Le grand jeu

Nicolas Pariser, 2015 (France)

Entre ce qui arrive à ce bonhomme, enfermé dans une chambre d’hôtel, puis, (trop) bien encadré par quelques grands impeccablement costumés, entraîné dans une berline suivie par d’autres et filant hors champ, et la rencontre entre Pierre Blum et ce drôle de curieux qui provoque la conversation et finit de toutes façons par nous faire comprendre que l’échange n’a rien eu de fortuit, une belle ambiance s’est mise en place. Nocturne. Presque inquiétante. Jamais tout à fait (le bonhomme est exfiltré de manière très feutrée, la rencontre entre Pierre et Joseph plutôt cocasse). Difficile à cerner finalement. La musique de Benoît de Villeneuve et de Benjamin Morando, cordes et clarinette, instille un secret et nous aide à établir un lien, à finalement mieux définir cette ambiance, proche de celles appréciées par Chabrol ou Polanski.

Le scénario forme un triangle de relations. Il y a d’abord André Dussolier qui avec le personnage de Joseph développe un peu plus le mystère incarné alors qu’il acculait l’insaisissable Paul Dédalus dans une voie sans issue (Trois souvenirs de ma jeunesse, Desplechin, 2015). Puis Clémence Poésy (Laura) en douce activiste d’extrême gauche, moins la fille à sauver que celle qui en dépit du trouble instauré redonnera vie à Pierre. Et Melvil Poupaud (Pierre Blum), le militant éteint, l’écrivain qui n’écrit plus, le concubin abandonné, l’ex en tout qui s’est retiré pour ne plus rien faire au milieu d’une chambre de bonne mal rangée.

Nicolas Pariser nous fait un peu croire au film politique (l’affaire Tarnac comme vague source d’inspiration), aux arcanes du pouvoir, aux marges invisibles où tout se décide, mais c’est davantage à son personnage et à son devenir qu’il s’intéresse. Pierre Blum porte un long manteau beige sur les épaules comme Alain Delon dans un polar des années 1970, quoique moins élégant ; il est aigre et maussade comme Maurice Ronet dans Le feu follet de Malle (1963), quoique moins mélancolique (« … Ne pouvoir mettre la main sur rien. Je ne peux pas vouloir. Je ne peux même pas désirer »). Ses rencontres, avec Joseph d’un côté, avec Laura de l’autre, ravivent quelque chose. Et même manipulé, même si sa plume plus utile à d’autres est détournée (afin de faire tomber un ministre de l’intérieur compromis dans un complot avec militants anarchistes et possible activité terroriste), Pierre reprend un certain contrôle sur sa propre vie. Petit à petit, alors qu’il se prend progressivement au jeu, aussi grand soit-il, il se sort du laisser-aller dans lequel il était, de cette ambiance opaque dans laquelle il gisait au début du film.

Avec de belles et très solides références en tête, (La sentinelle de Desplechin, 1992, Triple agent de Rohmer, 2003, The ghost writer de Polanski, 2010), Nicolas Pariser réalise un premier film très soigné, aux acteurs excellemment choisis et aux dialogues assez finement ciselés. La fin pourrait paraître un peu sèche, mais les réserves ici sont très négligeables compte tenu des qualités du film.

2 commentaires à propos de “Le grand jeu”

  1. Ne sois pas sévère et n’oublions pas qu’il s’agit d’un premier film ! The ghost writer est un film d’excellence mais Polanski avait fait quelques essais au préalable…

    Disons que le scénario de Pariser nous place sur une fausse piste avec le thriller politique, à considérer sérieusement mais dont il ne faut peut-être pas surévaluer l’importance. De plus, et là je peux comprendre ton ressenti, le réalisateur joue surtout avec le grand vide que le personnage de Pierre devra combler.

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