour l’anecdote, le personnage de Gorge Profonde a été copié trait pour trait dans la série X-files (1993-2002) dans laquelle il apparaît en tant que mystérieux indicateur de l’agent Mulder (une silhouette plongée dans l’ombre bleutée d’un parking souterrain et le point rougeoyant d’une cigarette).

Le tournage des Hommes du président commence trois ans à peine après que le scandale éclate. La réalisation se veut au plus proche de la réalité. Réalité de la profession de journaliste d’une part : les méthodes d’investigation n’ont pas grand chose de spectaculaires (recherches en bibliothèque, coups de fil multiples, rencontres et interviews) et les journalistes sont souvent montrés dans les locaux du Washington Post attelés à leur machine à écrire. Leur rythme de travail est très soutenu ; pour le suivre, ils ingurgitent café sur café et brûlent cigarettes sur cigarettes. Réalité politique d’autre part : le président Nixon est montré lors de discours par l’intermédiaire d’un téléviseur (Alan Pakula fait le choix des images d’archives plutôt que de prendre un acteur pour rejouer ces interventions présidentielles), allusion à la politique extérieure (rencontre diplomatique avec la République populaire de Chine en février 1972, évocation de la guerre du Vietnam). La dernière scène très réussie est un long plan fixe. Dans les bureaux très lumineux du quotidien, un poste de télé retransmet le discours de Nixon, élu avec succès pour la seconde fois président des États-Unis. Cette télévision est « coincée » dans le premier tiers de l’image, sur la gauche. Woodward et Bernstein sont parvenus au terme de leur enquête et s’appliquent maintenant à la rédaction de l’article final. Ils sont installés dans le fond de l’image de telle manière à ce qu’ils paraissent petits. Ils occupent toutefois les deux autres tiers de l’écran (Woodward au centre et Bernstein à droite). Surtout, la frappe de leurs machines à écrire couvre les paroles de Nixon.

Notons la totale absence de drapeau américain, ce qui ne peut que surprendre dans un film hollywoodien qui a pour trame de fond les élections présidentielles. Est-ce à dire que l’on a caché le symbole des États-Unis par honte de tels événements ? Souhaite-t-on ce qui ne peut être, éviter au drapeau d’être éclaboussé par le scandale ? Lorsqu’en 1995 Oliver Stone dresse avec Nixon le portrait du trente-septième président des États-Unis, il choisit Anthony Hopkins pour l’incarner. Il réalise un drame politique, bien sûr, mais en dresse une biographie « humanisée » et offre ainsi une représentation du président républicain nettement moins sèche que celle livrée par Alan J. Pakula ! Avec le temps viendrait l’indulgence…

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2 Replies to “Hommes du président, Les”

  1. Une note pour compléter : William Goldman, Oscar du meilleur scénariste pour Les hommes du président est aussi l’auteur des romans et des scénarios adaptés de Princess Bride (Rob Reiner, 1988) et Marathon man (John Schlesinger, 1976).

  2. Très intéressante analyse de la scène finale.

    En voyant ce film, je ne pouvais m’empêcher de penser à La classe américaine (Michel Hazanavicius et Dominique Mézerette, 1993) lors du (superbe) travelling qui traverse toute la rédaction en suivant Hoffman et Redford fonçant vers l’ascenseur. C’est le climax du film et j’avais quand même cette phrase en tête « Roger a pourri les ouatères à cause de la ouiche lorraine ».

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