Le gang des Newton (The Newton boys)

Richard Linklater, 1998 (États-Unis)

Après Suburbia (1996), Richard Linklater s’attaque à une autre histoire de l’Amérique. Le gang des Newton raconte l’aventure véritable dans les années 1920 d’une fratrie texane qui, engagée sur des chemins de traverse, finit par verser dans le grand banditisme. Ce sont des garçons de ferme du comté d’Uvalde, quatre cowboys indisciplinés, mais sympathiques (Matthew McConaughey, Ethan Hawke, Skeet Ulrich, Vincent D’Onofrio, ainsi que Dwight Yoakam dans le rôle d’un spécialiste en explosifs qui rejoint la bande). Ils volent des banques et trouent des coffres-forts à porte carrée… tant qu’ils en trouvent. Leur succès les étonne et nourrit leur désir de richesse. Jamais ils n’usent de violence, sauf peut-être lors d’une attaque de sacs en pleine rue à Toronto ; un braquage aussi brouillon que parfaitement imbécile de gars plus brutaux qu’à l’habitude, dépassés à la fois par les événements et par des Canadiens courtois mais sacrément teigneux. Le récit est chronologique, cadencé par les attaques du gang, des premiers braquages dans les États du Sud, jusqu’au Canada en passant par le pillage du train fédéral organisé sur Chicago (trois millions de dollars dérobés, un record historique sur une attaque de train). L’histoire est racontée entièrement, c’est-à-dire jusqu’à ce que les frangins se fassent pincer et juger.

Linklater nous intègre à la fratrie. La réalisation nous rend complices des succès et des plaisirs des frères truands. La réalisation fait aussi une place à la relation amoureuse entre Willis et Louise (McConaughey et Julianna Margulies). Plus historique et dans un registre biographique (les faits décrits se sont réellement passés), le film n’en rejoint pas moins à sa façon les films de bande du réalisateur, comme Dazed and confused (1993) ou Everybody wants some !! (2015). Par le contexte de la prohibition, l’humour, les complicités, Le gang des Newton évoque aussi un peu Les incorruptibles de De Palma (1987) ou certains Coen, en particulier Miller’s crossing (1991) et Ladykillers (2004).

Ce qui est plutôt exceptionnel pour le cinéaste, la production est d’envergure (la reconstitution d’une époque et les différentes scènes d’actions). Cependant, au milieu du chahut provoqué par les frangins malfrats, Linklater attire aussi notre attention sur un malaise plus intime à travers le personnage de Joe. C’est le plus jeune des frères. Lui, pense à l’avenir, se projette, craint toujours les conséquences de ses décisions, surtout si elles concernent le vol d’une banque. Joe représente l’archétype chez Linklater de cette jeunesse qui, d’une certaine manière, a peur de sortir du girond familial, de s’engager dans sa propre vie, et se trouve dans cet inconnu poussé par les autres. Certes, Le gang des Newton n’est pas aussi brillant en matière de mise en scène qu’un De Palma, mais ce n’est pas ce que l’on attend du réalisateur de Boyhood (2014). Le film, classique et divertissant, se distingue finalement grâce au personnage de Joe, discret, mais bien présent avec ses inquiétudes. Comme d’autres jeunes imaginés par Linklater, Joe est placé sur ce temps bref où des choix s’imposent pour définitivement sortir de l’enfance et se construire en tant qu’individu.

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