Dernier nabab, Le

Elia Kazan, 1977 (États-Unis)

Dans la filmographie de Robert De Niro, Le dernier nabab (The last tycoon sous son titre d’origine) occupe une place entre Taxi driver, cette même année 1976, et New York, New York, l’année suivante. D’après le roman inachevé de Francis Scott Fitzgerald, le film est réalisé par Elia Kazan à qui l’on doit Un tramway nommé désir (1951), Viva Zapata ! (1952), ou encore America, America (1964). Le dernier nabab fut son dernier film.

Cela commence en noir et blanc par une fusillade (probablement un règlement de comptes mafieux, l’univers « de-niroesque » est planté d’entrée de jeu !) dans un bar : une scène d’un des films qu’est en train de voir Monroe Stahr, jeune et talentueux producteur d’un important studio d’Hollywood dans les années 1930. Bête de travail, jusqu’à en tomber malade, il donne toute son énergie et sa passion dans le cinéma afin d’atténuer le chagrin causé par la perte de son épouse Minna et refuse les avances prononcées de Cecilia Brady, la fille de son patron. Un jour, alors que le studio est ébranlé par une secousse sismique, il croise le regard d’une magnifique Irlandaise : Kathleen Moore, le sosie de sa femme disparue. Il fait tout pour la retrouver et en tombe éperdument amoureux. Après lui avoir résisté un moment, Kathleen tombe elle aussi sous le charme du producteur et passe une nuit avec lui dans une maison en construction, à ciel ouvert, en bord de plage. Mais la belle lui apprend qu’elle va très prochainement se marier et plongea Monroe dans le désarroi.

Monroe Stahr, le personnage interprété par De Niro, est inspiré directement d’Irving Thalberg (illustre producteur américain décédé en 1936) qui fut le modèle de F. Scott Fitzgerald pour son roman. De Niro, toujours extrêmement méticuleux dans la préparation de ses rôles, a d’abord étudié la vie et la silhouette d’Irving Thalberg, allant même jusqu’à jeûner plusieurs jours afin d’obtenir jusqu’à sa pâleur de neurasthénique ! Cela crée d’ailleurs un décalage saisissant entre sa faiblesse physique et sa vie trépidante. L’interprétation est mesurée et du personnage se dégage une autorité naturelle évidente. Il n’y a qu’après sa déception amoureuse, et aussi à cause de quelques scotchs, qu’il se laisse exploser pour casser la figure d’un syndicaliste communiste interprété par Jack Nicholson (ce dernier s’occupe des intérêts des scénaristes que Monroe semble mépriser royalement) !

La fille dont Stahr tombe amoureux, Kathleen Moore, est jouée par Ingrid Boulting qui parvient à nous ensorceler par sa grâce et sa beauté. On peut aussi noter qu’Al Pacino devait à l’origine interpréter le rôle de De Niro, mais a préféré décliner l’offre pour jouer le coureur automobile Bobby Deerfield pour Sydney Pollack (1977). Un mot enfin sur la musique de Maurice Jarre, pleine de nostalgie et de mélancolie, qui joue beaucoup dans l’ambiance de ce beau film.

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