Cédric Klapisch, 1995 (France)

J’ai vu ce film au ciné en février 1995, l’année de mon bac. Il m’a marqué comme si la génération décrite était la mienne. Je n’écoutais pas encore les Pink Floyd, je ne connais toujours pas bien Zappa, pas beaucoup plus Hendrix (la bande originale se nourrit également d’une chanson de Barbara, d’une autre de Maxime Leforestier…). Je suis étranger à la drogue et au mouvement de lutte féministe. J’ai en revanche vécu pleinement des années lycée faites de bandes de potes, d’amusements continus, d’engagements velléitaires et d’amourettes. Ici, la bande de potes, Momo, Chabert, Bruno, Léon (Nicolas Koretzky, Vincent Elbaz, Julien Lambroschini, Joachim Lombard) se retrouve à la maternité pour l’accouchement d’une amie. Le père, Tommasi (Romain Duris dans son premier rôle) faisait partie, dix ans plus tôt, de leur groupe de lycéens. Il est mort. Ces retrouvailles sont l’occasion de se rappeler les bons moments passés en classe de terminale. Le film est fait de flash-backs qui nous replongent tant dans l’ambiance des années 1970 (1975 exactement) que dans les joyeuses turbulences de ces camarades de jeu.
Klapisch est plein d’humour. Le grand Chabert-Vincent Elbaz fait du foot avec un pouf dans sa chambre au lieu de réviser, ou le champion de tennis en imitant un ralenti de télévision, c’est assez tordant. Ailleurs, le jamais très assuré Jackie Berroyer entraîne Tommasi et Bruno dans son repaire de hippies et leur présente quelques chevelus, comme cet homme qui est en empathie avec la nature mais habite boulevard Saint-Michel. On se retrouve encore à déconner au fond de la salle de cour avec ces énergumènes que les professeurs classeraient immanquablement parmi les éléments perturbateurs.
Cédric Klapisch saisit aussi cette jeunesse dans toute sa spontanéité (spontanéité que l’on retrouve ailleurs dans sa filmographie, dans Chacun cherche son chat en 1996, L’auberge espagnole ou Les poupées russes en 2002 et 2005) et dans son insouciance. La façon de filmer parvient à préserver cette fraîcheur (caméra à l’épaule ou au plus près de l’acteur). Le péril jeune est empreint de nostalgie car le point de vue sur ces adolescents est celui des adultes qu’ils sont devenus. Au lycée, ces amis ne se projettent pas beaucoup dans l’avenir sauf à quinze jours du bac. Sauf Tommasi qui, lui, est un peu à part, isolé tout en étant le cœur du groupe. Il est dans ce squat de baba cools et de drogués comme dans une cellule (un ou deux plans font ressentir cet enfermement). On ne voit pas mourir Tommasi, on voit juste son visage et son expression changée, le ciel en arrière-plan. La caméra est fixe et lui disparaît…
Tous les acteurs sont justes (les rôles féminins sont un peu moins présents que ceux des garçons mais tout aussi épatants : Julie Ann-Roth -excellentes répliques dans le parc sur le physique des filles qui se font violer- Hélène de Fougerolles et Elodie Bouchez) et chaque personnage existe. Évoquons enfin le contexte social décrit où la jeunesse en pleine ébullition, mue par le souvenir regretté de mai 68, manifestait contre le gouvernement en place et le chômage grandissant.
Au final, on regrette peut-être un peu de ne pas avoir vécues ces années 1970, mais l’on se retrouve tous dans ces années lycée et surtout dans cette attachante bande de jeunes… Qui se fend la gueule.
Benjamin
Batman said
juin 10 2008 @ 9:44
Même si je n’ai pas non plus connu cette époque 70s, on imagine cette liberté qu’il pouvait y avoir à l’époque! « Love, Peace or Else » on rit de voir ces jeunes révoltés qui ne se prennent pas encore au sérieux, on est jeune on en profite. Ce film m’a plu tout d’abord pour la bande-son, et ensuite malgré les années, les jeunes ne changent pas vraiment d’attitude, on est nostalgique de cette époque. Un Vincent Elbaz fan de Rocheteau et de l’AS St Etienne, qui fait du « sport » dans sa chambre au lieu de réviser son Bac et criant « Allez les Verts! » Cela ne change pas vraiment de maintenant…