Le monde ne suffit pas

Michael Apted, 1999 (États-Unis)

Outre le traditionnel lot de courses-poursuites empruntant toutes les voies et tous les moyens de locomotion possibles (sur et sous terre, sur et sous l’eau, sur la neige et dans les airs), outre les petits gadgets qui facilitent la vie et les James Bond girls qui finissent au lit, le dix-neuvième Bond sur toile décrit un monde dont l’organisation ne repose que sur le pétrole, enjeu premier autour duquel « toutes » les relations internationales se tissent.

Si l’on excepte une aventure en Turquie, à Istanbul, dans Bons baisers de Russie (Terence Young, 1963), Bond n’avait jamais mis les pieds au Proche-Orient de toute sa carrière au cinéma. Ainsi, pour la première fois, l’agent 007 est envoyé dans un Etat de l’ex-U.R.S.S., en Azerbaïdjan, afin de protéger Elektra King (! Sophie Marceau), fille d’un magnat du pétrole tout juste assassiné. Pierce Brosnan, qui permet à Bond de retrouver, non pas le charisme de Sean Connery, mais au moins la classe de Roger Moore, est dupé par la Française atteinte du syndrome de Stockholm et par conséquent amoureuse et alliée du terroriste fou Renard (Robert Carlyle assez faible dans la peau de ce personnage aux antipodes de Gary dans The full monty de Peter Cattaneo, 1997). Pas d’inquiétude à avoir pour le commandeur anglais toutefois, car il trouve vite une consolation auprès de Christmas Jones (seul prétexte au jeu de mots de la scène finale ?!)-Denise Richards, docteur en physique nucléaire (quoi de plus logique pour une bombe ?) aux motivations fort peu claires…

Dans cet épisode, l’alliance anglo-russe est toujours d’actualité. Valentin Zukovsky (Robbie Coltrane), qui apparaissait déjà dans Goldeneye (de Martin Campbell, 1995), est un homme d’affaires russe aux multiples portefeuilles : casino, production alimentaire de luxe (caviar) et transport pétrolier. Il a tout de l’oligarque qui s’est enrichi après 1992 (la Russie était alors dans une phase de privatisation à la fois massive et chaotique). Même si ses hommes de main sont peu fiables, Zukovsky porte secours à l’agent secret britannique contre le couple de terroristes « alter-mondialistes ». Pourtant, comme si l’oligarque ne pouvait survivre aux années 1990 et surtout à la crise financière que connaît la Russie en 1998 (durant sa présidence, Vladimir Poutine s’efforce de les écarter du pouvoir et de les affaiblir), le personnage de Zukovsky laisse sa peau en sauvant celle de l’espion anglais.

Le monde ne suffit pas fait aussi l’esquisse d’une carte des transports pétroliers de l’Azerbaïdjan jusqu’à l’Europe. Sur des milliers de kilomètres, les oléoducs acheminent le précieux liquide des sites de production de la mer Caspienne, traversent la Géorgie (le scénario aurait été différent après l’invasion de l’Ossétie du Sud et la crise politique qui a suivi entre la Russie et la Géorgie durant l’été 2008) et atteignent la mer Noire. De là, ce sont les super-tankers qui prennent le relais. Déjà, une alternative au ravitaillement en pétrole de l’Europe occidentale par les Russes est évoquée, cependant jamais les acteurs de ces projets politiques et économiques ne sont des Proches-orientaux.

Enfin, et sans rapport avec l’Histoire, quelques moments forts ponctuent le film : Denise Richards dans un débardeur blanc tout mouillé ou, plus amusant, l’astucieuse et théâtrale disparition de Q (Desmond Llewelyn qui a participé à dix-sept épisodes de la série 007), bientôt remplacé par celui qui n’est encore que « R », le truculent John Cleese.

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