Les amants du Nouveau Monde (The scarlet letter)

Roland Joffé, 1996 (États-Unis)

Neuvième adaptation de La lettre écarlate de Hawthorne après, entre autres, The scarlet letter par Sidney Olcott (premier court métrage en 1908) ou La lettre écarlate de Wenders (1972), ici, la version on ne peut plus hollywoodienne de Joffé a plutôt tendance à se vautrer dans le contre-sens si on veut bien repenser un tant soit peu au roman américain.

Il faudra donc d’abord se poser les bonnes questions : était-ce les sermons de Gary Oldman (le révérend Arthur Dimmesdale) qui firent succomber l’innocente mais très décidée Demi Moore (Hester Prynne) ? Ou bien peut-être la jeune femme fut-elle sensible à ses travaux de traduction de la Bible en Algonquin ? A moins qu’il ne faille se rappeler le regard de Demi dangereusement curieux quand elle sortait des bois une couronne de fleurs posée sur les cheveux, et écartant une ou deux branches qui gênaient, pour mieux voir près du torrent les fesses de l’acteur ?

Côté lourdeurs, contentons-nous de lister. On trouve dans le film les différents éléments, parfois déchaînés quand il pleut des hallebardes, passionnés quand les chevelures volent près des falaises, par trop métaphoriques quand brûlent les feux en gros plans, en arrière-plan et, comme les corps nus, en fondus enchaînés… De même, la voix off de Pearl, la petite fille narratrice, ainsi que la musique (John Barry qui surligne les images à moins que ce ne soit l’inverse), les ralentis et tous les élans propres à se damner écartent le film toujours un peu plus de la précision, du style parfois enlevé mais jamais ampoulé, de l’entrelacs dramatique soigné qui caractérisent le roman. Une entaille supplémentaire : la morale moderne sauvée parce que les amants ne consomment qu’en croyant le mari mort (le méchant Roger Chillingworth incarné par le très grave Robert Duvall). Le coup final : une happy end et le joli couple épargné quittant la ville pour une vie meilleure parce que là c’est plus possible.

Certains seront peut-être sensibles à Demi Moore en puritaine XVIIe, un petit voile à dentelle sur la tête… Mais que le spectateur resté fidèle à l’écrivain de Salem se méfie, car pour lui jamais Joffé n’a cherché à dissimuler sa dague.

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