Elia Kazan, 1977 (États-Unis)

dernier nabab

Ce De Niro là a plus de trente ans et n’est pas forcément le plus connu : il reste néanmoins pour moi un excellent film, à l’ambiance unique, et comme il vient de ressortir en dvd (je ne l’avais jusqu’à présent qu’en version originale non sous-titrée), je voulais absolument vous le faire partager… En espérant que certain(es) d’entre vous aient ensuite envie de le voir (le dvd n’est pas cher et on peut le trouver n’importe où).

Dans la filmographie de « Young Robert De Niro », il faut savoir que Le dernier nabab (The last tycoon, titre d’origine) a été tourné juste après Taxi driver, cette même année 1976, et juste avant New York, New York, l’année suivante. D’après le roman inachevé de Francis Scott Fitzgerald, le film a été tourné par le grand Elia Kazan, aujourd’hui disparu. Il faut savoir qu’après avoir réalisé des films tels que Un tramway nommé désir (1951), Viva Zapata ! (1952), ou encore America, America (1964), Le dernier nabab sera sa toute dernière réalisation. Ce film n’est donc certainement pas une œuvre mineure dans la carrière de De Niro qui fut d’ailleurs entouré d’acteurs et actrices aussi prestigieux que (excusez du peu !) Tony Curtis, Jeanne Moreau, Jack Nicholson ou encore Robert Mitchum, même si, ici, c’est la belle Ingrid Boulting qui crève l’écran grâce à une incommensurable beauté.

Le film démarre en noir et blanc par une fusillade (probablement un règlement de comptes mafieux, l’univers « DeNiroesque » est planté d’entrée de jeu !) dans un bar : une scène d’un des films qu’est en train de visionner Monroe Stahr, un jeune et talentueux producteur d’un des plus importants studios de Hollywood dans les années 30, avant de donner son approbation. Bête de travail, jusqu’à en tomber malade, il donne toute son énergie et sa passion dans le cinéma afin d’atténuer son chagrin causé par la perte de son épouse Minna et refuse les avances prononcées de Cecilia Brady, la fille de son patron. Un jour, alors que le studio est ébranlé par une secousse sysmique, il croise le regard d’une magnifique irlandaise : Kathleen Moore, le sosie de sa femme disparue. Il fera tout pour la retrouver et en tombera éperdument amoureux. Kathleen tombera elle aussi sous le charme du producteur, après lui avoir résisté un moment, et passera une nuit avec lui dans sa maison en construction, à ciel ouvert, en bord de plage. Une scène magnifique de romantisme ! Mais après cette belle nuit, elle lui remettra une lettre où elle lui apprend qu’elle va très prochainement se marier, plongeant alors Monroe dans la solitude et le désarroi.

Monroe Stahr, le personnage interprété par De Niro, est inspiré directement d’Irving Thalberg (illustre producteur américain décédé en 1936) qui fut le modèle de F. Scott Fitzgerald pour son roman. De Niro, toujours extrêmement méticuleux dans la préparation de ses rôles, a d’abord étudié la vie et la silhouette d’Irving Thalberg, allant même jusqu’à jeûner plusieurs jours afin d’obtenir sa maigreur et sa pâleur cadavérique ! Ce qui crée un décalage saisissant entre sa faiblesse physique et sa vie trépidante : De Niro est toujours inimitable pour interpréter des personnages très intériorisés, montrant peu leurs émotions et leurs sentiments. Une interprétation sobre, mesurée, qui confère à Monroe Stahr une autorité naturelle évidente. Il n’y a qu’après sa déception amoureuse, et aussi à l’aide de quelques scotchs de trop, qu’il se laisse enfin exploser pour vouloir casser la gueule à un syndicaliste communiste (ce dernier s’occupe des intérêts des scénaristes que Monroe semble mépriser royalement) interprété par Jack Nicholson !

Le dernier nabab donne donc une fois de plus l’occasion de voir un De Niro amoureux, mais dont l’amour impossible le déchirera. Ainsi, dans ses histoires d’amour difficiles et tourmentées, on pense à Taxi driver bien sûr mais aussi à New York, New York avec Liza Minnelli, à Raging bull, à Falling in love (où il aura comme partenaire la sublime Meryl Streep) ou encore Stanley & Iris, même si là l’histoire finit mieux !

La fille dont il tombe amoureux, Kathleen Moore, est donc jouée par Ingrid Boulting qui, même si elle n’est pas une actrice spécialement formidable, ensorcelle par sa grâce et sa beauté. La première fois que j’ai vu ce film j’ai totalement craqué sur cette actrice et me suis empressé d’en savoir un peu plus sur elle : elle a en fait tourné dans très peu de films, a fait du mannequinat (logique) avant de se consacrer à l’art et à la spiritualité. J’ai trouvé son site internet sur lequel elle expose ses toiles et parle aussi de yoga (elle donne des cours) : je lui ai même envoyé un e-mail, mais elle ne m’a jamais répondu (snif…) !

Moi qui suis un adorateur invétéré de De Niro et de Pacino (comment, vous n’aviez pas remarqué ?), il est toujours surprenant de voir comment les carrières de ces deux monstres sacrés du cinéma se sont entrecroisées : par exemple, pour ce film, il faut savoir qu’Al Pacino devait à l’origine le tourner mais a préféré décliner l’offre pour jouer le rôle du coureur automobile Bobby Deerfield (Sydney Pollack, 1977).

A noter également une belle musique empreinte de nostalgie et de mélancolie signée Maurice Jarre.

Ludo

  • Facebook
  • RSS Feed
  • Twitter
  • Google

Laisser un commentaire

Nom : (Required)

eMail: (Required)

Website:

Comment: