Guillermo del Toro, 2006 (Mexique, Etats-Unis, Espagne)

Ebloui par la magnificence visuelle de Hellboy II et dans l’attente de la suite des aventures de la Terre du milieu au cinéma, j’ai décidé de me procurer au plus vite ce fameux labyrinthe que je n’avais donc jusqu’à présent point vu… Et quel film magnifique !
On retrouve comme dans Hellboy, mais en plus abouti, cet aspect conte et légendes. Guillermo del Toro, en grand enfant qu’il est, tournant du point de vue de la jeune Ofelia : dans l’Espagne franquiste en guerre, sa mère enceinte, malade et hébergée chez un fasciste de la pire espèce, la petite fille se réfugie dans un monde imaginaire, bien plus féérique que la dure réalité de son environnement actuel. Mais un monde néanmoins dangereux, peuplé de fées, d’un mystérieux faune gardien et de différentes créatures maléfiques. Dans cet univers parallèle, Ofelia est la princesse d’un royaume enchanté. Elle doit accepter plusieurs épreuves pour retrouver son rang et sa couronne et bénéficier de conditions de vie bien plus clémentes.
L’originalité de ce conte est qu’on assiste véritablement à deux films bien distincts : un sur l’Espagne franquiste et la rébellion d’un groupe de résistants et l’autre sur le monde imaginaire d’Ofelia. De la façon dont c’est filmé, on ne sait d’ailleurs pas forcément que l’univers magique de la petite fille n’est pas la réalité. Plusieurs niveaux de lecture et d’interprétation de cette œuvre sont possibles, entre la réalité et l’imaginaire… Et diverses dualités éternelles : le bien et le mal, l’amour et la haine, la vie et la mort.
Là encore, il s’agit d’un véritable petit chef-d’œuvre, filmé avec une infinie poésie et un imaginaire débordant. Le monde dans lequel évolue Ofelia est digne des meilleurs contes de fée (on pense à Lewis Caroll), mais avec un côté celtique et païen clairement prononcé. La musique, signée Javier Narrate (qui avait déjà composé celle de L’échine du diable en 2002 du même réalisateur, aussi celle de Sa majesté Minor en 2007 de Jean-Jacques Annaud et plus récemment celle de Mirrors d’Alexandre Aja, 2008), est tout simplement superbe et en total accord avec le propos et les images. Le magnifique thème principal, décliné tout au long du film sous différentes formes, de la contine en passant par la valse, fait partie de ces airs qui ne vous quittent plus après seulement les avoir entendus quelques secondes ! On y retrouve l’innocence et la fragilité de l’enfance, mais aussi des atmosphères plus oniriques, voire mortuaires, le monde imaginaire d’Ofelia étant étroitement lié à l’au-delà.
Le labyrinthe de Pan fourmille de mille et uns détails qui ont leur importance : par exemple le terrifiant capitaine Vidal (joué de façon remarquable par Sergi Lopez) est un homme chic et séduisant ; au fur et à mesure du film, sa haine s’enlaidit, il revêt même une forme monstrueuse lorsqu’il se fait couper une partie de la joue et qu’il est en sang. A l’opposé, le faune que rencontre Ofelia dans le labyrinthe est au départ plutôt repoussant, n’étant qu’un vieux tas de rocs, de branches et de terre, mais il s’embellit au fil des évènements.
Le cinéma de Guillermo del Toro est un génialissime mélange de réalité, de fantastique, d’horreur, de poésie et ressemble parfois à un vidéo-clip (je pense notamment au clip de Metallica, Until It Sleeps). Son univers visuel, particulièrement élégant et inspiré, est parfois proche de celui de Night Shyamalan (les peurs ancestrales du Village en 2004 et surtout le superbe conte La jeune fille de l’eau en 2006, dont l’ambiance est très proche de celle présente dans ce long métrage), de Tim Burton ou encore de Jean-Pierre Jeunet (la poésie, le souci du détail et l’atmosphère de La cité des enfants perdus, en 1995, ou encore son approche de la guerre dans Un long dimanche de fiançailles en 2004), mais Guillermo del Toro impose petit à petit un style personnel unique qui me réconforte encore davantage dans la probable réussite de l’adaptation sur grand écran de Bilbo le Hobbit. En tant que fan inconditionnel du Seigneur des anneaux, j’attends le réalisateur mexicain au tournant ! Mais nul doute qu’il peut faire tout aussi bien, voire mieux, que Peter Jackson. D’ici là je me régale de découvrir des œuvres de la trempe de ce Labyrinthe de Pan !
MaîtreLudo




Ornelune said
novembre 10 2008 @ 23:45
Beaucoup de choses peuvent être dites avec la monstruosité. Le thème peut servir à de nombreuses métaphores. Guillermo del Toro s’en empare à la fois pour en faire un refuge et pouvoir établir un parallèle historique avec l’Espagne franquiste. L’idée est d’autant plus passionnante que l’Espagne franquiste a rarement été perçue de la sorte au cinéma.
Pourtant je me suis mollement laissé guider dans ce labyrinthe. Je m’y suis ennuyé. Je trouve que Sergie Lopez grimace bien trop et les quelques créatures originales qui traversent le tableau ne suffisent pas à mes yeux à valoriser ce film.
Tu cites Tim Burton et M. Night Shyamalan avec raison car les univers peuvent être comparés : tous trois se déguisent en conteur pour enfants et décrivent des peurs d’adultes. L’univers de Burton m’apparaît toutefois bien plus profond (le mal être de ses créatures est plus prégnant et l’identification du spectateur plus forte). L’imaginaire de Shyamalan n’a pas la même foisonnement mais sa technique de réalisateur est plus fine et plus habile.
Décidément del Toro ne me convainc pas.